Le bien-être mental, thème de la Journée mondiale sans tabac 2027

4 septembre 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 26 août 2026

Temps de lecture : 6 minutes

Le bien-être mental, thème de la Journée mondiale sans tabac 2027

L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a rendu public, le 25 août 2026, le thème de la Journée mondiale sans tabac 2027, qui se tiendra le 31 mai : « Bien-être mental : protéger les jeunes esprits du tabac et de la nicotine »[1]. La campagne entend documenter les liens entre consommation de tabac ou autre produit de nicotine, dépendance et santé mentale chez les enfants et les adolescents, et contester les récits qui présentent notamment ces produits comme des outils de gestion du stress.

Un discours industriel qui investit le champ du bien-être

L'OMS part de la réalité : les enfants et les jeunes font face à des pressions croissantes sur leur santé mentale. Par ailleurs, le bien-être, la santé mentale et l' « auto-soin » occupent une place grandissante dans leurs préoccupations. C'est précisément cet espace que les industries du tabac et de la nicotine cherchent aujourd'hui à investir et occuper. Ils positionnent ainsi leurs produits en les associant aux notions de détente, de réduction du stress et de bien-être émotionnel. Ils réorientent plus largement leur communication d'entreprise vers les secteurs du « bien-être » et de la « santé ». L'agence mondiale de santé souligne que cette approche prolonge « des décennies de marketing de l'industrie du tabac visant à associer le tabac et la nicotine en général à la détente, au plaisir et au soulagement du stress ».

Cette stratégie industrielle a des conséquences : les jeunes usagers déclarent fréquemment l'anxiété, le stress ou la dépression parmi leurs motifs de recours à la cigarette électronique. Or rappelle l’OMS l'exposition à la nicotine altère le cerveau en développement et conduit à la dépendance ainsi qu'à des effets défavorables sur la santé mentale. Le manque entre deux consommations provoque « irritabilité, anxiété et envies impérieuses, incitant à un usage répété dans le seul but de soulager ces symptômes ». L'argument du soulagement du stress constitue ainsi l'un des bénéfices perçus les plus solidement ancrés chez les consommateurs, et pourtant l'un des plus contredits par les données scientifiques.

Le soulagement ressenti correspond à la levée d'un manque

La psychopharmacologie a documenté ce mécanisme dès les années 1990 sous le nom de « paradoxe de Nesbitt »[2]. Entre deux cigarettes, la baisse de la nicotinémie provoque chez la personne dépendante des symptômes de sevrage : irritabilité, nervosité, tension, difficultés de concentration, humeur dégradée. La cigarette suivante fait disparaître ces symptômes et restaure un état de fonctionnement normal. Le fumeur interprète ce retour à la normale comme une détente procurée par le tabac, alors qu'il s'agit de la réversion d'un état de manque que la consommation a elle-même créé. Autrement dit, le produit vend la solution à un problème qu'il génère, sur un cycle de quelques dizaines de minutes.

La revue Cochrane[3] consacrée à cette question, publiée en 2021, a rassemblé 102 études d'observation portant sur plus de 169 500 participants, avec des suivis allant de six semaines à six ans. Les personnes ayant arrêté de fumer pendant au moins six semaines présentent une réduction des symptômes dépressifs, de l'anxiété et du stress, ainsi qu'une amélioration des affects positifs et du bien-être psychologique, sans dégradation de leur vie sociale.

Un lien également observé pour les produits du vapotage

Chez les adolescents, l'association entre usage de nicotine et symptômes psychiques est également documentée. L'analyse des données de la National Youth Tobacco Survey américaine de 2021 à 2023, portant sur 60 072 collégiens et lycéens, fait état dans ses résultats de prévalences de symptômes dépressifs de 21,8 % chez les non-usagers, 35,9 % chez les usagers exclusifs de cigarette électronique et 43,4 % chez les usagers combinant vapotage et tabac. Après ajustement, l'usage exclusif de cigarette électronique est associé à un risque accru de dépression, d'anxiété et de détresse psychologique[4]. Ces données transversales n'établissent pas à elles seules un sens de causalité, mais elles contredisent frontalement le positionnement du vapotage comme outil de gestion du stress.

À ces éléments s'ajoute l'argument relatif au développement d’un jeune rappelé par l'OMS : l'exposition à la nicotine pendant l'adolescence, période de maturation du cerveau, affecte le développement cérébral et favorise l'installation rapide de la dépendance.

Cinq objectifs de campagne et un appel aux politiques publiques

L'OMS assigne cinq objectifs à la campagne 2027 : sensibiliser aux liens entre usage de tabac ou autres produits de nicotine, dépendance et bien-être mental des jeunes ; contrer les récits trompeurs associant ces produits à la gestion du stress ; diffuser auprès des jeunes des informations de prévention fondées sur les données probantes ; promouvoir des services d'aide à l'arrêt accessibles et fondés sur les preuves ; encourager les gouvernements à renforcer les politiques de protection de la jeunesse.

Ce thème prolonge celui de l'édition 2026, consacrée à la protection des jeunes face à la dépendance aux produits du tabac et de la nicotine. L'OMS y rappelait que 40 millions d'enfants âgés de 13 à 15 ans consomment des produits du tabac dans le monde. Le Dr Etienne Krug, directeur du Département des déterminants commerciaux de la santé à l'OMS, y décrivait des industriels qui « réinventent leur modèle économique » en promouvant « des cigarettes électroniques aromatisées, des sachets de nicotine et d'autres produits conçus pour rendre dépendante la génération à venir »[5].

En centrant l'édition 2027 sur la santé mentale, l'OMS ouvre un front encore peu couvert par les cadres réglementaires nationaux : celui des allégations implicites de bien-être portées par le marketing des nouveaux produits nicotinés.

©Génération Sans Tabac

AE


[1] Communiqué, World No Tobacco Day 2027: Mental well-being, protecting young minds from tobacco and nicotine, OMS, publié le 25 août 2026, consulté le jour-même.

[2] Parrott A.C., Nesbitt's Paradox resolved? Stress and arousal modulation during cigarette smoking, Addiction, 93(1), 27-39, 1998.

[3] Taylor G.M.J. et al., Smoking cessation for improving mental health, Cochrane Database of Systematic Reviews, 2021

[4] Abdulhay N. et al., Mental health outcomes associated with electronic cigarette use, combustible tobacco use, and dual use among U.S. adolescents: insights from the National Youth Tobacco Survey, PLOS Mental Health, 2(7), 2025

[5] Communiqué, L'OMS exhorte les gouvernements à protéger les jeunes contre la dépendance aux produits du tabac et à base de nicotine, OMS, publié le 29 mai 2026, consulté le 26 août 2026.

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