France : un rapport parlementaire consacré à la prévention en santé recommande une politique de génération sans tabac
27 septembre 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 17 septembre 2026
Temps de lecture : 5 minutes
Un rapport parlementaire consacré à la prévention en santé, réalisé à la demande du Premier ministre Sébastien Lecornu et confié au député Cyrille Isaac-Sibille, formule 48 propositions visant à renforcer et structurer la prévention primaire en France[1]. Le document souligne notamment l’importance de cette politique pour réduire l’incidence de plusieurs maladies chroniques et limiter les dépenses de santé. Selon le rapport, environ 40 % des cancers pourraient être évités en agissant sur les principaux comportements et facteurs de risque. Il rappelle également que le nombre de personnes en affection de longue durée (ALD) atteignait 14 millions en 2024, soit environ 20 % de la population, contre 6 millions au milieu des années 2000. Parmi ces recommandations figure l’adoption d’une politique en vue de parvenir à une génération sans tabac.
Un rapport qui relance une politique de génération sans tabac
Parmi les mesures consacrées aux comportements à risque, le rapport préconise de « viser une génération sans tabac pour les personnes nées après 2009 ». Cette proposition reprend une recommandation formulée en juillet 2026 par l’Assurance maladie et soutenue personnellement par la ministre de la Santé Stéphanie Rist ainsi que les experts de la lutte antitabac. L’Assurance maladie avait alors expliqué que la fin du tabagisme représentait l’une des mesures les plus coût-efficaces face au tabac, qui représente 156 milliards d'euros perdus chaque année pour la société. Plus de 20 milliards d'euros de ce coût social correspondent à des dépenses de soins directes pour traiter les patients atteints de cancers ou de lourdes pathologies cardiovasculaires. L’interdiction générationnelle serait renforcée par des actions de prévention et d’accompagnement au sevrage. Une telle approche nécessite de poursuivre les hausses de prix par les taxes.
Le document cite notamment le Royaume-Uni, qui a adopté en 2026 une mesure interdisant progressivement la vente légale de cigarettes aux générations nées à partir du 1er janvier 2009 dans le cadre de son Tobacco and Vapes Bill. Les Maldives ont également adopté une mesure de ce type en 2025. Certains territoires locaux et États fédéraux américains le font également, et d’autres pays l’ont envisagée comme la Nouvelle-Zélande et la Malaisie avant de reculer jusqu’à présent sous la pression industrielle. En France, une proposition de loi transpartisane visant à instaurer une génération sans tabac a été déposée en novembre 2025 par le député Nicolas Thierry, sans avoir été cependant inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale.
Cette progression du nombre de pays engagés ou qui envisagent cette politique de génération sans tabac fait écho aux discussions internationales en cours depuis ces dernières années. Celles-ci se rattachent notamment au traité de l’OMS, la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT), dont l’objectif est de sortir le tabac de la société.
Des économies potentielles associées à la prévention
Le rapport met tout particulièrement en avant les conséquences économiques d’une amélioration des politiques de prévention.
Concernant le tabac, la proposition d’une génération sans tabac s’inscrit ainsi parmi plusieurs mesures destinées à agir en amont des maladies liées aux comportements à risque. Le rapport présente la prévention comme un levier à la fois sanitaire et économique, dont le développement nécessiterait une meilleure structuration et une visibilité accrue dans les politiques publiques.
Le rapport considère que la modification durable des comportements repose notamment sur la combinaison de l’éducation, de l’information et de la réglementation. Il propose d’inscrire plus clairement la prévention dans les dépenses de santé et formule également des recommandations concernant l’alimentation, l’activité physique, l’alcool, les autres addictions et les usages numériques.
Une étude publiée en 2024 par l’association Acteurs de la French Care conforte cette approche. Elle estimait que l’alignement des performances françaises en matière de prévention du tabagisme, de consommation d’alcool, de dépistage et de vaccination sur la moyenne de l’OCDE pourrait réduire de 5 milliards d’euros par an les dépenses remboursées par l’Assurance maladie et les organismes complémentaires.
Selon cette même étude, une convergence de la France avec les pays les plus performants de l’OCDE pourrait porter cette économie à 16,7 milliards d’euros, dont plus de 10 milliards liés à la diminution du nombre de fumeurs. Le rapport souligne par ailleurs que la diminution des recettes fiscales associées au tabac ne serait pas nécessairement proportionnelle à la baisse de la consommation, une partie des dépenses pouvant être réorientée vers d’autres biens et services.
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[1]Jean Cittone, «Viser une génération sans tabac» : un rapport sur la prévention remis au premier ministre propose des milliards d’euros d’économies, Le Figaro, publié le 16 septembre 2026, consulté le 17 septembre 2026