Au Bangladesh, des mesures antitabac accusées d’être affaiblies par une forte ingérence industrielle

3 janvier 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 30 décembre 2025

Temps de lecture : 6 minutes

Au Bangladesh, des mesures antitabac accusées d’être affaiblies par une forte ingérence industrielle

Le Conseil consultatif a approuvé l’ordonnance de 2025 modifiant la « loi sur le contrôle de l'usage du tabac et des produits du tabac » de 2005, visant à renforcer la réglementation existante pour mieux réduire la consommation de tabac et de nouveaux produits à la nicotine au Bangladesh[1]. Cette approbation a été donnée lors de la réunion hebdomadaire du Conseil, présidée par le Conseiller en chef Muhammad Yunus à son bureau de Tejgaon, dans la capitale de Dacca. Le ministère chargé des Affaires législatives et parlementaires a été mandaté afin de prendre des mesures immédiates pour la promulgation de l’ordonnance, selon un communiqué publié par le ministère de la Santé. Quant aux experts de santé, ils ont alerté sur le fait que plusieurs de leurs propositions ne figurent pas dans le projet final, soulignant une ingérence accrue de l’industrie du tabac et de la nicotine.

Des interdictions touchant essentiellement les nouveaux produits du tabac et de la nicotine

L’ordonnance interdit la production, l’importation, la vente et l’usage des nouveaux produits « du tabac » (le gouvernement bangladais les désigne tous sous ce vocable, ne différenciant pas les produits du tabac stricto sensu des autres produits à la nicotine à la différence de la réglementation européenne). Sont ainsi appelés « produits du tabac » les tabacs traditionnels et les tabacs chauffés (HTP), qui comportent du tabac, mais aussi les cigarettes électroniques et les produits associés, lesquels contiennent de la nicotine mais pas de tabac.

L'ordonnance étend à tous les nouveaux produits les interdictions de consommer déjà en vigueur pour les produits du tabac « traditionnels ». Les « zones fumeurs » désignées requièrent l’approbation du gouvernement, tandis que la définition et le champ d'application des lieux publics et des transports en commun ont été élargis. L’amende pour avoir fumé au sens large dans les lieux publics passe de 300 takas (2 €) à 2 000 takas (14 €).

Par ailleurs, toutes les formes de publicité, de promotion et de parrainage liées aux nouveaux produits sont également explicitement interdites, y compris l’exposition des produits dans les points de vente et leur promotion sur Internet ou tout autre média (télévision, radio, presse…), comme c’était déjà le cas pour les cigarettes et autres produits classiques du tabac stricto sensu.

Enfin, la vente de tabac classique est dorénavant prohibée dans un rayon de 100 mètres autour des écoles, hôpitaux, aires de jeux et parcs pour enfants.

Une réglementation renforcée des sachets de nicotine et du tabac classique

Les sachets de nicotine sont également considérés comme un produit « du tabac » et sont réglementés comme tels.

L'intégration de ces sachets à la liste des produits « du tabac » intervient après que l'Autorité des zones économiques du Bangladesh a approuvé en avril 2025 la création d'une usine de sachets de nicotine à Narayanganj par la filiale bangladaise de Philip Morris, décision vivement critiquée par les acteurs de santé.

L’ordonnance augmente également la taille obligatoire des avertissements sanitaires apposés sur les emballages de tabac classique. Celle-ci passe de 50 % à 75 % des surfaces principales avant et arrière du paquet. Il s’agit néanmoins d’une taille inférieure au texte initial, lequel prévoyait que ces avertissements occupent 90 % des surfaces principales des paquets.

Les ONG de santé dénoncent une ordonnance affaiblie par l’influence des industriels

Depuis 2013, plusieurs propositions d’amendements à la loi antitabac de 2005 ont été affaiblies ou freinées. Dans le cas présent, les principales propositions des acteurs de santé, à savoir l'interdiction de la vente à l'unité ou en vrac de cigarettes et l'octroi de licences aux détaillants, n’ont pas été retenues dans l’ordonnance alors qu’elles faisaient partie du projet initial[2].

Les propositions visant à interdire la vente de produits du tabac par colportage et sans licence, ainsi qu'une interdiction des arômes qui rendent les produits du tabac et de la nicotine plus attrayants, ont également été exclues de l'ordonnance.

Ces retraits sont intervenus à la demande du Conseil national des recettes et du ministère des Finances, à la suite de recommandations émises par un comité dirigé par le conseiller financier Salehuddin Ahmed. Ce dernier a invoqué les recettes fiscales apportées par l’industrie à l’État pour s’y opposer. En réalité, d’après Sushanta K. Singha, chercheur en santé publique et journaliste, la vente à l’unité permet aux cigarettiers de contourner les prix réglementaires sur les paquets de cigarettes. Ce faisant, ils gagnent chaque année un surplus de 65 milliards de takas (452 millions d’euros) et échappent aux taxes fiscales à hauteur de 50 milliards de takas (347 millions d’euros). Singha explique qu’un système de licences imposées aux détaillants permettrait de lutter efficacement contre l’évasion fiscale de l’industrie ainsi que les marchés parallèles qui lui profitent indirectement[3].

Le retrait de mesures fondamentales susceptibles de réduire la consommation des produits du tabac et produits connexes soulève, selon les experts de santé, de sérieuses préoccupations quant à l’absence de transparence et l'influence des industriels du tabac et de la nicotine au Bangladesh. Selon l’Indice mondial d’ingérence de l’industrie du tabac 2025, le Bangladesh se classe 66e sur les 100 pays évalués avec un score de 69 sur 100[4]. Plus le score est élevé, plus l'ingérence de l'industrie du tabac est importante et plus la mise en œuvre de l'article 5.3 de la Convention-cadre de l'OMS pour la lutte antitabac (CCLAT) est faible, alors que le pays l’a ratifiée dès 2004.

Aussi, plusieurs experts de santé avaient réclamé plus tôt en décembre une loi antitabac plus stricte et demandaient également que des mesures soient prises pour lutter contre l’ingérence de l’industrie du tabac, face au fléau sanitaire, économique et environnemental qu’est le tabagisme au Bangladesh.

Les enjeux sont en effet majeurs pour ce pays. Selon le ministère de la Santé, les maladies non transmissibles liées à la consommation de tabac (maladies cardiaques, cancers, accidents vasculaires cérébraux, maladies respiratoires chroniques…) entraînent chaque année plus de 130 000 décès prématurés et évitables pour le pays, et en 2024, environ 37,1 millions de Bangladais âgé de 15 ans et plus consommaient divers produits du tabac et de la nicotine, soit 35,3 % de la population concernée par ces tranches d’âges.

©Génération Sans Tabac

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[1]The Business Standard, Advisory council approves Tobacco Control Amendment Ordinance 2025, publié le 24 décembre 2025, consulté le 29 décembre 2025

[2]Tuhin Shubhra Adhikary, Govt passes stricter tobacco ordinance, The Daily Star, publié le 25 décembre 2025, consulté le 29 décembre 2025

[3]Sushanta K. Singha, Bangladesh Approves Tobacco Control Ordinance, But Hides Details Amid, publié le 27 décembre 2025, consulté le 29 décembre 2025

[4]The Business Standard, Bangladesh tops in Asia for tobacco industry interference, publié le 30 décembre 2025, consulté le même jour

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