Le Tobacco Control Research Group met en lumière la désinformation de l’industrie du tabac

23 novembre 2025

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 24 novembre 2025

Temps de lecture : 8 minutes

Le Tobacco Control Research Group met en lumière la désinformation de l’industrie du tabac

Un nouveau rapport du Tobacco Control Research Group de l’Université de Bath, en Angleterre, a rassemblé des preuves pour contrer les arguments fréquemment avancés par l’industrie du tabac pour redorer son image et se faire passer pour un interlocuteur légitime[1]. Des contre-vérités comme le fait que l'industrie du tabac serait passée d'une approche lucrative à une approche axée sur la santé publique, que l'industrie du tabac devrait participer à l'élaboration des politiques de santé, ou encore qu’elle lutte contre le commerce illicite des produits du tabac, sont passées au crible. Cette ressource vise ainsi à éclairer les décideurs publics et à aider les acteurs de santé publique à combattre les efforts continus de désinformation de l'industrie du tabac.

L'industrie du tabac prétend transiter vers des produits « sans fumée »

Certains acteurs transnationaux du tabac, comme Philip Morris International (PMI) et British American Tobacco (BAT), affirment qu'ils se transforment en entreprises « sans fumée », en promouvant des campagnes telles que « Unsmoke Your World » ou « A Better Tomorrow ». Ils présentent cette évolution comme un changement de modèle économique durable.

Les faits établissent que, malgré ces discours, la majorité des revenus demeure issue des produits combustibles, notamment les cigarettes, surtout dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. Les fabricants continuent à promouvoir, voire lancer, des nouvelles marques de cigarettes, tout en s’opposant systématiquement aux mesures permettant de réduire la consommation de tabac : la taxation des produits, les lois antitabac, les interdictions de publicité et de promotion, les restrictions sur les produits, les emballages neutres ou les interdictions générationnelles de vente. Ses propres solutions, comme les salles fumeurs et les systèmes de ventilation, ont en réalité pour but d’encourager et de normaliser le tabagisme.

Ces entreprises continuent donc de vendre principalement des cigarettes, leur permettant de maintenir leur profitabilité. Par exemple, Philip Morris International ne respecte pas ses propres objectifs de réduction des expéditions de cigarettes d’ici 2025, étant en passe de dépasser cet objectif de plus de 10 %. En 2024, les produits de tabac à combustion représentaient encore 61 à 96 % des revenus nets de PMI, BAT ou Imperial Brands (IB), tandis la production de Japan Tobacco (JT) était constituée à 98 % de cigarettes. L’industrie cible les non-fumeurs, et spécialement les jeunes, par exemple en Égypte avec des détaillants de tabac près des écoles, et en Inde, au Bengladesh et aux Philippines, des ventes de cigarettes à l’unité.

L’industrie entretient la confusion entre marketing et objectifs de santé publique

L’industrie du tabac et de la nicotine affirme parfois que les produits du tabac chauffé présentent des caractéristiques et risques similaires à ceux des cigarettes électroniques. Les fabricants jouent sur le fait qu’il s’agit de produits avec un système électronique et les présentent comme des outils de « réduction des risques ». Les industriels entretiennent notamment la confusion en associant les deux produits lors de campagnes de sevrage tabagique, comme au Royaume-Uni en 2021. Or, les deux produits sont bien distincts : le tabac chauffé est un produit du tabac et sa feuille de tabac est associée à au moins 16 types de cancers différents. Aussi, lorsque les études publiées révèlent tout particulièrement les méfaits du tabac chauffé, les fabricants dissocient ces produits des produits du vapotage.

L’industrie a tendance à citer des pays comme exemples de « réduction des risques », comme le Japon pour le tabac chauffé ou la Suède pour le snus, attribuant à ces produits la baisse de la prévalence tabagique en omettant des années de politiques de santé publique et en gommant le fait que le tabac chauffé demeure précisément un produit du tabac. Détournant l’autorisation de commercialisation accordée par la FDA pour son produit IQOS aux États-Unis, PMI n’a pas hésité à demander des assouplissements législatifs dans les autres pays, mettant en avant une « réduction de risques » non mentionnée par l’agence publique américaine mais « une modification des risques ».

Les industriels veulent améliorer leur image et faire passer leurs nouveaux produits pour des outils de sevrage tabagique, en s’attribuant la baisse de la prévalence tabagique enregistrée dans différents pays et en accusant les politiques de santé publique en vigueur d’empêcher les fumeurs d’avoir accès à des alternatives. Pourtant, les chercheurs de Bath rappellent qu’au Japon ou en Corée du Sud, l’introduction du tabac chauffé et la baisse du tabagisme classique ont été concomitants mais pas liés. Au contraire, au Royaume-Uni, le vapotage a alimenté l’épidémie nicotinique en menant les jeunes à se tourner vers d’autres formes de consommation tabagique, et en Suède, l’usage de sachets de nicotine, de snus et de cigarettes électroniques a mené vers du tabagisme traditionnel.

L’industrie veut se poser comme un interlocuteur crédible, légitime et transparent

L’objectif recherché de l’industrie est d’apparaître comme un interlocuteur crédible, force de propositions voire acteur de santé publique qu’il conviendrait de faire revenir à la table des décisions. Pour y parvenir, elle n’hésite pas à manipuler la science avec le financement de chercheurs ne révélant pas leurs financements et conflits d’intérêts. Il est ainsi démontré que l’industrie a cherché et cherche à dissimuler ou à déformer les preuves des dangers de ses produits, en menant des recherches sur ses propres produits, en fondant des institutions scientifiques prétendument indépendantes comme Global Action to Ends Smoking ou en infiltrant des organisations scientifiques, médicales ou de santé publique.

L’industrie soutient qu’elle combat le commerce illicite

L’industrie argue fréquemment que la lutte contre le commerce illicite de tabac nuit à l’économie et elle met en avant le manque à gagner fiscal pour proposer des accords avec les dirigeants, officiellement pour les aider à lutter contre les marchés parallèles. En réalité, les faits démontrent que les fabricants sont liés directement et indirectement aux marchés parallèles et que l’efficacité de l’ensemble des accords volontaires passés pour réduire le commerce illicite n’a jamais été démontrée. Cette implication de l’industrie lui permet de normaliser sa présence et de freiner toute politique efficace de lutte contre les marchés parallèles.

En outre, les fabricants recourent systématiquement à cette objection du développement des marchés parallèles pour s’opposer à toute politique de réduction de la consommation de tabac, notamment les hausses de taxes. Pourtant, là encore, les chercheurs de l’Université de Bath relèvent qu’au Royaume-Uni, la hausse des prix des cigarettes entre 2000 et 2024 est associée à l’inverse à une division presque par deux des pertes de revenus sur les taxes causées par le commerce illicite. Cette évolution résulte à la fois des meilleurs contrôles exercés par les autorités publiques et par la baisse même de la prévalence tabagique. L’industrie continue tout de même à faire croire à un lien direct entre hausses du commerce illicite et hausse de la taxation pour s’opposer à des lois ambitieuses comme le Tobacco and Vapes Bill.

Face à ce fort lobbying, seules les mesures de la CCLAT sont viables

Le Tobacco Control Research Group en conclut que loin d’avoir entamé une transformation vers un marché « sans fumée », l’industrie du tabac et de la nicotine s’est adaptée avec la seule finalité de continuer à maximiser son profit. La désinformation de l’industrie ne doit pas faire oublier, selon les chercheurs, les solutions avérées en matière de santé publique pour réduire efficacement la consommation de tabac. Celles-ci sont réunies au sein du traité de l’OMS, la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT), en particulier les hausses significatives et régulières de taxes des produits, l’interdiction de toute publicité et promotion de ces produits et de tout partenariat avec l’industrie. De nouvelles mesures sont du reste rendues possibles dans ce traité comme l’interdiction générationnelle de vente des produits du tabac.

©Génération Sans Tabac

AD


[1]University of Bath, Smoke and Mirrors - Unmasking disinformation from the tobacco industry, publié le 18 novembre 2025, consulté le 19 novembre 2025

Comité national contre le tabagisme |

Ces actualités peuvent aussi vous intéresser