Filtres à cigarettes : une pollution persistante, un appel renouvelé à leur interdiction
23 mai 2025
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 4 juin 2025
Temps de lecture : 5 minutes
À l’approche de la Journée mondiale sans tabac et dans le cadre des négociations internationales sur un traité contraignant contre la pollution, plusieurs organisations de la société civile, dont Surfrider Foundation[1], formulent une demande claire d’interdiction des filtres de cigarettes. Ces derniers représentent une source majeure de pollution plastique et ne présentent aucune utilité avérée pour la santé publique. Les associations de lutte antitabac, dont le Comité national contre le tabagisme, soutiennent cette demande depuis plusieurs années.
Les filtres de cigarettes, une source majeure de pollution plastique toxique
Les filtres de cigarettes sont composés principalement d’acétate de cellulose, un plastique à base de pétrole qui ne se biodégrade pas. Jetés massivement dans l’environnement, ils figurent parmi les déchets les plus retrouvés sur les plages, dans les rues ou les cours d’eau. Rien que pour la France, on estime que des dizaines de milliards de mégots sont rejetés chaque année dans l’environnement avec un impact écologique considérable.
Les filtres sont souvent perçus, à tort, comme un outil de réduction des risques liés au tabagisme. En réalité, les études scientifiques convergent pour affirmer qu’ils ne réduisent ni la toxicité des cigarettes ni les risques pour les fumeurs. Pire encore, ils peuvent induire une inhalation plus profonde, augmentant l’exposition aux substances toxiques contenues dans la fumée et le filtre lui-même. Une fois jetés, les filtres relarguent des substances nocives – notamment des métaux lourds, des hydrocarbures ou de la nicotine – dans les milieux naturels. Leur collecte à grande échelle reste très limitée, et leur recyclage, complexe et marginal, ne constitue pas une solution viable.
Une mesure contre-productive portée par la Ville de Paris en partenariat avec l’industrie
Dans le cadre de son plan de lutte contre la pollution liée aux mégots, la Ville de Paris a récemment annoncé la distribution de 400 000 cendriers de poche et l’installation d’éteignoirs sur les corbeilles de rue[2]. Cette initiative, bien que présentée comme une action de prévention environnementale, est menée en partenariat avec Alcome, l’éco-organisme financé et piloté par les fabricants de tabac dans le cadre de la Responsabilité élargie du producteur (REP). La pertinence de ce type de dispositif est contestée. D’une part, les cendriers de poche participent à renforcer l’acceptabilité sociale du tabagisme, en offrant aux fumeurs un moyen de fumer « proprement », y compris dans des contextes où la consommation de tabac pourrait être socialement ou réglementairement mal perçue, comme aux abords des établissements scolaires, dans les parcs ou à proximité des bâtiments publics. En réduisant la visibilité de la pollution générée par les mégots, ces dispositifs contribuent à minimiser la perception des nuisances environnementales et sanitaires liées au tabac. La littérature scientifique souligne par ailleurs que la présence de cendriers dans l’espace public est associée à une hausse du nombre de fumeurs actifs à proximité et constitue un facteur de normalisation du tabagisme. En concentrant l’action sur la gestion individuelle des déchets, ce type de mesure détourne l’attention des solutions structurelles nécessaires, notamment l’interdiction des filtres en tant que plastiques à usage unique ou encore le développement de lieux sans tabac. Ces mesures permettent en effet de supprimer le déchet à la source. Enfin, le partenariat avec un éco-organisme dirigé par l’industrie du tabac soulève une problématique de cohérence et de crédibilité des politiques publiques, en confiant à des acteurs économiques à l’origine de la pollution le soin d’en gérer les effets[3]. La logique de la Responsabilité élargie des producteurs ne peut en effet s’appliquer au secteur du tabac dont les intérêts sont inconciliables avec ceux de la santé environnementale et humaine.
Un engagement de longue date des acteurs de santé publique
Les filtres de cigarettes sont qualifiés par plusieurs organisations de santé publique comme des plastiques à usage unique inutiles, ne remplissant aucune fonction protectrice. Le Comité national contre le tabagisme, membre de la coalition internationale Stop Tobacco Pollution Alliance (STPA), porte cette revendication depuis plusieurs années dans le cadre des négociations internationales du traité plastique. L’objectif est de faire interdire la fabrication et la commercialisation des filtres de cigarettes, à l’image des autres produits plastiques interdits à usage unique. La STPA participera à la cinquième et dernière session de négociation du traité sur les plastiques, prévue à Genève du 5 au 14 août 2025, pour continuer à défendre cette mesure auprès des délégations étatiques et des instances internationales.
AE
[1] Communiqué, Surfrider appelle à interdire les filtres de cigarette, Surfrider, publié le 22 mai 2025, consulté le 22 mai 2025
[2] Philippe Mirkovic, Mégots : cendriers de poche, éteignoirs… Les mesures de Paris pour lutter contre ce fléau, Ouest France, publié le 20 mai 2025, consulté le 22 mai 2025
[3] Génération sans tabac, Mégothon : une mobilisation citoyenne instrumentalisée par l’industrie du tabac, publié le 20 mai 2025, consulté le 22 mai 2025
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