Une étude alerte sur les obstacles aux objectifs de réduction du tabagisme en Europe

21 mai 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 19 mai 2026

Temps de lecture : 5 minutes

Une étude alerte sur les obstacles aux objectifs de réduction du tabagisme en Europe

Une étude récente publiée dans Tobacco Control souligne que certains freins comme l’essor rapide des nouveaux produits nicotiniques et l’influence de l’industrie du tabac portent atteinte aux objectifs européens de lutte contre le tabagisme[1]. Les chercheurs estiment que, sans coopération nationale efficace, soutien politique transversal, réseaux solides de société civile et cadres internationaux comme la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT) et des politiques fortes de l’Union européenne, les objectifs fixés ne seront pas atteints.

La sortie du tabac de la société, « Endgame », progresse mais reste fragile

L’étude repose sur 23 entretiens semi-directifs menés en 2023 auprès d’acteurs de huit pays européens : Chypre, la Finlande, l’Italie, la Lituanie, la Norvège, la Serbie, la Slovénie et l’Espagne. Les participants venaient de ministères, d’instituts de recherche, d’ONG et d’autres structures de santé publique. L’objectif était d’identifier les facteurs qui facilitent, ou freinent, l’adoption de politiques dites de « tobacco endgame » ou « sortie du tabac de la société » visant à réduire le tabagisme à des niveaux très faibles, inférieurs à 5 % de la population.

Pour les auteurs, cette approche gagne du terrain en Europe, mais sa mise en œuvre reste inégale selon les contextes nationaux. Les personnes interrogées considèrent que la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT) a joué un rôle majeur en installant durablement le tabac comme enjeu de santé publique et en favorisant la coopération entre pouvoirs publics, chercheurs et société civile. Des mesures issues de la CCLAT telles que l'interdiction publicitaire, le paquet neutre et l'interdiction des arômes, permettent aux pays de s’appuyer sur des stratégies concrètes de lutte antitabac.

L’Union européenne est également perçue comme un levier important, notamment dans les pays où les politiques antitabac sont moins avancées. L’objectif européen de « génération sans tabac » d’ici 2040, avec une prévalence inférieure à 5 %, est vu comme une opportunité pour harmoniser les ambitions nationales. Certains répondants soulignent toutefois qu’une réglementation européenne trop faible peut parfois ralentir les pays déjà engagés dans des stratégies ambitieuses.

Des situations très contrastées selon les pays

L’étude met en évidence un écart entre les pays disposant d’un objectif officiel d’« endgame » et ceux qui n’en ont pas. La Finlande vise par exemple une société sans tabac ni nicotine d’ici 2030, tandis que la Slovénie cible 2040.

À l’inverse, dans les pays sans stratégie claire, les politiques restent souvent fragmentées et centrées sur les espaces sans fumée, sans trajectoire de réduction durable de la consommation. Certains estiment que leurs pays sont « bloqués » dans une phase de dénormalisation incomplète : le tabagisme est de moins en moins accepté dans les espaces intérieurs, mais l’enjeu de fond, à savoir réduire durablement l’usage, n’est pas encore pleinement traité. D’après l’étude, cette absence de cap stratégique rend plus difficile l’adoption de mesures ambitieuses à long terme.

Les prévalences tabagiques des 15 ans et plus varient également fortement : de 14,2 % en Norvège à 39,5 % en Serbie. Selon les auteurs, plus la prévalence est élevée, plus l’objectif d’extinction apparaît politiquement et socialement difficile.

L’industrie du tabac et ses nouveaux produits, des freins majeurs

L’influence de l’industrie du tabac apparaît comme l’un des principaux obstacles aux politiques publiques de réduction de la consommation de tabac et ce, quel que soit le profil des pays concernés. Les participants évoquent des formes de lobbying directes ou indirectes, parfois liées à des intérêts économiques locaux. Dans certains pays, l’argument économique et les pressions associées compliquent les arbitrages entre santé publique, emploi et fiscalité.

Les nouveaux produits nicotiniques perturbent également les stratégies de sortie du tabac de la société. Cigarettes électroniques, tabac chauffé, sachets de nicotine ou snus sont conçus comme des produits maintenant la dépendance et brouillant les messages de prévention, notamment chez les jeunes. Plusieurs répondants estiment que la réflexion ne peut plus se limiter aux produits du tabac classiques, mais doit désormais inclure l’ensemble des produits nicotiniques.

Le rôle du politique, de la société civile et des réseaux sociaux

Par ailleurs, l’étude souligne l’importance de coalitions solides entre pouvoirs publics, chercheurs, ONG et acteurs de santé publique. Dans les pays les plus avancés, cette coopération permet de maintenir le sujet à l’agenda politique et de soutenir des stratégies de long terme. À l’inverse, le manque de moyens des ONG, l’absence de volonté politique ou les logiques de court terme sont identifiés comme des freins importants.

Enfin, les auteurs distinguent le rôle des médias traditionnels, souvent jugés plutôt favorables à la lutte antitabac, de celui des réseaux sociaux, considérés comme un espace de promotion croissante des produits du tabac et de la nicotine via des contenus numériques et des influenceurs. Ils estiment qu’une stratégie d’« endgame » cohérente devra intégrer une application plus stricte des interdictions de pratiques promotionnelles et une vigilance sur la désinformation véhiculée par ces canaux.

©Génération Sans Tabac

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[1]Sæbø G., Lund I., Ollila H., et al, Perceptions of facilitators and barriers to national tobacco endgame policies among European stakeholders: a qualitative analysis, Tobacco Control, publié le 30 avril 2026, consulté le 18 mai 2026

Comité national contre le tabagisme |

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