Tasmanie : les substituts nicotiniques gratuits désormais accessibles à toute personne de 12 ans et plus
21 octobre 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 16 octobre 2026
Temps de lecture : 5 minutes
QuitTas, le service public d’aide à l’arrêt du tabac de Tasmanie, a annoncé que son programme de substituts nicotiniques gratuits allait s’élargir. Il était jusqu’ici réservé à des groupes prioritaires. Il est désormais accessible à toute personne de 12 ans et plus qui souhaite arrêter de fumer ou de vapoter, sous réserve que cette prescription soit médicalement appropriée. Le programme fournit des patchs/timbres associés à des gommes ou des pastilles à la nicotine, et les fumeurs / vapoteurs sont accompagnés par des conseillers. Il est financé par le gouvernement tasmanien jusqu’à fin juin 2027[1]. Cette mesure intervient alors que l’Australie a atteint un niveau de tabagisme historiquement bas avec cependant des inégalités territoriales. La Tasmanie a le deuxième taux de tabagisme le plus élevé d’Australie. Avec cette mesure, l’État veut lever l’obstacle du coût.
Pour bénéficier d’un accès gratuit aux traitements de substitution nicotinique, il suffit de contacter la ligne d’aide à l’arrêt Tasmanian Quitline. Un conseiller vérifie d’abord l’éligibilité. Certaines situations peuvent l’exclure : traitements médicamenteux ou des problèmes cardiaques. Les personnes dont l’état de santé est complexe peuvent parfois y accéder sous réserve de l’accord de leur médecin généraliste[2]. Le programme s’étend sur 12 semaines. Les substituts sont remis sous forme de colis mensuels pouvant atteindre 100 dollars australiens, ce qui représente jusqu’à 300 dollars de prise en charge du traitement. Tout au long de l’accompagnement, des conseillers contactent régulièrement les participants pour s’assurer que les produits leur conviennent et pour les soutenir dans leur démarche d’arrêt.
Un programme ciblé étendu à l’ensemble de la population
D’après les chiffres repris par ABC News, 17,6 % des adultes tasmaniens fument chaque jour ou occasionnellement.
Le programme a été lancé en juillet 2025. Il visait d’abord quatre publics prioritaires : les jeunes de 12 à 25 ans, les futurs et jeunes parents, les personnes aborigènes et insulaires du détroit de Torres, et les personnes éligibles au programme national de dépistage du cancer du poumon. Selon QuitTas, plus de 200 personnes en ont bénéficié depuis son lancement, dont plus de 35 % avaient entre 12 et 25 ans. Pour Abby Smith, directrice de QuitTas, ces chiffres montrent que les jeunes ont un réel besoin d’accompagnement. Elle présente l’élargissement comme « un engagement partagé pour réduire les dommages causés par le tabagisme et le vapotage ». QuitTas prévoit un budget d’environ 144 000 dollars australiens pour l’exercice 2026/2027, ce qui devrait permettre d’accompagner environ 400 personnes.
Lever la barrière du coût et associer traitement et accompagnement
Les responsables du programme le justifient de deux façons. D’abord, le prix des substituts nicotiniques freine une partie des fumeurs ; selon Abby Smith, leur gratuité doit permettre de lever ce frein. Ensuite, QuitTas rappelle que les chances d’arrêter sont plus élevées lorsqu’on combine un accompagnement, comme celui de la Quitline, et un traitement nicotinique de substitution qui associe un patch et une forme orale (gomme ou pastille). Ces produits réduisent les symptômes du sevrage, en particulier les envies de fumer. Le service constate aussi une hausse des appels de jeunes qui veulent arrêter de vapoter, selon le conseiller Adam Mitchell.
Une mesure qui s’inscrit dans un débat national sur l’avenir de la lutte antitabac
Cette politique centrée sur la Tasmanie intervient alors que l’Australie atteint des niveaux de tabagisme historiquement bas. Selon l’enquête nationale publiée en juillet 2026 par l’Institut australien de la santé et du bien-être (AIHW)[3], 5,6 % des personnes de 14 ans et plus fumaient chaque jour en 2025, contre 8,3 % en 2022/2023. Le pays se rapproche ainsi de l’objectif de sa stratégie nationale, qui vise 5 % ou moins de fumeurs quotidiens d’ici 2030. L’usage de la cigarette électronique recule aussi nettement chez les 18 à 24 ans : il passe de 20,6 % à 14 % sur la même période. Dans l’ensemble de la population, l’usage quotidien reste stable, à 3,6 %[4].
Le pays est cependant particulièrement visé par les réseaux de criminalité organisée. Un tiers des fumeurs (34 %) déclarent acheter ou consommer du tabac illégal. Ce constat a relancé le débat sur la fiscalité. Un paquet légal coûte aujourd’hui entre 40 et 50 dollars australiens, contre 15 à 20 dollars sur le marché noir. L’opposition conservatrice envisage de réduire les accises jusqu’à 80 %, et le parti One Nation propose une baisse de 75 %. Le gouvernement fédéral écarte cette option et préfère renforcer les contrôles et les sanctions. Plusieurs organisations de santé, dont la Heart Foundation, partagent cette position. Les autorités ont aussi durci l’encadrement des nouveaux produits : depuis le 24 juillet 2026, il n’est plus possible d’obtenir des sachets de nicotine[5] par importation personnelle ni par les voies de prescription spécifiques. En Tasmanie, un projet de loi présenté en 2026 prévoit de pouvoir fermer jusqu’à 90 jours les commerces soupçonnés de vendre du tabac ou des produits de vapotage illicites.
La gratuité des substituts nicotiniques fait justement partie des mesures demandées par plus de 30 organisations de santé australiennes dans une lettre ouverte aux responsables politiques. Elles y réclament aussi le maintien d’une fiscalité élevée et un contrôle renforcé de toute la chaîne d’approvisionnement.
©Génération Sans TabacAE
[1] ABC News, M. Jacka, Free nicotine products for Tasmanians quitting smoking or vaping, 13 octobre 2026, consulté le 13 octobre 2026.
[2] Oz Arab Media, Tasmania expands free nicotine quit support, 13 octobre 2026, consulté le 13 octobre 2026.
[3] AIHW, National Drug Strategy Household Survey 2025: Tobacco, e-cigarettes and other nicotine insights, juillet 2026, consulté le 13 octobre 2026.
[4] Heart Foundation, Smoking rates fall to historic low…, 17 juillet 2026, consulté le 13 octobre 2026.
[5] Pharmacy Daily, New regulations to control access to nicotine pouches, 17 juillet 2026, consulté le 13 octobre 2026.
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