Dispositif Alcome : le CNCT rappelle le besoin de réformer la gestion des mégots en France

4 août 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 31 juillet 2026

Temps de lecture : 7 minutes

Dispositif Alcome : le CNCT rappelle le besoin de réformer la gestion des mégots en France

En France, Alcome est actuellement la structure habilitée à financer et organiser la collecte des mégots dans l’espace public. Présenté comme un éco-organisme au service des collectivités, le dispositif est toutefois critiqué par le Comité national contre le tabagisme (CNCT), qui dans une interview à l’Est Républicain explique y voir une manière pour les cigarettiers de reprendre la main sur un enjeu environnemental lié à leurs produits[1], redorer leur image et affaiblir les politiques de santé publique.

Des partenariats avec un nombre croissant de villes : exemple avec Besançon

Alcome repose sur la promesse de réduire la présence des mégots dans l’espace public grâce à un soutien financier et matériel. La structure se présente comme un « éco-organisme » agréé par le ministère de la Transition écologique depuis 2021 pour un mandat de six ans, avec un objectif qui lui a été imposé de diminution de 40 % du nombre total de mégots jetés sur la voie publique en France. Selon la directrice générale d’Alcome, Marie-Noëlle Duval, l’organisme contractualise avec les collectivités pour les inciter à agir contre les mégots. Le montant du soutien financier a été défini par les pouvoirs publics et peut aller jusqu’à 2,08 € par habitant en milieu urbain dense. Il s’accompagne d’une obligation de fourniture d’équipements urbains : cendriers de rue, éteignoirs, auxquels l’organisme a ajouté la distribution de cendriers individuels.

À cela s’ajoutent des campagnes nationales de sensibilisation destinées à modifier les comportements. L’idée affichée est d’inciter les fumeurs à ne plus jeter leurs mégots au sol, dans une logique de propreté de l’espace public.

D’après le quotidien régional L’Est Républicain, Besançon constitue une illustration du dispositif. La ville a repris en 2024 un partenariat lancé par l’ancienne municipalité, et la nouvelle équipe municipale s’en félicite publiquement. À la mi-juin, une opération de communication mettait en avant les 6 000 cendriers de poche remis par Alcome, ainsi qu’une carte des 52 zones particulièrement polluées par les mégots.

L’adjoint à l’Environnement, Guillaume Bailly, souligne également l’apport financier annuel de 245 000 euros. Selon lui, cette somme a permis l’embauche d’un agent dédié à la propreté des espaces publics et l’achat d’appareils appelés « Gloutons », chargés d’aspirer les mégots dans la rue. L’élu dit trouver ces actions « assez vertueuses », tout en admettant qu’il ne sait pas qui dirige réellement l’organisme. Cette méconnaissance est l’un des points relevés par le quotidien, qui insiste sur le caractère peu lisible de la structure pour les collectivités partenaires.

Derrière le fonctionnement d’Alcome, du pouvoir donné aux cigarettiers

Alcome a été mis en place et financé exclusivement par les grands industriels du tabac British American Tobacco, Philip Morris, Japan Tobacco et Seita, dans le cadre de la responsabilité élargie du producteur (REP) prévue par le Code de l’environnement, et plus précisément pour les produits du tabac équipés de filtres contenant du plastique, ainsi que les produits destinés à être utilisés avec eux.

Le CNCT estime que les industriels répondent ainsi à leurs obligations environnementales prévues par l’article L110-1 du Code de l’environnement, qui impose au producteur de polluants de supporter financièrement la prévention, la réduction et la réparation. Autrement dit, le système permet de faire financer par les fabricants une partie du coût environnemental généré par les mégots. En effet, les mégots contiennent des substances toxiques et des microplastiques non biodégradables, et représentent un coût important pour les collectivités.

Alcome est utilisé par les cigarettiers comme structure écran dans leur développement de partenariats avec des acteurs locaux, notamment les collectivités locales. L’organisation à travers les cigarettiers est directement responsable de la pollution générée par les mégots et l’objectif pour les cigarettiers n’est nullement de réduire la quantité de mégots correspondant à une réduction de la consommation. Le dispositif d’Alcome pose ainsi la question de l’indépendance du dispositif, de sa transparence mais aussi de l’efficacité réelle du dispositif mis en place.

Le CNCT appelle à faire payer les cigarettiers tout en garantissant l’indépendance, la transparence et une efficacité renforcée de la gestion des mégots

Pour le CNCT, le problème n’est pas seulement environnemental, il est aussi sanitaire et politique. L’association affirme que la priorité devrait être la lutte contre la consommation de tabac elle-même, responsable d’après Santé publique France de 68 000 morts prématurées et évitables par an dans le pays.

Amélie Eschenbrenner, responsable de communication et de plaidoyer européen au CNCT, juge que certaines actions d’Alcome sont contre-productives. Elle cite notamment la distribution de cendriers de poche, qu’elle estime susceptible d’encourager la consommation plutôt que de la réduire. Elle critique également la communication de l’organisme, qu’elle juge sélective et allant dans le sens des intérêts des cigarettiers. Selon elle, les campagnes parlent des mégots et pointent les comportements de fumeurs inciviques mais elles n’abordent jamais la nocivité des produits conçus par les fabricants. Ainsi aucune campagne et initiative émanant de l’éco-organisme ne vise à réduire à la source les déchets. Selon le CNCT, cette approche relève d’une stratégie de communication soigneusement calibrée. Alcome est, selon le CNCT, un instrument de greenwashing utilisé par l’industrie du tabac pour donner une image positive de son action environnementale, sans remettre en cause son activité principale. Au-delà, il s’agit même d’un outil d’« entrisme », c’est-à-dire un moyen pour les cigarettiers d’approcher les décideurs publics et d’entretenir une forme de légitimité institutionnelle. Des opérations de communication comme le Mégothon sont autant d’exemples de cette stratégie.

Dans son Livre blanc, le CNCT recommande donc, en tenant compte de la spécificité de l’industrie du tabac, que cette dernière finance le dispositif sans participer à sa gouvernance. La gestion de l’organisme ainsi que les campagnes d’information et de communication devraient être confiées à un organisme indépendant, de même que les actions de recherche. Une telle gouvernance serait conforme aux engagements internationaux de la France pris dans le cadre du traité de l’OMS, la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT). L’article 5.3 de ce traité pose l’obligation générale de protéger l’indépendance des politiques de santé publique de toute ingérence des industriels et de leurs alliés. Cette obligation ne concerne pas que le secteur santé mais s’impose à l’ensemble des acteurs publics concernés par les différentes activités des fabricants.

Au niveau européen, dans une déclaration conjointe avec d’autres ONG antitabac et des ONG écologistes en soutien à l’interdiction des filtres, le CNCT a récemment appelé l’UE à renforcer le principe « pollueur-payeur » avec des mécanismes indépendants et contraignants limitant l’implication de l’industrie du tabac au seul financement de ses actions passées, présentes et futures sur l’environnement[2].

©Génération Sans Tabac

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[1]Serge Lacroix, Derrière la lutte contre les mégots, l’industrie du tabac à l’affût, L’Est Républicain, publié le 28 juillet 2026, consulté le 30 juillet 2026

[2]Traité mondial sur la pollution plastique : l’UE appelée à ne pas exporter les modèles français et espagnol de la REP du tabac, Comité national contre le tabagisme, publié le 12 août 2025, consulté le 30 juillet 2026

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