Les Pays-Bas envisagent la suppression des étals et de toute publicité du tabac sur le lieu de vente

29 octobre 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 21 octobre 2026

Temps de lecture : 6 minutes

Les Pays-Bas envisagent la suppression des étals et de toute publicité du tabac sur le lieu de vente

Le gouvernement néerlandais souhaite étendre les restrictions sur la publicité pour les produits du tabac aux magasins spécialisés, qui bénéficient actuellement d’une exception à l’interdiction d’exposition des produits et de publicité[1]. Dans un courrier adressé à la Chambre des représentants, la ministre de la Santé, Sophie Hermans, indique que cette exception pourrait être supprimée. L’Autorité néerlandaise de sécurité des aliments et des produits de consommation (NVWA) et l’Institut Trimbos recommandent tous deux cette évolution.

Un risque d’exposition accrue à la publicité à partir de 2032

Selon les estimations du gouvernement, les Pays-Bas pourraient compter environ 1 500 magasins spécialisés dans le tabac à partir de 2032, contre 669 établissements enregistrés en avril 2026. Cette évolution s’inscrit dans la perspective d’une vente des produits du tabac exclusivement dans ces commerces à partir de 2032. À titre de comparaison, les Pays-Bas comptaient environ 10 000 points de vente de tabac en 2023, lorsque les supermarchés étaient alors autorisés à les commercialiser.

La NVWA et l’Institut Trimbos soulignent qu’une telle mesure pourrait accroître l’exposition à la publicité, puisque les acheteurs de produits du tabac et de nicotine seraient systématiquement confrontés à des dispositifs promotionnels en magasin. D’après les recherches internationales citées par l’Institut Trimbos, l’exposition à la publicité et à la présentation des produits en linéaires peut renforcer l’envie de fumer, favoriser les achats impulsifs et inciter certains ex-fumeurs à rechuter. Pour certains consommateurs, l’étal des produits et la publicité sur les lieux de vente les conduisent aussi à opter pour d’autres produits comme des cigarettes électroniques ou du tabac chauffé plutôt qu’à arrêter complètement leur consommation.

L’influence des fabricants dans l’aménagement des boutiques

La NVWA a examiné les pratiques du fabricant Philip Morris International (PMI). Celui-ci soutient financièrement l’ouverture ou la rénovation de magasins spécialisés. L’enquête a porté sur quatre de ces établissements qui avaient effectué des travaux payés par l’entreprise. Dans les quatre cas, des accords concernaient la répartition des coûts et la mise à disposition de mobilier, de présentoirs, d’écrans et de supports publicitaires en faveur de Philip Morris.

Entre 2021 et 2025, 100 magasins ont ainsi été concernés, pour des montants allant de quelques milliers à environ 100 000 euros. Ces aménagements de lieux de vente permettent au fabricant d’influencer la présentation de ses marques et de ses produits, notamment grâce à des affiches, des écrans vidéo, des présentoirs et des documents promotionnels. Des commerciaux sont également présents dans certains commerces, en particulier pour présenter les produits du tabac chauffé.

Si ces pratiques vont clairement à l’encontre des dispositions de la Convention-cadre pour la lutte antitabac de l’OMS que les Pays-Bas ont ratifiée, la NVWA ne constate pas, à ce stade, d’infraction directe à la législation néerlandaise. Elle avertit toutefois que la généralisation de la vente dans les magasins spécialisés pourrait exposer systématiquement les acheteurs aux campagnes publicitaires des fabricants. Elle note que « compte tenu de la politique envisagée d'autoriser la vente de produits du tabac exclusivement dans les boutiques spécialisées à partir de 2032 (et de produits de vapotage possiblement plus tôt), il en résulte que tous les acheteurs de produits du tabac seront systématiquement exposés à des campagnes publicitaires au moment de l'achat. Ceci concerne tous les fumeurs et vapoteurs, y compris les jeunes adultes et les personnes qui fument ou vapotent occasionnellement. » À cela s’ajoutent les non-consommateurs susceptibles d’accompagner un tiers ou de se rendre dans un lieu de vente pour l’achat d’un autre produit.

L’Institut Trimbos recommande de lutter strictement contre la publicité du tabac et l’influence des fabricants

L’Institut Trimbos estime que le maintien de l’exception accordée aux magasins spécialisés permettrait à l’industrie de continuer à promouvoir ses produits et de faciliter l’introduction de nouveaux produits sur le marché. Il met également en garde contre la présentation de ces commerces comme des lieux de conseil à l’arrêt du tabac, alors que les recommandations pourraient favoriser le passage à des produits alternatifs (cigarettes électroniques, tabac chauffé) plutôt qu’un arrêt complet. Philip Morris a d’ailleurs déposé une demande de brevet pour un dispositif installé en magasin permettant de comparer le monoxyde de carbone (CO) dans l'haleine des fumeurs de produits classiques de tabac avec celui de la même personne ayant consommé du tabac chauffé comme alternative pendant un certain temps. Le fait que le taux de CO mesuré soit plus faible vise à donner l'impression que l'alternative serait moins nocive, alors que le tabac chauffé reste un produit du tabac tout particulièrement cancérigène et addictif.

L’Institut recommande ainsi d’étendre aux magasins spécialisés l’interdiction d’exposition et de publicité, y compris pour les accessoires liés au tabac. Il préconise également de mettre fin aux contrats de promotion conclus entre les fabricants et les détaillants, ainsi qu’aux primes liées aux ventes afin de limiter les incitations commerciales susceptibles de favoriser la promotion des produits du tabac et de nicotine.

Cette actualité néerlandaise s’inscrit dans le contexte plus général de révision à venir de la directive européenne sur la publicité du tabac (TAD). La Commission européenne doit présenter des propositions législatives d’ici la fin de 2026. Les discussions portent notamment sur les lacunes du cadre actuel face aux nouveaux produits nicotiniques et aux stratégies de promotion, y compris numériques. Cette annonce par les Pays-Bas souligne aussi l’enjeu de couvrir pleinement le lieu de vente avec une interdiction complète de toute publicité et de tout étal des produits du tabac et autres produits de la nicotine.

©Génération Sans Tabac

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[1]Kabinet wil reclameverbod tabakswinkels aanscherpen, TabakNee, publié le 19 octobre 2026, consulté le 20 octobre 2026

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