Des préoccupations sanitaires concernent les cigarettes électroniques et les sachets dits « sans nicotine »
26 septembre 2025
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 26 septembre 2025
Temps de lecture : 4 minutes
Depuis quelques années, des produits dits « nicotine-like », du fait de l’ajout d’analogues de la nicotine, sont apparus aux États-Unis, en Europe, en Australie et en Corée du Sud[1]. Il s’agit de cigarettes électroniques et de sachets de nicotine, avec des saveurs variées et un design soigné. Certains procurent même des effets proches de ceux de la nicotine. La différence essentielle réside dans le cadre réglementaire : en dehors de l’Europe, ces produits échappent encore à toute supervision réglementaire. Or, selon les chercheurs, certaines de ces substances, appelées analogues de la nicotine, pourraient être plus puissantes et plus addictives que la nicotine elle-même.
L’émergence de produits « semblables à la nicotine »
Les analogues de la nicotine ne sont pas nouveaux : les industriels du tabac les ont étudiés dès les années 1970, en prévision d’éventuelles limitations du taux de nicotine. Mais les recherches ont été abandonnées par crainte d’un renforcement de la réglementation.
Depuis que les États-Unis ont étendu en 2022 le champ de compétence de la FDA aux produits à base de nicotine synthétique, l’intérêt de l’industrie pour les analogues de la nicotine a ressurgi, donnant lieu à l’arrivée sur le marché de nouveaux produits spécialement conçus pour contourner les textes en vigueur.
Nature et effets des analogues de la nicotine
Deux principaux analogues se distinguent. D’une part la 6-méthyl-nicotine, laquelle est chimiquement proche de la nicotine. Elle provoque des effets similaires et s’avère potentiellement encore plus addictive. Ainsi des études animales indiquent qu’elle pourrait être plus addictive et plus toxique à dose équivalente. Certaines marques américaines, comme Spree Bar, SBX ou Kumi Six, commercialisent des produits qui en contiennent, parfois sous des noms commerciaux tels que Metanine ou NoNic6.
D’autre part, le nicotinamide (ou niacinamide) qui est une vitamine B3 utilisée en complément alimentaire et en médecine. Contrairement à la nicotine, il n’active pas les récepteurs cérébraux associés à l’addiction et ne provoque pas d’euphorie. Toutefois, certains fabricants le présentent de manière ambiguë, suggérant qu’il aurait des effets similaires à la nicotine, alors qu‘aucune donnée scientifique ne confirme ces affirmations.
Les chercheurs soulignent par ailleurs que des produits étiquetés comme contenant uniquement du nicotinamide comportaient en réalité de la 6-méthyl-nicotine non déclaré, ce qui entretient une confusion chez les consommateurs.
Risques pour la santé et encadrement réglementaire dans le monde
Les données scientifiques disponibles sur la sécurité des analogues de la nicotine sont limitées. Des expériences animales montrent que la 6-méthyl-nicotine peut provoquer crises convulsives, hypertension et atteintes neurologiques, parfois à des doses inférieures à celles de la nicotine. Des travaux suggèrent aussi qu’elle pourrait être plus nocive pour les cellules pulmonaires et contribuer à certaines maladies respiratoires.
Concernant le nicotinamide, ses effets en ingestion sont bien connus et ses conséquences relativement limitées à faibles doses, mais celles par inhalation sont totalement inconnues. Les chercheurs mettent également en garde contre les pratiques commerciales associées à ces produits. Ces derniers sont proposés dans des conditionnements attractifs visant les jeunes ; des saveurs fruitées ou sucrées telles que banane, « myrtille et crème », tarte aux pommes, mangue et bourbon sont ajoutés aux produits, et des allégations trompeuses laissant croire que ces produits seraient « sans risques » parce qu’ils sont « sans nicotine ni tabac » sont apposées et diffusées dans la communication des marques.
La réglementation varie fortement selon les régions du monde. En Europe, les analogues contenus dans les cigarettes électroniques relèvent de la directive de 2014 sur les produits du tabac, mais les sachets ne sont pas couverts. En Australie, depuis juillet 2024, les cigarettes électroniques et sachets sont interdits sauf sur prescription. Néanmoins des ventes illégales persistent.
En Corée du Sud et aux États-Unis, les analogues ne sont pas considérés comme des produits du tabac et échappent donc au contrôle, ce que certaines entreprises présentent comme un avantage commercial. Quelques États américains, comme la Californie, commencent toutefois à imposer des restrictions, notamment sur les arômes et analogues de nicotine.
Les spécialistes estiment que ces produits soulèvent des enjeux de santé publique encore mal évalués, notamment du fait de leur potentiel addictif et de l’absence de données à moyen et long terme.
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[1]Leslie Liang, ‘Nicotine-free’ vapes and pouches promise a buzz without the downsides. Health concerns remain., The Examination, publié le 18 septembre 2025, consulté le même jour