La Somalie engage la ratification de la Convention-cadre pour la lutte antitabac de l’OMS

16 janvier 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 13 janvier 2026

Temps de lecture : 7 minutes

La Somalie engage la ratification de la Convention-cadre pour la lutte antitabac de l’OMS

L’Assemblée du peuple du Parlement fédéral de Somalie, qui constitue la chambre basse, a ratifié la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT) de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), un traité international visant à réduire la vente, la consommation et les effets nocifs du tabac[1]. La ratification a été approuvée par 139 députés, trois se sont abstenus.

La Somalie n’est pas encore formellement Partie à la Convention : le texte doit encore être transmis à la chambre haute du Parlement fédéral pour examen, lecture, discussion et vote, puis signé par le président avant que l’instrument ne soit déposé aux Nations Unis pour entrer en vigueur. La ratification du traité devrait conduire le pays à transposer en droit interne les bonnes pratiques internationales alors que la législation antitabac actuelle est très faible ou inexistante.

La ratification de la CCLAT, une étape nécessaire

La Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT) est l’unique traité international dans le domaine de la santé et elle est consacrée spécifiquement à la lutte contre le tabagisme. Adoptée lors de la 56ᵉ Assemblée mondiale de la santé à Genève en 2003 et entrée en vigueur en 2005, elle vise à réduire les conséquences sanitaires, économiques et sociales liées à la consommation de tabac pour les générations présentes et futures.

La CCLAT est le traité qui a rapidement compté le plus grand nombre de parties dans le monde. La majorité des pays africains l’ont ainsi ratifiée. Selon le ministre de la Santé, le Dr. Ali Haji Aden, la Somalie devrait représenter le 45ᵉ pays du continent à approuver ce traité. Il a rappelé que dans le monde, 183 pays ou groupes de pays comme l’UE ont ratifié ce traité international, soit environ 90 % de la population mondiale susceptible d’être protégée par les dispositions de ce texte.

Ce traité repose sur des dispositions ayant été démontrées comme efficaces pour réduire la consommation de tabac et l’ensemble des conséquences préjudiciables associées à cette consommation. Sur le plan sanitaire, le tabagisme constitue le facteur de risque le plus important parmi l’ensemble des maladies non transmissibles. Or, les responsables somaliens ont souligné que les maladies non transmissibles liées au tabagisme continuent d'augmenter en Somalie et dans l'ensemble de la région.

La CCLAT représente un corpus de mesures parmi lesquelles l’augmentation des taxes sur les produits du tabac, l’interdiction de la publicité, de la promotion et du parrainage des produits du tabac, l’instauration d’espaces publics sans tabac, l’apposition d’avertissements sanitaires visibles sur les emballages, la mise en place de campagnes de sensibilisation ou encore de services d’aide au sevrage tabagique. Elle comprend également des dispositions visant à lutter contre le commerce illicite des produits du tabac, qui demeure un défi dans la région.

Selon le ministre de la Santé, la CCLAT n’interdit pas l’usage du tabac de manière générale, même si les dispositions de l’article 2.1 de la CCLAT pourraient prévoir une interdiction générationnelle de la commercialisation de ces produits, mais incite les gouvernements à en réduire l’impact sur la santé publique.

Un pays jusque-là très en retard sur la législation antitabac et l’encadrement des produits

En Somalie, la consommation de tabac concernait environ 20,5 % des hommes adultes de 15 ans et plus et 2,8 % des femmes adultes en 2019, soit environ 11 % de la population adulte et donc 1,1 million de fumeurs adultes dans le pays[2]. Une estimation de 2021 indiquait que 2,1 % des décès étaient liés au tabagisme et une autre estimation de 2024 fait état de 519 000 fumeurs actuels dans le pays[3].

La majorité des produits du tabac consommés en Somalie sont importés. Selon des informations relayées par la BBC, ces importations proviennent aujourd’hui principalement d’Inde et transitent par les principaux ports du pays, notamment celui de Mogadiscio, qui constitue également le principal centre de consommation. Cette dernière a augmenté en Somalie au cours des années passées, notamment chez les jeunes des zones urbaines, et les bars à chicha et les produits sans fumée se sont largement répandus, sans être suivis de nouveaux cadres réglementaires.

Le tabac est consommé sous différentes formes de produits, notamment des cigarettes, du tabac à chicha, du tabac à priser et du tabac à mâcher. Jusqu’à présent, ces produits sont peu réglementés : le pays n’a pas interdit le tabagisme dans les lieux publics, n’impose aucun avertissement sanitaire sur les emballages de cigarettes à l’instar de plusieurs autres pays africains (Soudan du Sud, Sierra Leone, Malawi, Liberia, Lesotho…), aucune campagne nationale antitabac n’a pu être menée et la réglementation encadrant voire interdisant les pratiques de marketing en faveur du tabac sont inexistantes.

De plus, les nouveaux produits comme les cigarettes électroniques, le tabac chauffé et les sachets de nicotine ne sont encadrés par aucune loi spécifique.

En revanche, les traitements de substitution nicotinique (TSN) sont indisponibles en Somalie car illégaux et non considérés comme des médicaments, en dépit de leur rôle reconnu dans le sevrage tabagique, et d’après les dernières données de Tobacco Atlas, il n’existe pas non plus de ligne nationale d'aide à l'arrêt du tabac.

Le pays pourra transposer les mesures fortes de la CCLAT dans son droit national

La Chambre basse du Parlement somalien a déjà voté la transposition de certaines dispositions dans une loi nationale de lutte antitabac[4]. Si le traité est définitivement adopté par la Chambre haute et signé par le président, ainsi que la nouvelle loi, la production, la vente, la publicité et la consommation des produits du tabac, y compris la chicha, de plus en plus populaire chez les jeunes, seront réglementés. Par ailleurs, les lieux de vente seront limités ainsi que la consommation du tabac.

Les autorités sanitaires ont indiqué que ce cadre servira de base à de futures initiatives visant à promouvoir des modes de vie sains et à prévenir les maladies au sein de la population, et les législateurs ont indiqué que son application nécessitera une étroite collaboration entre les autorités gouvernementales et les organisations de la société civile, y compris locales, afin d'en garantir le respect.

L’approbation de ce nouveau cadre national de lutte antitabac fait suite à des mesures parlementaires récentes concernant d'autres textes législatifs relatifs à la santé, témoignant d'une attention croissante portée à la santé publique alors que la Somalie s'efforce de reconstruire ses institutions après des décennies de conflit. L’accord entrera officiellement en vigueur en Somalie une fois ces étapes institutionnelles finalisées[5].

©Génération Sans Tabac

AD


[1]Muxuu yahay heshiiska xakameynta tubaakada ee ay meel mariyeen xildhibaanada golaha shacabka BFS, BBC News Somali, publié le 12 janvier 2026, consulté le 13 janvier 2026

[2]Drope J, Hamill S, Country profile: Somalia, The Tobacco Atlas, New York: Vital Strategies and Economics for Health, mis à jour en 2025, consulté le 13 janvier 2026

[3]Tobacco Smoking in Somalia, Global State of Tobacco Harm Reduction, mis à jour le 11 décembre 2025, consulté le 13 janvier 2026

[4]Abdirahman Khalif, Somali parliament approves strict tobacco regulations amid rising health concerns, The Eastleigh Voice, publié le 12 janvier 2026, consulté le 13 janvier 2026

[5]Somali parliament approves tobacco control framework in landmark public health vote, Hiiraan Online, publié le 12 janvier 2026, consulté le 13 janvier 2026

Comité national contre le tabagisme |

Ces actualités peuvent aussi vous intéresser