Au Canada, des organisations de santé appellent à une génération sans nicotine d’ici 2045
2 juin 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 2 juin 2026
Temps de lecture : 6 minutes
Plus de vingt organisations de santé publique ont appelé le gouvernement fédéral canadien à se fixer comme objectif de compléter l’objectif de « génération sans tabac » d’ici 2035 avec une consommation de nicotine inférieure à 5 % de la population d’ici 2045[1]. Cette proposition est issue d’une table ronde à l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa consacrée à la réduction du tabagisme et de l’usage des produits nicotiniques, comme la cigarette électronique et les sachets de nicotine, au Canada. Les experts sont inquiets de la hausse de leur consommation chez les jeunes et les non-fumeurs depuis 2018.
Une progression du vapotage et des sachets de nicotine, surtout chez les jeunes
Le Canada a enregistré une baisse importante du tabagisme au cours des dernières décennies, avec 5 millions de consommateurs de tabac en moins par rapport à l’année 2000 et une prévalence adulte actuelle à 13 %, rendant atteignable l’objectif du pays d’atteindre une génération sans tabac, soit moins de 5 % de fumeurs adultes, d’ici 2035. Le tabac classique tue toujours 46 000 Canadiens chaque année, restant une cause évitable majeure de maladies et de décès prématurés au Canada.
Toutefois, selon Les Hagen, directeur général d’Action sur le tabagisme et la santé, la consommation de nicotine a fortement augmenté chez les Canadiens âgés de 25 ans et moins. Il souligne que plusieurs revues systématiques de la littérature ont mis en évidence une association entre le vapotage chez les jeunes et une probabilité accrue d’initiation ultérieure au tabagisme. Santé Canada rappelle que le vapotage n’est pas reconnu comme un outil de sevrage tabagique et que le vapotage « n’est pas inoffensif et n’est pas destiné aux jeunes », précisant que les enfants et les adolescents peuvent être « plus sensibles » aux effets nocifs de la nicotine, car le développement du cerveau se poursuit pendant l’adolescence et jusqu’au début de l’âge adulte.
Un rapport de Statistique Canada publié en 2025 montre que 15 % des élèves de collège et de lycée ont déclaré avoir vapoté au cours des 30 jours précédant l’enquête menée en 2023-2024, et 27 % des élèves en Terminale déclarent avoir utilisé une cigarette électronique pendant une durée de 30 jours, ce qui dépasse de loin les niveaux de consommation nationaux globaux. Un rapport de Statistique Canada de 2022 a révélé que 18,2 % des Canadiens âgés de 15 ans et plus avaient déjà vapoté.
D’après Rob Cunningham, analyste principal des politiques à la Société canadienne du cancer, cette situation alarmante provient surtout du fait que les cigarettes électroniques sont peu onéreuses, sont souvent aromatisées et ne comportent pas d’images explicites ni d’avertissements sanitaires sur leur emballage, tandis que des influenceurs sur les réseaux sociaux en font souvent la promotion. De ce fait, elles bénéficient encore d’une acceptabilité sociale élevée et leurs effets sanitaires demeurent encore largement méconnus.
Pourtant, rappelle Michael Chaiton, professeur associé à l’Université de Toronto, même si les effets complets du vapotage sur la santé ne sont pas encore connus, cette pratique reste nocive : les cigarettes électroniques en elles-mêmes sont associées à des risques, notamment en ce qui concerne les problèmes respiratoires et cardiovasculaires.
Par ailleurs, la même problématique est applicable aux sachets de nicotine[2]. Bien que leur consommation soit moins documentée que celle des cigarettes électroniques au Canada, puisque leur commercialisation est illégale en dehors du fabricant Zonnic, leur popularité serait croissante chez les jeunes. Aromatisés, sucrés et fruités, avec des emballages colorés et trompeurs, ils sont également promus par des influenceurs sur les réseaux sociaux qui minimisent leurs effets sanitaires. Selon le Dr. Richard Bélanger, pédiatre, médecin de l'adolescence et chercheur clinicien au CHU de Québec-Université Laval, le Québec a enregistré une augmentation de 50 % des ventes de ces produits en l’espace d'une seule année, mentionnant les résultats d’une étude bientôt publiée. Les professionnels de la santé s’inquiètent d’une forte dépendance à la nicotine mais aussi d’autres risques insoupçonnés comme des irritations bucco-dentaires.
Des mesures réglementaires proposées contre les nouveaux produits
Les Hagen recommande ainsi le renforcement de la réglementation des produits de vapotage, notamment par des restrictions sur les arômes, l’ajout d’avertissements sanitaires plus visibles et l’interdiction des ventes en ligne, afin d’atteindre les objectifs fixés d’ici 2045. Selon lui, une augmentation des taxes sur les produits nicotinés et l'extension des restrictions relatives au tabagisme au vapotage (emballage neutre, restrictions promotionnelles, notamment l’interdiction de l’affichage en magasin, interdiction de vapoter au travail et dans les lieux publics…) pourraient également contribuer à dissuader la consommation de nicotine[3].
Flory Doucas, co-directrice de la Coalition québécoise pour la lutte contre le tabagisme, a notamment appelé le gouvernement fédéral à finaliser la réglementation visant à limiter les arômes dans les produits de vapotage, et a invité à une harmonisation entre les mesures fédérales, provinciales et territoriales, citant l’exemple du Québec qui a interdit la vente de cigarettes électroniques aux arômes sucrés ou fruités dès 2023.
Rob Cunningham a déclaré que l’objectif de réduire la consommation de nicotine chez les adolescents et jeunes adultes est réalisable, bien que difficile, à cause de la popularité de nouveaux produits comme les cigarettes électroniques et les sachets de nicotine. Tout dépend, selon lui, de la rapidité et de l’ampleur avec lesquelles les gouvernements mettront en œuvre ces mesures.
Certaines provinces réagissent déjà. En Ontario, des mesures politiques sont en chantier[4] : la députée néo-démocrate de Nickel Belt, en Ontario, France Gélinas, a annoncé avec trois autres députés avoir déposé la proposition de loi « Vapoter n’est pas pour les enfants ». Cette proposition interdirait la promotion des cigarettes électroniques ainsi que leur vente aux moins de 21 ans et demanderait la publication d’un rapport sur le vapotage illégal par des mineurs par le ministère de la santé. Elle limiterait leur vente à certains magasins spécialisés, plafonnerait la quantité de nicotine et utiliserait la taxation du vapotage à des fins de campagnes de sensibilisation et de prévention.
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[1]Des organismes réclament des règles strictes pour réduire le vapotage chez les jeunes, En Beauce, publié le 31 mai 2026, consulté le 1 juin 2026
[2]Edouard Dubois, Hausse de la consommation de sachets de nicotine, un marketing «agressif» pour les jeunes, Radio-Canada, publié le 1 juin 2026, consulté le même jour
[3]The Canadian Press, Advocates call on Ottawa to limit nicotine use among youth, demand stricter measures, CTV News, publié le 31 mai 2026, consulté le 1 juin 2026
[4]‘Vaping is not for Kids’ bill would ban vape sales to youths under 21, Village Report, publié le 31 mai 2026, consulté le 1 juin 2026