L’Alliance contre le tabac alerte sur la présence de la cigarette dans le cinéma et les séries

16 mai 2025

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 16 mai 2025

Temps de lecture : 5 minutes

L’Alliance contre le tabac alerte sur la présence de la cigarette dans le cinéma et les séries

L’Alliance contre le tabac (ACT) s’appuyant sur diverses études souligne que le tabac reste fortement intégré dans les œuvres culturelles telles que les films, séries et clips musicaux, malgré l’interdiction de toute forme de publicité[1]. Plus de 90 % des plus de 150 films français classés au box-office analysés entre 2015 et 2019, dans une enquête conjointe de la Ligue contre le cancer et l’Ipsos, comportent au moins une scène ou mention liée au tabac, et environ 53 % des séries populaires, notamment celles regardées par les jeunes, montrent des scènes de tabagisme[2]. La représentation répétée du tabac contribue à sa banalisation et à sa normalisation dans l’imaginaire collectif, renforçant ainsi sa présence dans la culture moderne et sa consommation.

L’impact de la pop culture sur la consommation de tabac chez les jeunes

Le dossier met en évidence que cette représentation des produits du tabac influence fortement les jeunes, avec 66 % d’entre eux affirmant que les films et séries valorisent la cigarette et 48 % des 15-25 ans estimant que voir du tabac dans les médias les incite à fumer. L’exposition au tabagisme dans les films double les risques de commencer à fumer et multiplie par trois le risque de commencer à vapoter. De plus, 72 % des ex-fumeurs affirment que ces scènes ravivent leur envie de cigarette.

À l’écran, cette présence équivaut à des dizaines de spots publicitaires. Par exemple, Anora montre 14 minutes de tabac (soit 28 spots), Asteroid City montre 19 minutes de tabac, L’Amour ouf montre 11 minutes de tabac (soit 22 spots)... Des séries comme Stranger Things (plus de 260 scènes de tabagisme dans la saison 2) ou des clips de stars comme Bruno Mars et Lady Gaga (Die With a Smile a été vu plus d’un milliard de fois sur YouTube) ou Addison Rae continuent de glamouriser la cigarette.

Depuis les années 1970, l’industrie du tabac exploite la pop culture pour contourner les interdictions publicitaires et maintenir l’attrait de ses produits. Des films américains comme James Bond, Grease ou Basic Instinct ont reçu des financements venus en majorité de Philip Morris et de British American Tobacco pour promouvoir la cigarette comme un accessoire branché, synonyme d’indépendance ou de rébellion. En France, un film comme Amélie Poulain a été subventionné par la Seita, depuis absorbée par Imperial Brands. Certaines stars ont même été payées pour fumer à l’écran, comme Sylvester Stallone dans les années 80 ou le musicien The Avener en 2015. Bien que ces pratiques soient aujourd’hui officiellement interdites, elles persistent sous des formes plus discrètes et continuent d’exposer massivement les jeunes à des représentations valorisantes du tabagisme.

En dépit des progrès dans la réduction globale de la consommation chez les jeunes, la banalisation à travers la pop culture pourrait mettre à mal ces résultats.

Les réponses et recommandations de l’ACT pour limiter cette influence

Pour dénoncer cette présence banalisée, l’ACT lance le « Festival où tu canes », une campagne de sensibilisation en marge du Festival de Cannes[3]. Portée par l’influenceur Doigby et diffusée en live sur Twitch, cette fausse cérémonie parodie le festival officiel pour dévoiler les stratégies du lobby du tabac. La campagne se décline en plusieurs actions : une émission suivie d’une table ronde relayée par des influenceurs, une campagne d’affichage avec chiffres à l’appui dénonçant la présence du tabac, des happenings à Paris et Cannes pour rendre visible l’omniprésence du lobby du tabac, ainsi qu’une vidéo élaborée avec Sens Critique pour décrypter le rôle des cigarettes sur le grand et petit écran.

                         

Par ailleurs, comme la surreprésentation du tabac à l’écran freine la lutte contre le tabagisme, surtout chez les jeunes, et viole les dispositions en vigueur interdisant strictement toute forme de publicité et promotion en faveur du tabac, l’ACT appelle à la création d’une charte, à l’image de celle de l’ARCOM sur l’alimentation, pour limiter la diffusion et la valorisation du tabac dans les œuvres audiovisuelles. Cette mesure, prévue dans le PNLT 2018-2022, n’a jamais été mise en œuvre et l’actuel PNLT se contente de prévoir la « dénormalisation du tabac dans les œuvres cinématographiques actuelles ». Ce dispositif s’inscrirait dans la lignée d’engagements déjà pris par certaines grandes sociétés comme Disney, Paramount ou Warner Bros, qui ont restreint la représentation du tabac dans les contenus destinés aux jeunes.

Alors que le tabagisme demeure la première cause de décès prématuré évitable en France avec 75 000 décès annuels (13 % de la mortalité globale), et que le pays compte encore 23 % de fumeurs adultes quotidiens[4], l’industrie du tabac continue à influencer profondément la culture et ce faisant la consommation. En mars 2025, une enquête de Truth Initiative montrait également qu’aux Oscars 2025, 80 % des films nommés contenaient encore des produits du tabac et de la nicotine.

©Génération Sans Tabac

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[1]Alliance contre le tabac, Le Festival où tu canes, publié le 8 mai 2025, consulté le 15 mai 2025

[2]La Ligue contre le cancer, Tabac et cinéma, publié le 31 mai 2021, consulté le 15 mai 2025

[3]Catellin Marion, « Tabac & pop culture : l’industrie du tabac sous les projecteurs », Alliance contre le tabac, 14 mai 2025, https://alliancecontreletabac.org/wp-content/uploads/2025/05/DP-ACT_-Tabac-et-pop-culture.pdf

[4]Leroux Solène, Le tabac dans le cinéma n'a "jamais été aussi présent" et incite les jeunes à fumer dénonce une étude, RMC, publié le 14 mai 2025, consulté le 15 mai 2025

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