En Australie, de nombreux professionnels de santé s’opposent à un affaiblissement des politiques antitabac

20 octobre 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 16 octobre 2026

Temps de lecture : 7 minutes

En Australie, de nombreux professionnels de santé s’opposent à un affaiblissement des politiques antitabac

Plus de 30 organisations de santé, professionnels médicaux et représentants associatifs ont adressé une lettre ouverte aux responsables politiques australiens pour dénoncer des propositions visant à rendre les cigarettes moins chères et à élargir la vente commerciale des cigarettes électroniques[1]. Selon les signataires, ces mesures risqueraient d’augmenter le tabagisme et le vapotage, et d’entraîner davantage de maladies, de décès et de dépenses de santé.

La lettre souligne les résultats obtenus par l’Australie en matière de lutte contre le tabagisme : le taux de tabagisme quotidien y était de 5,6 % en 2025, tandis que l’usage quotidien de cigarettes électroniques s’établissait à 3,6 %. Les auteurs opposent ces chiffres à ceux du Royaume-Uni et de la Nouvelle-Zélande, où les produits de vapotage sont, selon eux, plus largement commercialisés et leur usage plus répandu.

Le marché illicite ne peut être résolu par des cigarettes moins chères

Le texte est signé par plusieurs universitaires et experts australiens de santé publique et soutenu par des chercheurs et des institutions. Il s’agit d’une prise de position adressée aux responsables politiques, et non d’un rapport d’évaluation indépendant des propositions gouvernementales ou de leurs effets. Les signataires, parmi lesquels le Conseil australien sur le tabagisme et la santé (ACOSH), l’Association médicale australienne (AMA), la Fondation pulmonaire australienne, la Fondation nationale du cœur, la Société thoracique d’Australie et de Nouvelle-Zélande, le Conseil australien du cancer, l’Association australienne de santé publique et le Collège australien des infirmières, reconnaissent l’ampleur du marché illicite du tabac et de la nicotine en Australie, qu’ils associent à l’activité de réseaux criminels et à une pression accrue sur les services de police, les douanes et les organismes de réglementation. Ils contestent toutefois que les politiques de lutte contre le tabagisme soient à l’origine de ce phénomène. Selon eux, le marché illégal s’est développé parce que des groupes criminels peuvent se procurer du tabac à bas prix sur le marché mondial.

La lettre estime qu’une baisse des taxes sur le tabac ou un assouplissement de la réglementation du vapotage ne ferait pas disparaître les réseaux illicites et risquerait, au contraire, d’accroître la consommation. Elle cite le Canada, où une réduction des droits d’accise a conduit non seulement à la persistance du commerce illicite mais aussi à une hausse du tabagisme

Renforcer le contrôle de la chaîne d’approvisionnement jusqu’aux ventes et soutenir l’arrêt du tabagisme

Pour lutter contre le commerce illégal, les signataires préconisent plutôt de renforcer les contrôles aux frontières et à tous les stades de la chaîne d’approvisionnement. Cela passe par des obligations de contrôle et de vérification incombant aux détaillants autorisés à vendre du tabac, la réduction du nombre de points de vente (la lettre note qu’il existe 40 000 magasins vendant du tabac en toute légalité en Australie, contre 9 500 supermarchés). Enfin, une harmonisation des sanctions sur l’ensemble du territoire renforcerait la cohérence du dispositif. Les acteurs de santé demandent également que ces mesures soient accompagnées de moyens suffisants pour une application soutenue et bien financée de la loi dans toutes les juridictions.

Les auteurs de la lettre défendent parallèlement le maintien des mesures qui ont contribué à la baisse du tabagisme, notamment les hausses régulières et significatives de taxes, le paquet neutre, les politiques de développement des espaces sans tabac associées aux différentes campagnes de communication et les politiques d’aide à l’arrêt. Ils appellent à faciliter l’accès aux traitements de substitution nicotinique, notamment en les rendant gratuits, et à financer de nouvelles campagnes d’information sur les risques liés aux produits du tabac et autres produits de la nicotine. Les signataires soutiennent pleinement l’objectif d’une génération sans tabac et sans nicotine.

« Chaque jour, les médecins constatent les effets dévastateurs du tabagisme et de la dépendance à la nicotine sur les patients, les familles et les communautés », a déclaré le Dr Michael Bonning, président élu de l’AMA. « Le succès de la lutte antitabac en Australie repose sur des politiques fondées sur des données scientifiques. Nous devons continuer à investir dans des mesures qui aident les gens à arrêter de fumer, notamment grâce à un accès facile aux traitements de substitution nicotinique et à d’autres aides à l’arrêt dont l’efficacité a été prouvée. » « La vente de cigarettes est une activité en déclin, comme le sait très bien l’industrie du tabac », a déclaré Mark Brooke, directeur général de la Fondation pulmonaire australienne. « Nos élus devraient accélérer sa disparition et protéger les Australiens, plutôt que d’accorder à cette industrie une baisse d’impôt qui lui permettrait de regagner des parts de marché, d’attirer de nouveaux clients et d’inciter les gens à fumer plus longtemps. »

Une mise en garde sur l’influence de l’industrie du tabac et de la nicotine

Les auteurs mettent enfin en cause l’influence des fabricants de tabac dans le débat politique australien, ce qui contrevient aux engagements de l’Australie en tant que partie au traité de l’OMS, la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT), ratifiée par le pays dès 2004. L’article 5.3 relatif à l’obligation de protéger les politiques de santé publique de tout intérêt industriel ainsi que leurs directives d’application constituent la référence à suivre. Ils s’inquiètent notamment du fait que des entreprises aient pu témoigner à huis clos, tandis que les organisations de santé et les groupes communautaires intervenaient publiquement. La lettre conclut que les autorités ne devraient pas revenir sur des mesures de prévention éprouvées au motif que leur application a été affaiblie par les activités criminelles.

La mise en garde lancée par ces organisations de santé contre un possible recul des politiques antitabac s’inscrit dans un contexte de préoccupations croissantes devant l’influence mondiale de l’industrie du tabac. Selon l’Indice mondial de l’interférence de l’industrie du tabac, les scores se sont dégradés dans 43 pays, signe d’une intensification des pressions exercées sur les politiques publiques. Parmi les arguments mobilisés, celui du commerce illicite occupe une place importante : une analyse publiée en 2026 a recensé plusieurs campagnes de sensibilisation contre le marché noir financées par des fabricants ou des organisations qui leur sont liées, parfois utilisées pour contester des mesures de santé publique. Le cas de la Nouvelle-Zélande voisine illustre les conséquences possibles d’une protection insuffisante des décisions publiques contre ces influences. Le pays avait adopté en 2022 une interdiction générationnelle de vente de tabac aux personnes nées à partir de 2009, ainsi que d’autres mesures ambitieuses de la stratégie « Smokefree 2025 ». Toutefois, le gouvernement de coalition arrivé au pouvoir a abrogé ces dispositions avant leur entrée en vigueur, une marche arrière intervenue dans un contexte de lobbying intense et de révélations sur les démarches de Philip Morris auprès de responsables politiques. Une étude publiée en 2026 relève par ailleurs que les protections prévues par l’article 5.3 de la CCLAT restent peu appliquées dans le pays.

©Génération Sans Tabac

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[1]Cheaper Cigarettes Will Kill More Australians – Open Letter to Australia’s Political Leaders, Australian Council on Smoking & Health (ACOSH), publié le 7 octobre 2026, consulté le 12 octobre 2026

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