La Norvège envisage de renforcer la réglementation de plusieurs formes de tabac oral dont le snus
28 décembre 2025
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 22 décembre 2025
Temps de lecture : 6 minutes
Le ministère de la Santé et des Affaires sociales norvégien a soumis à consultation une proposition de modification de la loi sur les méfaits du tabac, qui prévoit notamment une limite maximale pour la teneur en nicotine du snus, un produit de tabac oral humidifié en sachet. Cette proposition fait partie du suivi de la stratégie nationale de lutte contre le tabac, elle-même inscrite dans la Stratégie nationale pour la réduction des inégalités sociales en matière de santé. Le projet vise notamment à réduire l’accès des mineurs aux produits contenant de la nicotine[1], et doit encore être examiné par le Storting, l’assemblée législative monocamérale du royaume.
Des objectifs de santé publique mis en avant par les autorités
Le texte proposé par le ministre de la Santé, Jan Christian Vestre, prévoit un plafond de 12 mg de nicotine par gramme de snus, un poids maximal de 1 gramme par sachet, des règles sur la taille maximale des sachets et l’interdiction de certains additifs qui rendent le snus attrayant pour les jeunes.
Si le snus classique contient actuellement entre 12 et 16 mg de nicotine par gramme, selon l'agence de presse NTB, certains sachets de snus dit « fort », disponibles sur le marché, peuvent contenir jusqu'à 43 mg de nicotine par gramme[2].
L’avenir des variétés de snus les plus concentrées en nicotine demeure ainsi incertain. En effet, les distributeurs indiquent que plus de 200 types de snus, dont plusieurs variétés fortes très populaires, seraient concernés par une interdiction si la réglementation entrait en vigueur, soit plus de 50 % des produits de snus présents sur le marché norvégien.
Le texte introduit également l'interdiction du tabac à priser[3], une autre forme de tabac oral qui est actuellement légal et réglementé (interdiction de vente aux mineurs, restrictions publicitaires, avertissements sanitaires obligatoires, taxation spécifique).
Le texte inclut aussi l’extension de l’interdiction du tabac dans les écoles et jardins d’enfants, ainsi qu’une mise à jour de la définition juridique de la nicotine.
Enfin, il vise à clarifier la responsabilité de surveillance des municipalités en matière d'identification et d'étiquetage de sécurité des produits du tabac.
La consultation publique est ouverte à tous jusqu’au 17 mars 2026 et le ministère de la Santé a annoncé que la limite de nicotine ainsi que les autres restrictions seront réévaluées après examen des contributions. D’ici là, tous les produits restent autorisés.
Le ministère de la Santé estime que ces restrictions sont nécessaires pour protéger les enfants et les jeunes, jugés particulièrement vulnérables aux effets nocifs du tabac et des autres produits nicotiniques. Il rappelle que le tabagisme est la principale cause de maladies et de décès prématurés et évitables en Norvège. En 2021, l’évaluation de la mortalité attribuable au tabac faisait état de plus de 3 700 personnes décédant chaque année des suites du tabagisme, toutes formes de tabac confondues, soit environ 8,88 % des causes annuelles de décès[4].
En outre, la consommation de tabac est inégalement répartie dans la société norvégienne et constitue le principal facteur d'inégalités sociales en matière de santé dans le pays.
Le snus, populaire dans les pays nordiques mais interdit dans l’Union européenne à l’exception de la Suède
En Norvège, environ 16 % de la population consomme du snus quotidiennement, soit près de 900 000 personnes, c’est-à-dire plus du double de la population qui fume des cigarettes (7 %). Ce produit du tabac populaire dans les pays nordiques est encore autorisé en Suède, en Norvège et en Islande (même si ce dernier interdit le snus suédois et n’autorise qu’une version locale), où il connaît une progression de consommation conjointe à celle des sachets de nicotine, d’après une étude de mars 2025.
Le ministre a précisé qu’en Suède, où est produite la majeure partie du snus et qui est le seul pays de l’Union européenne à avoir obtenu une dérogation lui permettant de continuer à produire et vendre le snus sur son territoire, un plafond de nicotine similaire a été proposé. Même si cette proposition a été rejetée, elle souligne le renforcement de la réglementation dans ces pays de ce produit, qui est interdit de vente dans tout le reste de l'UE et au Royaume-Uni depuis la directive européenne 92/41 de 1992. Sur le plan international, jusqu’à 47 pays interdisent actuellement sa vente selon les estimations[5].
Par ailleurs, la directive de l'Union européenne sur les produits du tabac (2014/40/UE), entrée en vigueur en 2016, s'applique à tous les États membres, mais aussi aux États associés comme les pays nordiques. Ainsi la Norvège et l'Islande, non membres de l’UE, ont transposé en droit interne cette directive en tant que membres de l'Espace économique européen (EEE) et sont ainsi tenus de suivre les réglementations sur les produits du tabac et de la nicotine.
Enfin, en étant devenue Partie à la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT) de l’OMS le 16 juin 2003, la Norvège s’est engagée à lutter contre toutes les formes de tabac et de nicotine, nuisibles à la santé publique.
AD
[1]Irene Andrade, Why is the Norwegian government cracking down on snus?, The Local, publié le 18 décembre 2025, consulté le 19 décembre 2025
[2]Isabel Svendsen Berge, Blir snusen din ulovlig?, Klar Tale, publié le 18 décembre 2025, consulté le 19 décembre 2025
[3]Regjeringen.no, Høring – forslag til endringer i tobakksskadeloven med forskrifter (gjeninnføring av forbud mot nesetobakk, videre standardisering av snus mv.), publié le 17 décembre 2025, consulté le 19 décembre 2025
[4]Global State of Tobacco Harm Reduction, Tobacco smoking in Norway, mis à jour le 19 décembre 2025, consulté le même jour
[5]Global State of Tobacco Harm Reduction, Which countries ban the sale of snus?, consulté le 19 décembre 2025