Les Philippines exhortées par les experts de santé à suivre le mouvement régional d’interdiction du vapotage

24 février 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 19 février 2026

Temps de lecture : 7 minutes

Les Philippines exhortées par les experts de santé à suivre le mouvement régional d’interdiction du vapotage

Une organisation philippine de défense de la santé publique, HealthJustice Philippines, a exhorté le gouvernement des Philippines à s’inspirer de six pays de l’ASEAN ayant déjà interdit les produits de vapotage : la Thaïlande, Singapour, le Myanmar, le Cambodge, le Laos et le Vietnam. Cet appel a été lancé à l’occasion du 25ᵉ anniversaire de l'Alliance pour la lutte antitabac en Asie du Sud-Est (SEATCA), célébré à Bangkok, en Thaïlande, lors d’un événement consacré aux avancées régionales en matière de lutte antitabac. Selon HealthJustice, ces mesures témoignent d’une volonté réglementaire plus ferme pour protéger la santé publique, en particulier celle des jeunes[1]. Néanmoins, cela implique de lutter contre l’influence puissante de l’industrie sur les politiques de santé philippines, et d’appliquer strictement les mesures anti-vapotage pour qu’elles ne restent pas à l’état d’effets d’annonce.

Le vapotage et ses dérives au centre d’inquiétudes sanitaires aux Philippines

Cet appel a été lancé lors de l'événement Tobacco Control Legacies, où des représentants du gouvernement, des diplomates et des militants de la société civile se sont réunis pour célébrer les progrès régionaux en matière de lutte antitabac et rendre hommage acteurs engagés de ces politiques publiques. En novembre 2025, le ministère de la Santé avait lui-même jugé nécessaire l’interdiction des cigarettes électroniques.

La présidente de HealthJustice, Mary Ann Fernandez-Mendoza, a déclaré que les Philippines avaient beaucoup à apprendre des politiques de leurs voisins régionaux. Elle a souligné la nécessité d’éviter de nouveaux cas de lésions pulmonaires associées au vapotage (EVALI), notamment chez les jeunes.

L’organisation indique que l’Asie du Sud-Est est devenue le troisième plus grand marché mondial du vapotage. Aux Philippines, plus de 14 % des élèves âgés de 13 à 15 ans utiliseraient des cigarettes électroniques.

Le pays a également enregistré en 2024 son premier décès lié à l’EVALI, concernant un homme de 22 ans.

Par ailleurs, l’Agence philippine de lutte contre la drogue dans les Visayas centrales (PDEA-7) a émis un avertissement concernant la circulation illégale de cigarettes électroniques mélangées à de l’huile de marijuana, en provenance de pays asiatiques voisins où la consommation de cannabis est autorisée ou peu réglementée[2].

L’absence de réglementation cohérente du vapotage à l’échelle régionale est ainsi problématique, leur accessibilité aux jeunes et aux non-fumeurs étant facilitée.

Une ingérence extrême de l’industrie et des mesures insuffisantes selon ces experts de santé

HealthJustice s’est appuyée sur l'Indice mondial d'ingérence de l'industrie du tabac 2025, une enquête mondiale sur la mise en œuvre par les pouvoirs publics de mesures de protection à l’égard de l'ingérence de l'industrie du tabac, laquelle commercialise aussi une grande partie des produits de vapotage. Les Philippines sont Partie au traité de la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT) de l'OMS et cette obligation de protection figure dans le texte assorti de dispositions pratiques pour sa mise en œuvre. Cette étude a été engagée en 2014 par la SEATCA et elle couvre dorénavant une centaine de pays[3].

En 2010, les Philippines ont été le premier pays au monde à adopter des dispositions visant à transposer dans leur droit interne cet article 5.3.

Cependant, l’ONG a signalé au cours de ces dernières années une intensification de l’ingérence de l’industrie du tabac dans l’élaboration des politiques publiques aux Philippines et une dégradation considérable de la protection des politiques publiques à l’égard du lobby tabac. Avec la Chine, les Philippines sont ainsi devenues l’un des pays où l’industrie du tabac intervient le plus dans l’élaboration des politiques de santé publique.

À titre d’exemple, en avril 2024, la Première Dame et le Secrétaire à l'Agriculture ont présidé l'inauguration de l'usine de fabrication de Philip Morris International (PMI) et de sa filiale philippine, PMFTC. En mars 2025, le secrétaire à la Protection sociale et au Développement a accepté un don de quatre laboratoires mobiles de la part de PMI pour « les opérations de protection sociale et de réponse aux catastrophes » dans le cadre du programme « Lab for All » de la Première dame. La remise des laboratoires mobiles a eu lieu dans l'enceinte du palais présidentiel, en présence de la Première Dame et des ministres de la Santé et des Affaires sociales. La Première Dame a reçu une clé symbolique des mains du PDG de PMI, sous les applaudissements des ministres.

En juillet 2025, des organisations de santé publique, des parlementaires et des acteurs de la société civile avaient exprimé de fortes inquiétudes quant à la nomination de Dave Gomez, ancien cadre de Philip Morris, à la tête du bureau présidentiel de la communication. Cette décision soulevait des questions majeures d’indépendance de la communication gouvernementale, en particulier sur les sujets liés à la santé publique notamment la lutte antitabac.

Face à la multiplication de ces faits, l’organisation appelle à l’adoption de politiques de santé publique indépendantes de toute influence industrielle. Elle pointe tout particulièrement les stratégies des fabricants concernant leurs activités dites de responsabilité sociale des entreprises (RSE) et la commercialisation de produits ciblant les jeunes.

Dans ce contexte, le mouvement TobaccOFF NOW! Movement a salué la proposition du ministère du Commerce et de l'Industrie visant à restreindre certains produits de vapotage jugés nocifs : le ministère a en effet publié un projet d’ordonnance administrative prévoyant l’interdiction des pods ouverts et des e-liquides, et a lancé une consultation auprès des parties prenantes et des consommateurs.

Toutefois, TobaccOFF NOW! estime qu’une interdiction totale de tous les produits de vapotage et des nouveaux produits du tabac et de la nicotine serait nécessaire pour assurer une protection efficace de la santé publique.

L’appel formulé par les ONG de la société civile est donc clairement celui d’une interdiction complète de ces produits à l’instar de ce qui se passe dans un nombre croissant de pays de la région.

D’une manière générale, les pays sont de plus en plus nombreux à instaurer des restrictions majeures concernant ces produits en lien avec la progression de leur consommation, en particulier chez les jeunes, et d’une meilleure connaissance de leurs effets sur la santé. D’après les dernières estimations disponibles, au moins 46 pays dans le monde ont totalement interdit la vente et la distribution des cigarettes électroniques, 82 pays réglementent leur vente et leur distribution et 43 pays réglementent la concentration, le volume ou la qualité de la nicotine ou d’autres ingrédients présents dans les e-liquides[4].

©Génération Sans Tabac

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[1]Jel Santos, Philippines urged to follow 6 ASEAN nations in banning vapes, Manila Bulletin, publié le 16 février 2026, consulté le 18 février 2026

[2]Airam Limatog, PDEA-7 cautions against spread of marijuana-laced vapes, Cebu Daily News, publié le 15 février 2026, consulté le 18 février 2026

[3]Assunta M., Global Tobacco Industry Interference Index 2025, Global Center for Good Governance in Tobacco Control (GGTC), publié en novembre 2025, consulté le 18 février 2026

[4]Global Center for Good Governance in Tobacco Control, E-CIGARETTE BAN & REGULATION: Global Status as of May 2025, publié le 4 juin 2025, consulté le 16 décembre 2025

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