Un don substantiel de l’industrie du tabac a précédé la décision de la FDA sur les arômes de vapotage
25 mai 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 22 mai 2026
Temps de lecture : 6 minutes
Selon une enquête du New York Times, l’administration de Donald Trump aurait assoupli sa position sur les cigarettes électroniques aromatisées peu après le versement d’un important don financier de l’industrie du tabac[1]. Le 30 avril 2026, Reynolds American, filiale de British American Tobacco aux États-Unis, fabricant des cigarettes Camel et Lucky Strike et des cigarettes électroniques Vuse, a versé 5 millions de dollars (4,3 millions d’euros) au comité d’action politique MAGA Inc. Ce don porte à 8 millions de dollars (6,9 millions d’euros) le total des sommes versées par la filiale à MAGA Inc. Quelques jours plus tard, des dirigeants de Reynolds et d’Altria ont rencontré Donald Trump pour critiquer l’interdiction des cigarettes électroniques aromatisées décidée par la FDA afin de limiter le vapotage chez les jeunes.
Une décision favorable aux arômes accélérée par l’administration Trump
À la suite de cette rencontre, Donald Trump aurait contacté le secrétaire à la Santé Robert F. Kennedy Jr., et le Dr. Mehmet Oz, directeur des Centers for Medicare and Medicaid Services, pour exprimer son opposition à cette interdiction. Des tensions internes seraient apparues au sein de l’administration, certains responsables sanitaires craignant les conséquences de ces produits pour les mineurs. Peu après, dérogeant à sa procédure réglementaire habituelle, la FDA a publié de nouvelles directives autorisant les grandes entreprises du tabac à commercialiser des cigarettes électroniques aromatisées, notamment à la mangue et la myrtille par la société Glas Inc. basée à Los Angeles. La condition posée est que ces produits ne ciblent pas les jeunes en incorporant « certains éléments présumés attrayants pour les mineurs, tels que la représentation d'un personnage fictif de type dessin animé ; le fait de dissimuler sa nature en tant que produit de vapotage ; ou la ressemblance avec un jouet, un téléphone ou une plateforme de jeu pour enfants. »[2].
En outre, la FDA a autorisé le maintien sur le marché des cigarettes électroniques non autorisées ainsi que la hausse des niveaux de nicotine dans certains sachets nicotiniques.
Marty Makary, commissaire de la FDA, a dans la foulée quitté ses fonctions pour protester contre cette décision qu’il juge très inquiétante, risquant d’augmenter l’initiation et la dépendance nicotinique des jeunes et des non-fumeurs. Le porte-parole du secrétaire à la Santé, Richard Danker, a également démissionné et a accusé de hauts responsables de l'agence, proches du cabinet de Kennedy, d'avoir approuvé des arômes de cigarettes électroniques qui exposeraient les enfants à « la dépendance à la nicotine, à des lésions pulmonaires et à un risque accru de cancer »[3].
Une ingérence puissante de l’industrie du tabac dénoncée
La Maison Blanche affirme que cette décision repose uniquement sur des données scientifiques et sur des études suggérant que le vapotage peut aider certains adultes à arrêter de fumer. Les représentants du super PAC MAGA Inc. indiquent également que les dons reçus respectent le cadre légal.
Des élus démocrates et plusieurs observateurs dénoncent toutefois une proximité majeure entre l’administration Trump et de grands groupes industriels. Ils estiment que cette affaire illustre l’influence croissante des grands donateurs privés sur certaines décisions de santé publique, notamment dans les secteurs du tabac, des énergies fossiles, des cryptomonnaies et de l’intelligence artificielle.
Le représentant démocrate Seth Magaziner a ainsi qualifié le changement de politique de la FDA concernant le vapotage de trahison de la part du superviseur de l'administration, Kennedy. Bien que le secrétaire à la Santé et aux Services sociaux ait bâti son image sur la promesse de « Rendre l'Amérique en bonne santé à nouveau » (« Make America Healthy Again » ou « MAHA ») en dissociant les intérêts des entreprises de la politique de santé, il a été accusé de céder aux pressions de l'industrie, quels que soient les sujets, de la réglementation des produits alimentaire aux pesticides cancérigènes. « Sous l’administration Trump », a déclaré Magaziner, « l’argent l’emporte toujours sur MAHA. »[4].
Pour sa part, le sénateur démocrate Dick Durbin a qualifié ces décisions de « malavisées », suggérant qu’elles étaient motivées par les lobbyistes de l'industrie et les donateurs de la campagne[5]. « Le Congrès a fixé des critères très stricts pour l'obtention de l'autorisation de la FDA pour ces produits, car nous connaissions le pouvoir de séduction des grandes compagnies de tabac auprès des enfants grâce à des designs et des saveurs attrayants », a-t-il écrit. « Pourtant, les fabricants de cigarettes électroniques et de tabac n'ont pas respecté les exigences de la loi. […] Au lieu de cela, ils ont court-circuité le commissaire de la FDA et se sont adressés directement au président Trump pour le convaincre d'autoriser la vente de leurs produits addictifs, en l'absence de tout bénéfice prouvé et légalement obligatoire pour la santé publique », a poursuivi le sénateur. Lui et neuf autres sénateurs ont également écrit au commissaire par intérim de la FDA, Kyle Diamantas, le 15 mai 2026, l'exhortant à annuler les autorisations de mise sur le marché des cigarettes électroniques aromatisées aux fruits[6].
AD
[1]Kenneth P. Vogel et Christina Jewett, A $5 Million Donation From Big Tobacco Preceded F.D.A. Vape Decision, The New York Times, publié le 20 mai 2026, consulté le 22 mai 2026
[2]Sarah Rumpf, Trump’s FDA Reversed Policy on Flavored Vapes One Week After Tobacco Company Donated $5 Million to PAC He Supports, Mediaite, publié le 21 mai 2026, consulté le 22 mai 2026
[3]Arthur Jones II, RFK Jr. spokesman resigns over fruit-flavored e-cigarette concerns, letter says, ABC News, publié le 14 mai 2026, consulté le 22 mai 2026
[4]Stephen Prager, ‘Open, Shameless Grift’: Right Before FDA Ruling on Vapes, Big Tobacco Company Gave $5 Million to a Trump Super PAC, Common Dreams, publié le 21 mai 2026, consulté le 22 mai 2026
[5]Sophie Brams, Durbin presses RFK Jr. to resist easing flavored vape regulations, The Hill, publié le 21 mai 2026, consulté le 22 mai 2026
[6]Emma Rumney, US Senator Durbin urges RFK Jr. to resist easing vape rules, Reuters, publié le 20 mai 2026, consulté le 22 mai 2026