L’Australie classe la 6-méthylnicotine, un analogue de la nicotine, comme substance interdite
4 octobre 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 29 septembre 2026
Temps de lecture : 5 minutes
À compter du 1er octobre 2026, la 6-méthylnicotine (parfois appelée 6-MN ou Métatine), un analogue de la nicotine retrouvé dans des cigarettes électroniques et sachets oraux présenté comme « sans nicotine » ou « alternative à la nicotine », sera classée comme substance interdite en Australie, rattachée aux substances toxiques (Poisons Standard). La décision finale a été prise par l'Administration des produits thérapeutiques (TGA), qui estime que cette classification est nécessaire pour protéger la population compte tenu notamment de la toxicité aiguë de la substance et de son potentiel élevé de dépendance[1].
Une substance jugée toxique, addictive et inutile, désormais strictement interdite dans le pays
La TGA indique que la 6-méthylnicotine a été identifiée dans plusieurs liquides de cigarettes électroniques commercialisés en Australie comme dépourvus de nicotine ou comme alternative à la nicotine. Des éléments indiquent également que cette substance est incorporée dans des sachets de nicotine. La réglementation de cet analogue a été prise en raison des risques pour la santé publique associés à ces produits, notamment pour les populations vulnérables. La TGA relève également le caractère potentiellement trompeur de l'étiquetage de produits présentés comme « sans nicotine ». Des études toxicologiques suggèrent que cette substance pourrait présenter une affinité plus élevée pour certains récepteurs nicotiniques, susceptible d’entraîner des symptômes de sevrage plus graves et accélérer le développement d'une dépendance. L'absence de dosage standardisé dans les produits illicites aggrave encore davantage le risque de surdosage accidentel et d'intoxication aiguë.
Le ministère australien de la Santé, du Handicap et du Vieillissement avait initialement proposé de classer la 6-méthylnicotine en annexe 7, correspondant à une substance dangereuse. Après examen des recommandations du Comité consultatif sur la classification des médicaments, le délégué de la TGA a toutefois retenu une classification plus stricte, en annexe 9. Cette catégorie permet notamment un cadre juridique plus contraignant et des sanctions plus importantes en cas de fourniture ou de détention illégale, en vertu des législations fédérale, des États et des territoires.
La décision intervient à la suite d’une consultation publique ayant recueilli 163 contributions, dont neuf comportaient une partie écrite. Une contribution supplémentaire a été reçue après la publication de la décision provisoire et soutenait la classification en annexe 9. La TGA souligne qu'aucun bénéfice thérapeutique n'a été identifié pour la 6-méthylnicotine et qu'aucun produit légal actuellement commercialisé en Australie ne sera affecté par cette décision. La nouvelle classification prendra effet le 1er octobre 2026, et habilitera les forces frontalières et les agences sanitaires nationales à saisir les produits contenant cette substance et à poursuivre les distributeurs en justice. Les agents des douanes ont reçu des protocoles de détection mis à jour afin d’identifier la signature chimique de la 6-méthylnicotine dans les marchandises importées.
Au niveau national, la police d’État sera habilitée à mener des descentes dans les points de vente au détail soupçonnés de stocker cet analogue interdit. La menace de sanctions sévères, notamment des amendes substantielles et des peines d’emprisonnement, devrait dissuader les commerces légitimes de stocker par inadvertance des produits contaminés ou mal étiquetés.
Cette mesure s’inscrit dans le cadre des efforts plus larges du gouvernement visant à démanteler le commerce illicite des produits de vapotage, qui s’est développé depuis les réformes de 2024 limitant la vente à l’usage exclusif des pharmacies.
Un produit utilisé par les fabricants pour contourner la réglementation sur la nicotine et cibler les jeunes
Les fabricants ont utilisé la 6-méthylnicotine pour contourner la législation australienne très stricte qui encadre la vente de nicotine par vapotage sur ordonnance[2]. En commercialisant cet analogue comme « alternative à la nicotine » ou « sans nicotine », les entreprises ont inondé les marchés parallèles de produits non autorisés, s'affranchissant ainsi des évaluations de sécurité rigoureuses exigées pour les produits thérapeutiques pouvant être autorisés.
Ces produits à la Métatine sont souvent vendus dans des emballages aux couleurs vives et aux saveurs sucrées, ciblant spécifiquement les jeunes. Par ce biais, les fabricants cherchent à contourner les obstacles juridiques et financiers liés au vapotage sur ordonnance. L'intervention de la TGA vise ainsi à combler cette lacune en matière de réglementation chimique, et ouvre le champ à de potentielles futures réglementations d’autres substances imitant les effets pharmacologiques de la nicotine.
Les experts de santé publique appellent à une définition extensive de la nicotine pour prévenir tout futur contournement
La décision australienne fait écho aux alertes formulées par les experts de santé publique concernant la 6-méthylnicotine, déjà identifiée dans des produits de vapotage et des sachets oraux présentés notamment comme « sans nicotine ». En France, le Comité national contre le tabagisme (CNCT) a ainsi appelé à ne pas limiter la réglementation à la seule nicotine, mais à l’étendre à l’ensemble des substances exerçant une action pharmacologique sur les récepteurs nicotiniques, afin d’éviter que de nouvelles molécules puissent être utilisées pour contourner les dispositifs existants. Cette approche vise à anticiper l’apparition rapide de nouveaux produits plutôt qu’à adapter la réglementation après leur diffusion sur le marché.
L’association a également recommandé de renforcer les contrôles, les sanctions et l’application des interdictions visant les produits nicotiniques non autorisés, ainsi que de lutter contre leur promotion, notamment en ligne. Au-delà se pose la question de l’accessibilité des produits à la nicotine et assimilés en ligne.
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[1]Amanda Sheppeard, Regulator outlaws nicotine substitute, Medical Republic, publié le 28 septembre 2026, consulté le même jour
[2]Australia Bans Synthetic Nicotine Analogue in Vapes and Oral Pouches, Streamline, publié le 28 septembre 2026, consulté le même jour