Des applications d’aide au sevrage qui pourraient être prometteuses dans l’arrêt du tabac
21 janvier 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 21 janvier 2026
Temps de lecture : 6 minutes
Une analyse combinée de données, publiée dans la revue BMJ Evidence-Based Medicine par des chercheurs chinois, suggère que les applications pour smartphone pourraient être près de trois fois plus efficaces qu'un soutien inexistant ou minimal pour favoriser l'arrêt durable du tabac, même si elles ne remplacent ni les traitements ni l’accompagnement médical[1]. Ces résultats mettent en lumière le potentiel des applications de sevrage tabagique de qualité pour compléter les bonnes pratiques dans la prise en charge du traitement de la dépendance tabagique et renforcer le sentiment de contrôle et d’autonomie.
Un taux d’abstinence à six mois qui pourrait presque tripler avec les applications
L’étude a analysé des données issues de 31 essais contrôlés randomisés menés entre 2018 et 2025, portant sur 12 802 participants de 15 ans et plus issus de pays à revenu élevé comme les États-Unis, l'Allemagne, la Suisse, l'Espagne et le Japon.
Douze études comparaient l'utilisation d'applications mobiles par rapport à une absence de soutien au sevrage tabagique, quatorze comparaient des applications associées à des interventions traditionnelles par rapport à des interventions traditionnelles seules (comme le soutien comportemental individuel ou de groupe et les traitements pharmacologiques, notamment les substituts nicotiniques, le bupropion et la varénicline), et cinq examinaient des applications basées sur la théorie psycho-comportementale par rapport à des applications comportementales traditionnelles (axées sur la modification directe du comportement tabagique).
L’étude a ainsi évalué de façon déclarative l’efficacité des applications utilisées seules ou en complément d’approches classiques telles que les traitements pharmacologiques ou le conseil comportemental, sur l’abstinence continue pendant au moins six mois, c'est-à-dire que la personne déclarait avoir fumé au maximum cinq cigarettes sur une période de six mois et n'avoir pas fumé du tout la semaine précédant son examen.
Le niveau de preuve, de faible ou forte certitude, a été évalué selon l’approche GRADE (Grading of Recommendations Assessment, Development and Evaluation).
Des niveaux de preuve jugés de faible certitude, issus de quatre études (1 402 participants), indiquent que les applications utilisées seules pourraient presque tripler les taux d’abstinence à six mois, par rapport à un soutien minimal ou inexistant, bien que l’accompagnement d’un professionnel de santé allié à des traitements éprouvés reste essentiel dans la prise en charge.
Lorsqu’elles sont associées à des interventions traditionnelles, les applications sont liées à un quasi-doublement des taux d’abstinence à six mois par rapport aux interventions traditionnelles seules (4 études impliquant 2 163 participants ; niveaux de preuves de faible certitude).
Utilisées en complément d’un traitement pharmacologique (patchs ou comprimés de nicotine), elles augmenteraient les chances d’arrêt à long terme de 77 % par rapport au traitement pharmacologique seul (3 études impliquant 1 502 participants ; niveaux de preuves de faible certitude).
Une approche personnalisée basée sur la psychologie comportementale plus efficace
Des niveaux de preuve de forte certitude montrent que des applications fondées sur des approches psychologiques comportementales, telles que la thérapie cognitivo-comportementale (TCC), améliorent significativement les taux d’abstinence à court terme à trois mois (69 % d’après 2 études de 2 565 participants) et à long terme à six mois (36 % d’après 4 études de 3 258 participants) par rapport à des applications reposant sur des modèles comportementaux plus traditionnels.
Parmi les applications incluses dans la méta-étude, on peut citer Tobbstop (un jeu conçu pour les fumeurs en Espagne), Craving to Quit (une application d'entraînement à la pleine conscience) et Quit With US (conçue pour les jeunes adultes fumeurs occasionnels en Thaïlande).
Les chercheurs soulignent que les applications peuvent fournir un soutien comportemental personnalisé, interactif, intensif, en temps réel, continu, évolutif et peu coûteux, dépassant l’effet de conseils brefs et capable d’accompagner les envies, de valoriser les progrès et de renforcer l’engagement sur le long terme, tout en contournant certaines limites des services classiques, comme la capacité et le temps limité des cliniques et la baisse d'utilisation des lignes d'aide téléphonique au sevrage tabagique.
Des résultats encourageants mais à confirmer
Les auteurs précisent toutefois que le niveau de preuve global des preuves est faible, en raison notamment de la taille restreinte de certains échantillons et de différences méthodologiques entre les applications et leurs modalités d’utilisation. Ils estiment que ces résultats doivent être considérés comme une base pour de futures recherches plutôt que comme une conclusion définitive.
Il reste à confirmer si ces études basées sur des déclarations de personnes interrogées seront suivies d’arrêts réels du tabac.
Selon les auteurs, si de nouvelles données confirmaient des bénéfices durables et permettaient d’identifier les caractéristiques clés des applications les plus efficaces, celles-ci pourraient devenir un élément central des politiques de lutte contre le tabagisme à l’échelle mondiale.
Le rôle des nouvelles technologies et nouveaux moyens de communication dans le sevrage tabagique n’est pas à sous-estimer. Depuis 2019, l’application américaine d’arrêt du vapotage par messagerie textuelle This Is Quitting, incluant notamment des stratégies d'adaptation cognitives et comportementales, un soutien social et des informations sur les médicaments de sevrage, pourrait aussi s’avérer prometteuse : une étude déclarative menée sur cette application développée par Truth Initiative a révélé que les participants ayant reçu le programme interactif par SMS étaient 35 % plus susceptibles de déclarer ne pas utiliser de nicotine à la fin des sept mois de l'étude, et 51 % des participants ayant bénéficié du programme par SMS ont déclaré ne plus vapoter ni fumer au bout de sept mois.
AD
[1]Chu S, Feng L, Jing H, et al, Efficacy of smartphone apps used alone or with traditional interventions for smoking cessation: a systematic review and meta-analysis, BMJ Evidence-Based Medicine, publié le 13 janvier 2026, consulté le 14 janvier 2026
[2]Abhimanyu Ghoshal, 'Quit smoking' apps are 3x more likely to help ditch cigarettes than will power alone, New Atlas, publié le 13 janvier 2026, consulté le 14 janvier 2026