« Make Big Tobacco Pay » : des organisations mobilisées pour renforcer la responsabilité de l’industrie du tabac

7 juin 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 4 juin 2026

Temps de lecture : 5 minutes

« Make Big Tobacco Pay » : des organisations mobilisées pour renforcer la responsabilité de l’industrie du tabac

Des ONG, experts juridiques et organisations de la société civile des régions d’Amérique, d’Asie et d’Afrique se mobilisent afin de demander une plus grande responsabilisation de l’industrie du tabac pour les conséquences sanitaires, environnementales et économiques associées à ses produits[1]. Cette mobilisation s’inscrit dans le cadre de la Semaine mondiale d’action « Make Big Tobacco Pay », organisée du 1er au 5 juin 2026, coïncidant aussi avec la Journée mondiale de l’environnement. Dans plusieurs pays, les organisations participantes appellent les gouvernements à mettre en place des mécanismes permettant de couvrir les coûts liés à la prise en charge des maladies attribuables au tabac ainsi qu’à la gestion des impacts environnementaux associés à sa consommation.

Un coût sanitaire, social, financier et environnemental considérable

Le tabagisme est responsable de plus de 7 millions de décès prématurés et évitables chaque année dans le monde et constitue un facteur de risque majeur pour de nombreuses maladies chroniques, notamment les cancers, les maladies cardiovasculaires, respiratoires mais aussi le diabète ou encore la tuberculose.

Selon les organisateurs de la campagne, les coûts engendrés par le traitement de ces maladies et par la gestion des pollutions liées au tabac représenteraient plus de 1 400 milliards de dollars (1 206 milliards d’euros) par an à l’échelle mondiale. Ils soulignent également l’impact environnemental des mégots de cigarettes, composés de plastique, ainsi que l’augmentation des déchets issus des cigarettes électroniques, qui aggravent encore la pollution des sols et des milieux aquatiques.

Ces acteurs de la société civile rappellent que les compagnies de tabac engrangent des profits colossaux avec la vente de leurs produits addictifs et toxiques, dont le montant dépasse les profits réalisés par Google, Meta et Apple réunis, soit environ 862 milliards d’euros annuels. Toutefois, ce sont les gouvernements et les contribuables ordinaires qui finissent par payer la facture des coûts de santé, des dommages environnementaux et des pertes économiques liés à la consommation de tabac[2].

La Convention-cadre pour la lutte antitabac de l’OMS comme levier d’action

Les organisations impliquées rappellent que plus de 180 pays ont ratifié la Convention-cadre de l’Organisation mondiale de la santé pour la lutte antitabac (CCLAT). Ce traité international prévoit notamment, en son article 19, des dispositions relatives à la responsabilité juridique et financière de l’industrie du tabac pour les dommages causés par ses produits, tandis que son article 5.3 prévoit des dispositions relatives à la protection des politiques publiques contre les ingérences de cette industrie.

Selon les promoteurs de la campagne, ces dispositions peuvent être mises en œuvre à travers différents outils réglementaires, fiscaux ou administratifs, et pas uniquement par le recours à des actions judiciaires. Une telle approche est susceptible de permettre à des pays dont les textes juridiques ne prévoient pas la possibilité de poursuivre les sociétés transnationales à grande échelle au regard de leur responsabilité sur les dommages causés de pouvoir néanmoins obtenir une indemnisation des victimes et des mesures correctives.

Ceux-ci ont comparé la situation à la pollution environnementale, arguant que, tout comme les entreprises sont tenues de payer pour les dommages environnementaux en vertu du principe du « pollueur-payeur », la même logique devrait s'appliquer à l'industrie du tabac.

Par exemple, au Nigéria, le gouvernement fédéral avait intenté un procès à l’encontre des principales compagnies de tabac dès 2007 (British American Tobacco, Philip Morris International et ITC), pour dissimulation des risques sanitaires de leurs produits, une affaire qui n’est toujours pas jugée. En 2024, une sanction réglementaire a été imposée à British American Tobacco par la Commission fédérale de la concurrence et de la protection des consommateurs (FCCPC) du Nigeria.

Au Brésil, le gouvernement tente de mettre en œuvre l’article 19 de la CCLAT pour intenter une action en justice à l’encontre les deux plus grands cigarettiers dans le pays et au niveau international. Engagée en 2019 par le bureau du procureur général, cette initiative vise à obtenir le remboursement des dépenses des traitement liés à 27 maladies causées par le tabagisme.

Des initiatives internationales et un nouveau prix

Au cours de cette semaine d’action, plusieurs événements – webinaires, interventions médiatiques, actions en justice, pétitions, campagnes de sensibilisation – sont en parallèle organisés dans différents pays, notamment au Mexique, au Brésil, aux États-Unis, aux Philippines, au Nigeria et au Ghana. Une pétition internationale visant à renforcer la responsabilité financière de l’industrie du tabac a notamment été lancée.

Par ailleurs, l’organisation Corporate Accountability a annoncé la création du prix « Yul Dorado Make Big Tobacco Pay Award », destiné à distinguer, à partir de l’année prochaine, les initiatives publiques, associatives ou citoyennes contribuant à faire progresser la responsabilité de l’industrie du tabac et la protection de la santé publique.

©Génération Sans Tabac

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[1]Chinenye, Global Campaign Demands Tobacco Firms Pay for Health, Economic and Environmental Damage, tori.ng, publié le 2 juin 2026, consulté le 3 juin 2026

[2]Make Big Tobacco Pay, Sri Lanka Guardian, publié le 3 juin 2026, consulté le même jour

Comité national contre le tabagisme |

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