Des experts de santé affirment que les cigarettes électroniques compromettent les droits des enfants

30 novembre 2025

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 27 novembre 2025

Temps de lecture : 5 minutes

Des experts de santé affirment que les cigarettes électroniques compromettent les droits des enfants

Des experts de santé publique anglais, australiens et néerlandais font état dans le British Medical Journal d’une progression importante de l’usage des cigarettes électroniques chez les enfants et adolescents[1]. À l’échelle mondiale, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que 7,2 % des jeunes âgés de 13 à 15 ans vapotent, d’après 123 pays étudiés, et les jeunes de 13 à 15 ans vapotent neuf fois plus souvent que les adultes, d’après 63 pays étudiés[2]. La prévalence est plus élevée dans les pays à revenu élevé, mais la tendance à la hausse est observée également dans les pays à revenu faible et intermédiaire. Cela compromet les droits humains des enfants, garantis par plusieurs traités internationaux et qui engagent les États à réglementer strictement ce produit.

Le vapotage répand une vaste épidémie de nicotine chez les mineurs

La prévalence du vapotage chez les mineurs, souvent non-fumeurs, est en hausse dans plusieurs pays, dépassant partout celle des adultes. Par exemple, aux Pays-Bas, en avril 2025, 22 % des jeunes de 15 et 16 ans avaient vapoté au cours du mois précédant l’enquête et 8 % vapotaient quotidiennement, alors que seulement 3,1 % des adultes vapotaient régulièrement[3]. Au Royaume-Uni, des établissements scolaires signalent une présence fréquente de vapotage dans les toilettes, avec des conséquences sur l’assiduité en classe, la concentration des élèves et le climat scolaire, et le pays compte désormais plus de vapoteurs que de fumeurs. Aux États-Unis, l’usage des cigarettes électroniques chez les jeunes a été qualifié « d’épidémie » par le Surgeon General dès 2018, après une hausse sans précédent observée chez les adolescents.

Des effets indésirables à court terme ont été observés chez les jeunes utilisateurs, notamment des troubles respiratoires, de l’anxiété, des blessures liées aux appareils, ainsi que des indicateurs cardiovasculaires défavorables.

Le développement cérébral se poursuivant jusqu’à l’âge de 25 ans environ, les adolescents sont particulièrement vulnérables aux effets de la nicotine. Celle-ci est associée à des impacts potentiels sur l’attention, la mémoire, l’humeur et les capacités cognitives, ainsi qu’à un risque accru de dépendance.

Des travaux scientifiques suggèrent un lien entre l’usage des cigarettes électroniques et l’initiation ultérieure au tabac. Une étude indique que près de la moitié des utilisateurs de cigarettes électroniques continuent également de fumer des cigarettes traditionnelles, et sont appelés les « doubles consommateurs »[4]. Non seulement la dépendance à la nicotine facilite le passage à d’autres produits qui en contiennent, mais il existe un risque réel de cumul des formes de tabagisme.

Cette consommation met à mal les droits des enfants et les conventions internationales qui s’y rattachent

La Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE), adoptée en 1989 et ratifiée par la quasi-totalité des États membres de l’ONU, reconnaît le droit de l’enfant à jouir du meilleur état de santé possible (article 24) et établit le principe de « l’intérêt supérieur de l’enfant » comme fondement de toute politique concernant les mineurs (article 3).

Ce cadre juridique est étroitement lié à la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT), qui fait explicitement référence à l’article 24 de la CDE dans son préambule, et engage les États à prévenir la consommation de tabac et la dépendance à la nicotine en son article 5.2b.

En 2013, le Comité des droits de l’enfant a recommandé aux États de renforcer la réglementation de substances nocives, y compris celles rendues accessibles aux enfants par la publicité ou la distribution commerciale, ce qui inclut les cigarettes électroniques. Dans cette perspective, la protection de la santé des mineurs constitue une obligation juridique et non un simple objectif de politique publique.

L’appel de l’OMS à réglementer strictement le vapotage et rejeter l’influence des industriels

L’OMS appelle ainsi les gouvernements à agir face à l’augmentation de l’usage des cigarettes électroniques chez les jeunes. Les mesures recommandées reposent sur des leviers déjà éprouvés dans la lutte antitabac : interdiction de la publicité, restrictions d’âge, interdiction des arômes, emballages neutres, encadrement des points de vente avec interdiction de la vente en ligne et développement des lieux sans tabac et sans vapotage.

Les États sont également invités à anticiper les défis d’application des lois, notamment en matière de commerce en ligne, de marketing numérique et de ventes transfrontalières, afin d’assurer une protection effective des mineurs.

Le concept de « réduction des risques » est aujourd’hui détourné par l’industrie du tabac et de la nicotine pour justifier la commercialisation de nouveaux produits nicotiniques. Si ce concept de réduction de risque peut avoir du sens dans la relation individuelle entre le professionnel de santé et le patient fumeur en cas d’échec des traitements validés, son application à un public large, incluant des non-fumeurs et des mineurs, entretient l’épidémie au lieu de la combattre. Les bénéfices éventuels pour certains adultes ne peuvent être assimilés selon les experts de santé à une réduction globale des risques pour la population.

©Génération Sans Tabac

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[1]Tom Gatehouse, Emily Banks, Brigit Toebes, Raouf Alebshehy, How e-cigarettes compromise children’s human rights, The British Medical Journal, publié le 12 novembre 2025, consulté le 26 novembre 2025

[2]OMS, WHO global report on trends in prevalence of tobacco use 2000-2024 and projections 2025-2030, publié en 2025, consulté le 26 novembre 2025

[3]Tabaknee, ‘E-sigaretten zijn strijdig met kinderrechten’, publié le 25 novembre 2025, consulté le 26 novembre 2025

[4]Sulamunn RM Coleman, Megan E Piper, M Justin Byron, Krysten W Bold, Dual Use of Combustible Cigarettes and E-cigarettes: a Narrative Review of Current Evidence, Curr Addict Rep. 2022 Oct 17;9(4):353–362, publié le 17 octobre 2022, consulté le 26 novembre 2025

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