Aliments ultra-transformés : des ONG alertent sur des stratégies inspirées de l’industrie du tabac

4 janvier 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 30 avril 2026

Temps de lecture : 8 minutes

Aliments ultra-transformés : des ONG alertent sur des stratégies inspirées de l’industrie du tabac

Yuka, Foodwatch et France Assos Santé ont lancé une pétition appelant les pouvoirs publics à mieux encadrer les aliments ultra-transformés, aujourd’hui omniprésents dans les biens alimentaires. Ces produits représenteraient près de 60 % de l’offre en France, 30 à 35 % des calories consommées par les adultes et près de 50 % de celles consommées par les enfants. Les trois organisations dénoncent des stratégies commerciales comparables à celles utilisées par l’industrie du tabac dans le passé voire encore aujourd’hui : ciblage des enfants, marketing agressif, emballages attractifs et lobbying visant à freiner les politiques de santé publique. Cette mobilisation illustre l’importance croissante des déterminants commerciaux de la santé dans l’analyse des risques pour la santé publique, ici liés à l’alimentation[1].

Une pétition pour demander un encadrement des aliments ultra-transformés

Le 29 avril 2026, Yuka, Foodwatch et France Assos Santé ont lancé la pétition « Trop d’aliments ultra-transformés : protégeons notre santé ! », afin d’interpeller les pouvoirs publics sur l’absence d’un cadre réglementaire spécifique applicable à ces produits. Cette initiative s’inscrit dans un contexte marqué par une transformation profonde des biens alimentaires, caractérisée par une présence croissante de produits industriels fortement transformés et massivement promus.

Les aliments ultra-transformés regroupent notamment les biscuits, sodas, céréales sucrées, nuggets, chips ou plats préparés. Ils se distinguent par des formulations industrielles complexes, intégrant des ingrédients transformés et de nombreux additifs, colorants, arômes, émulsifiants, édulcorants ou exhausteurs de goût, destinés à optimiser leur goût, leur texture, leur apparence et leur durée de conservation. Leur conception vise également à garantir une forte attractivité et une standardisation des produits, contribuant à leur diffusion à grande échelle.  Dans ce contexte, les organisations signataires soulignent que la prépondérance de ces produits dans l’offre alimentaire participe à structurer les habitudes de consommation, en particulier chez les publics les plus jeunes.

Une contribution croissante aux maladies non transmissibles, désormais largement documentée

Selon les éléments mis en avant par les organisations, plus d’une centaine d’études associent une consommation élevée d’aliments ultra-transformés à un risque accru de nombreuses maladies chroniques, au cœur du fardeau des maladies non transmissibles. Les pathologies concernées incluent notamment l’obésité, le diabète de type 2, l’hypertension, les maladies cardiovasculaires, certaines maladies rénales ainsi que plusieurs cancers. Des travaux suggèrent également des associations avec des troubles de santé mentale, notamment des symptômes dépressifs ou certains troubles cognitifs.

Cet enjeu apparaît d’autant plus préoccupant que les enfants et les adolescents figurent parmi les populations les plus exposées, alors même que les habitudes alimentaires acquises précocement sont susceptibles d’influencer durablement les trajectoires de santé.  Dans ce contexte, les organisations signataires contestent une approche reposant exclusivement sur l’éducation nutritionnelle ou la responsabilité individuelle. Elles soulignent que l’omniprésence de ces produits, leur accessibilité et leur promotion massive contribuent à structurer les comportements de consommation. Cette analyse s’inscrit dans le cadre des déterminants commerciaux de la santé, qui mettent en évidence le rôle des stratégies industrielles dans la configuration des environnements, des normes sociales et, in fine, des risques sanitaires.

Des stratégies commerciales ciblant les jeunes publics, dans une logique comparable à celle de l’industrie du tabac

L’un des axes centraux de la mobilisation repose sur le rapprochement établi entre les pratiques de l’industrie agroalimentaire et celles développées dans le passé et encore aujourd’hui par l’industrie du tabac. Les aliments ultra-transformés font l’objet de stratégies marketing intensives visant à renforcer leur attractivité et à favoriser l’installation de comportements de consommation précoces et durables.

Ces stratégies reposent sur un ciblage explicite des enfants et des adolescents, à travers l’utilisation de codes visuels et culturels adaptés à ces publics : mascottes, personnages de dessins animés, célébrités, influenceurs, univers graphiques ludiques et colorés. Ces dispositifs, intégrés aux emballages ou diffusés sur les supports numériques, contribuent à capter l’attention des plus jeunes, à créer un attachement émotionnel aux marques et à banaliser la consommation de produits à faible qualité nutritionnelle.

Les organisations soulignent également que ces pratiques s’inscrivent dans une continuité historique. Dans les années 1980 et 1990, plusieurs groupes du tabac ont investi dans l’industrie agroalimentaire, contribuant à diffuser certaines méthodes de formulation et de marketing visant à maximiser l’attractivité des produits. Cette convergence des stratégies est aujourd’hui interprétée comme un signal d’alerte, appelant à une vigilance accrue et au renforcement de dispositions réglementaires protectrices.

La vulnérabilité des mineurs face à ces dispositifs est particulièrement mise en avant. Avant 7 à 8 ans, les enfants ne disposent pas des capacités cognitives nécessaires pour identifier l’intention persuasive des messages publicitaires ; de même les adolescents restent fortement exposés aux stratégies d’influence, notamment dans les environnements numériques. L’intensité de cette exposition est renforcée par des usages médiatiques élevés, dans des espaces où les mécanismes de surveillance demeurent limités.

Des réponses publiques déjà expérimentées à l’international

Les organisations s’appuient sur les progrès réalisés dans le domaine de la lutte contre le tabagisme en particulier à travers le déploiement de la Convention cadre pour la lutte antitabac de l’OMS et soulignent que plusieurs exemples étrangers se sont inscrits dans le même type d’approche et ont adopté des mesures coordonnées et plus strictes. Au Chili, l’interdiction de la publicité pour les produits trop riches en sucres, sel ou graisses saturées à certaines heures a permis une réduction de 73 % de l’exposition des enfants à ces contenus. Au Portugal, la publicité ciblant les mineurs pour ces produits est interdite sur un large éventail de supports, incluant la télévision, la radio, internet et les applications mobiles, ainsi que dans les espaces fréquentés par les enfants. Au Royaume-Uni, des restrictions similaires sont entrées en vigueur en 2026, avec une interdiction des publicités pour les produits les plus déséquilibrés sur le plan nutritionnel avant 21h à la télévision et en ligne à toute heure.

Par ailleurs, plusieurs pays d’Amérique latine ont mis en place des dispositifs d’étiquetage et de réglementation des conditionnements avec l’apposition d’avertissements sanitaires. Certains interdisent l’utilisation de mascottes ou de dispositifs promotionnels sur les produits, tandis que d’autres limitent les allégations nutritionnelles ou de santé. Ces politiques visent à agir directement sur les leviers de promotion et d’information, afin de modifier les environnements alimentaires.

Une volonté de mieux encadrer les aliments ultra-transformés

Au regard des constats établis, la pétition portée par Foodwatch, Yuka et France Assos Santé propose une évolution du cadre d’intervention publique, fondée sur une action directe sur les environnements alimentaires et les pratiques commerciales. L’objectif est de mieux encadrer des mécanismes de promotion et de mise sur le marché qui contribuent aujourd’hui à la diffusion massive des aliments ultra-transformés.

Dans cette perspective, les organisations plaident pour un renforcement substantiel de la réglementation de la publicité, en particulier lorsqu’elle cible les mineurs. Elles appellent à une restriction globale des communications commerciales pour ces produits, quel que soit le support (médias audiovisuels, plateformes numériques ou réseaux sociaux) ainsi qu’à une limitation de leur présence dans l’espace public, notamment à proximité des lieux fréquentés par les enfants.

Parallèlement, la pétition met en avant la nécessité d’encadrer plus strictement les stratégies marketing liées aux emballages, identifiés comme un levier central d’attractivité. Les dispositifs incitatifs tels que les mascottes, les personnages de fiction, les objets promotionnels ou les jeux concours sont particulièrement visés, de même que les allégations nutritionnelles ou de santé susceptibles de valoriser des produits dont la qualité nutritionnelle demeure limitée. L’enjeu est ici de limiter les mécanismes de captation de l’attention et d’attachement aux marques, en particulier chez les plus jeunes.

Enfin, les organisations préconisent l’instauration d’avertissement sanitaire sur la face avant des emballages, permettant d’identifier clairement les aliments ultra-transformés. Une telle mesure, qui s’appliquerait à l’ensemble des canaux de distribution, y compris les plateformes de vente en ligne, viserait à renforcer la lisibilité de l’information pour les consommateurs tout en incitant les industriels à adapter la formulation de leurs produits.

©Génération Sans Tabac

AE


[1] Jeanne Cassard, Aliments ultratransformés : « Les méthodes sont les mêmes que l’industrie du tabac », Reporterre, publié le 29 avril 2026, consulté le jour-même

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