En Nouvelle-Zélande, des e-cigarettes à l’emballage erroné et trompeur

10 juin 2025

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 6 juin 2025

Temps de lecture : 5 minutes

En Nouvelle-Zélande, des e-cigarettes à l’emballage erroné et trompeur

Des chercheurs de l’Université d’Otago ont révélé que de nombreux produits de vapotage vendus en Nouvelle-Zélande contiennent des concentrations de nicotine différentes de celles annoncées sur leurs emballages[1]. En plus de poser un problème d’ordre légal et éthique, cela interroge les experts de santé publique sur la méconnaissance du grand public des risques des cigarettes électroniques.

Des taux de nicotine inexactement indiqués dans de nombreux produits de vapotage

En se basant sur des données obtenues du ministère de la Santé via la loi sur l’accès à l’information, les chercheurs ont analysé 221 produits, testés entre juin 2023 et juin 2024. Près de 60 %, soit 129 produits, affichaient une différence de plus de 10 % par rapport au taux de nicotine indiqué.

Parmi ces produits, six contenaient plus de nicotine que la teneur déclarée, tandis que 123 en contenaient moins. 39 d’entre eux affichaient même une teneur en nicotine inférieure de plus de 50 % à ce qui était mentionné.

Les résultats de ces contrôles, effectués par l’Institut des sciences de l’environnement et de la recherche (ESR) pour le compte du ministère, ne sont pas rendus publics. La chercheuse Jude Ball s’est dit « surprise » par l’ampleur de cette inexactitude, et a déploré que les autorités n’en informent pas les consommateurs.

Un risque pour la santé publique ainsi qu’un manque de transparence

Les e-liquides, aussi appelés « jus de vape », contiennent de la nicotine, des arômes et une base (souvent de propylène glycol et de glycérine végétale), qui est vaporisée pour être inhalée. Vendue par les industriels comme une aide au sevrage tabagique, l’usage des cigarettes électroniques s’est cependant fortement répandu chez les jeunes : 10,5 % des adolescents néo-zélandais âgés de 15 à 17 ans vapotent quotidiennement, selon l’enquête santé 2023/2024.

L’inexactitude des taux de nicotine affichés sur les conditionnements est jugée trompeuse par les chercheurs. Selon Jude Ball, pour les personnes cherchant à arrêter de fumer, un produit affichant à tort une dose plus élevée pourrait être inefficace, conduisant à vapoter davantage, à respirer plus profondément, voire à retourner à la consommation de tabac. À l’inverse, un produit contenant plus de nicotine qu’indiqué sur le conditionnement pourrait favoriser une dépendance plus rapide, notamment chez les jeunes.

La porte-parole de Vape Free Kids NZ, Charyl Robinson, souligne que de nombreuses familles tentent d’aider leurs enfants à arrêter sans aide publique, et que l’étiquetage erroné compromet leurs efforts : « Comment peuvent-ils réussir s’ils ne peuvent même pas faire confiance aux informations sur l’emballage ? ». Elle ajoute qu’aucun produit destiné à être inhalé ne devrait échapper à la transparence totale.

Nécessité d’une information publique

Les chercheurs appellent à un renforcement de la réglementation concernant la concentration en nicotine des e-liquides, alors que le gouvernement persiste à promouvoir le vapotage comme une solution au tabagisme. Ils demandent également la publication systématique des résultats des tests réalisés sur ces produits.

Le Dr Andrew Old, directeur adjoint de l’Agence de santé publique, a déclaré que les taux de non-conformité étaient en baisse, passant de 60 % à 40 % au cours des six derniers mois. Le ministère prévoit aussi de publier des informations sur les produits retirés du marché et, à terme, d’élargir le champ de cette transparence aux autres actions relatives à la conformité des produits y compris les tests.

Jude Ball conclut en soulignant que ces résultats suggèrent une fabrication de mauvaise qualité, ce qui est inquiétant. Elle rappelle que les produits de vapotage ne sont pas approuvés par Medsafe, l’agence néo-zélandaise du médicament, contrairement aux traitements de substitution à la nicotine, et n'ont pas subi de tests rigoureux. « Les consommateurs doivent être conscients de cela. ».

La Nouvelle-Zélande a récemment suscité la controverse en distribuant des kits de vapotage gratuits aux fumeurs dans le cadre de son plan Smokefree 2025. Si un tiers des participants ont abandonné le tabac pour l’e-cigarette, 22 % des participants étaient à la fois fumeurs et vapoteurs à la fin du programme. Des experts en santé publique ont par ailleurs souligné la proximité de la ministre des Douanes, ministre des Aînés et ministre associée de la Santé, de l'Immigration et de la Police, Casey Costello, avec l’industrie du tabac. Ceci pourrait expliquer la persistance du gouvernement à promouvoir le vapotage, dont les effets sur la santé tendent de plus en plus à être documentés.

Enfin, un porte-parole de l’ESR indique qu’il n’est pas surprenant de constater des variations dans les concentrations, en raison des pratiques de fabrication, des contrôles qualité incohérents ou à la dégradation des produits avec le temps. Des études chimiques et biologiques sont en cours pour approfondir la compréhension de ces produits sur le marché néo-zélandais.

©Génération Sans Tabac

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[1]Croad Maddy, ‘Mislabelled’ and inaccurate nicotine levels found in NZ vape products, The Press, publié le 5 juin 2025, consulté le 6 juin 2025

Comité national contre le tabagisme |

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