À Singapour, le marché des cigarettes électroniques persiste et évolue en ligne malgré leur stricte interdiction

11 janvier 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 8 janvier 2026

Temps de lecture : 5 minutes

À Singapour, le marché des cigarettes électroniques persiste et évolue en ligne malgré leur stricte interdiction

En dépit de l’interdiction de commercialisation des cigarettes électroniques, de tels produits intégrant des fonctionnalités technologiques avancées, comme du Bluetooth, des écrans numériques, des jeux vidéo et de la musique[1] sont disponibles en ligne. Certains modèles peuvent même être utilisés comme des téléphones. Conçus pour ne pas ressembler à des cigarettes électroniques traditionnelles et généralement plus chers, ces dispositifs imitent des objets du quotidien tels que des téléphones portables, des fournitures scolaires ou des jouets, ce qui les rend plus difficiles à identifier et banalisent le vapotage.

Une législation très stricte concernant les produits du vapotage

À Singapour, où le vapotage est interdit depuis février 2018, les sanctions ont été renforcées depuis le 1er septembre 2025. Les personnes en train de vapoter s’exposent à des amendes dorénavant plus élevées : 500 dollars singapouriens (334 €) pour les mineurs et 700 dollars (467 €) pour les adultes, contre respectivement 300 dollars (200 €) et 500 dollars auparavant. Le renforcement des sanctions impose également un programme de sensibilisation aux utilisateurs récidivistes. Plusieurs milliers de personnes ont ainsi été sanctionnées pour des infractions liées à l’usage de cigarettes électroniques.

Par ailleurs, la législation est également stricte en matière d’interdiction de toute promotion. Ainsi, toute promotion en ligne du vapotage est passible d’une amende de 12 000 dollars singapouriens (8 000 €) depuis décembre 2025[2].

Les autorités poursuivent leurs actions de contrôle, notamment en ligne, en supprimant des annonces, en fermant des groupes de discussion et en bloquant l’accès à des sites étrangers.

Dans la région de l’ASEAN, Singapour n’est pas isolée dans sa détermination à l’égard des cigarettes électroniques. Plusieurs pays – Vietnam, Thaïlande, Laos, Cambodge, Malaisie, Brunéi – ont également adopté une interdiction complète de ces produits.

Une application de l’interdiction rendue difficile par les contournements en ligne et les stratégies marketing agressives

En dépit d’une volonté politique forte, les autorités de Singapour soulignent les difficultés pour faire appliquer la mesure. Celles-ci sont essentiellement liées au caractère transnational des plateformes numériques, provenant de pays aussi divers que la Lituanie, le Canada, l'Islande et la Malaisie, et à la diversité des réglementations relatives à la publicité et à la promotion des produits de vapotage dans ces pays. Malgré l’interdiction stricte de ces produits à Singapour, ceux-ci continuent d’être largement promus en ligne à travers des offres de livraison, des réductions pour achats groupés, des univers appréciés des jeunes, des arômes fruités et sucrés et des emballages colorés. À cela s’ajoutent des références à des objets banals ou nostalgiques, comme une Game Boy des années 1980, ou encore des technologies comparables à des smartphones modernes (Bluetooth, appels, streaming, jeux vidéo, réseaux sociaux…), ce qui renforce leur attrait.

Des vérifications ont montré que les appareils compatibles Bluetooth, qui peuvent également servir de consoles de jeux ou de lecteurs de musique, se vendent généralement 90 dollars (60 €), contre 16 à 30 dollars (10 à 20 €) pour les cigarettes électroniques classiques en vente sur des plateformes comme Telegram.

Les fabricants de ces produits orientent le marketing sur la banalité de ces dispositifs, affirmant que la dose de nicotine peut être contrôlée, afin de minimiser les inquiétudes sanitaires.

Cette situation n’est pas spécifique à Singapour et elle renvoie à des stratégies de marketing définies à l’échelle internationale par les fabricants. Des rapports internationaux font état d'une tendance selon laquelle les utilisateurs modifient l'apparence de leurs cigarettes électroniques pour qu'elles ressemblent à des articles de papeterie courants, des bouteilles de soda ou encore des jeux de construction, les rendant beaucoup plus difficiles à repérer pour les autorités et les parents.

Par ailleurs, des spécialistes internationaux alertent sur le fait que tous ces instruments de marketing pourraient renforcer leur caractère addictif, notamment chez les enfants et les adolescents.

Au Royaume-Uni, où le vapotage est légal mais réglementé, des experts s'inquiètent du fait que ces nouveaux dispositifs ciblent les enfants.

Aux États-Unis, la Food and Drug Administration (FDA) a émis des avertissements à l'intention des détaillants et des fabricants d'appareils qui ressemblent à des appareils de technologie intelligente ou des jouets. Le professeur Jennifer B. Unger, de la Keck School of Medicine de l'Université de Californie du Sud, a déclaré que ces dispositifs combinent trois éléments fortement addictifs – nicotine, jeux vidéo et saveurs sucrées – tandis que leurs emballages les rendent rassurants, amusants et nostalgiques.

Elle a déclaré que « lorsqu'une cigarette électronique ressemble à un jouet et vous récompense pour son utilisation, ce n'est pas seulement un produit, c'est un piège comportemental. ».

L’exemple singapourien souligne qu’à l’instar des produits du tabac, les fabricants de ces produits utilisent toutes les modalités de contournement ou violent les dispositions en vigueur dans un pays pour poursuivre la commercialisation de leurs produits. Il s’ensuit que des mesures internationales sont nécessaires, comme les interdictions de publicités transfrontières ou le blocage des accès en ligne, pour permettre à un nombre croissant de pays qui bannissent ces produits de pouvoir appliquer plus facilement la mesure.

©Génération Sans Tabac

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[1]Zaihan Mohamed Yusof, Vape sellers targeting the young with devices that can play music, games, The Straits Times, publié le 5 janvier 2026, consulté le 6 janvier 2026

[2]First Prosecution in Singapore Over Social Media Vaping Posts, 2firsts, publié le 18 décembre 2025, consulté le 6 janvier 2026

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