Les autorités sanitaires philippines souhaitent réglementer voire interdire le vapotage
11 mai 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 11 mai 2026
Temps de lecture : 4 minutes
Le ministère philippin de la Santé plaide pour une interdiction totale des produits de vapotage, dans un contexte de hausse de la consommation de nicotine chez les jeunes. Si une interdiction complète n’est pas possible, les autorités recommandent de limiter les cigarettes électroniques au seul arôme tabac afin de réduire leur attractivité auprès des mineurs[1]. Plusieurs sénateurs soutiennent ce renforcement, face à des contournements de la loi mais surtout par cohérence avec le reste de l’Asie du Sud-Est.
Des inquiétudes croissantes concernant l’addiction des jeunes
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a déjà alerté sur l’augmentation de la dépendance à la nicotine liée aux cigarettes électroniques chez les enfants et adolescents. Au Sénat philippin, la sénatrice Risa Hontiveros a exprimé ses inquiétudes face à l’augmentation du vapotage chez les jeunes, certains utilisateurs ayant entre 13 et 15 ans. Elle souligne que l’attractivité des produits, leur faible coût et leur grande accessibilité, en points de vente physiques ou en ligne, favorisent cette progression.
La sénatrice Pia Cayetano a cité une étude de l'Institut de recherche sur l'alimentation et la nutrition (FNRI) du ministère des Sciences et de la Technologie (DOST), montrant que l'utilisation de la cigarette électronique chez les adolescents aux Philippines avait atteint un taux alarmant de 39,9 % en 2023, contre 0,08 % en 2015[2].
Le ministère rappelle que si les produits du tabac sont associés à des maladies cardiovasculaires, cancers et pathologies pulmonaires, les produits du vapotage ne sont pas sans risque non plus, exposant à une forte dépendance et à des risques déjà établis sur le plan respiratoire voire cardiovasculaire. Chez les jeunes, des troubles du développement cérébral, de l'attention, de la mémoire et de la maîtrise de soi, avec risques d'anxiété et de dépression, peuvent également apparaître.
Un enjeu réévalué comme priorité de santé publique, dans une dynamique régionale et mondiale
Le Sénat examine actuellement plusieurs projets de loi visant à revoir la réglementation des produits de vapotage et du tabac chauffé. Les discussions portent notamment sur le renforcement des mesures de protection des jeunes, enjeu encore renforcé par l’absence et l’inefficacité des dispositifs de contrôles d’âge en ligne. L’évolution de la législation viserait par ailleurs à transférer la compétence de supervision du secteur aux autorités sanitaires plutôt qu’aux organismes chargés du commerce.
L’objectif affiché de la réglementation est de s’inscrire dans une optique de santé publique et de réduire l’exposition globale à la nicotine. Il s’agit également de combler certaines failles réglementaires exploitées par les fabricants, détaillants et importateurs. Par exemple, certains détaillants prétextent que leur façade fait partie de leur point de vente pour afficher des publicités en faveur des produits du tabac et de la nicotine en plein espace public[3].
Le Dr. Dominic Maddumba, directeur par intérim de la Direction III du Bureau de la promotion de la santé du ministère de la Santé, a également mentionné que, dans l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN), huit États membres ont déjà interdit le vapotage : le Brunei, le Cambodge, le Laos, Singapour, la Thaïlande, le Timor-Leste, le Vietnam et le Myanmar. Seuls trois États membres autorisent encore son utilisation, les Philippines et l'Indonésie, tous deux fortement incités par les experts de santé publique à suivre le mouvement d’interdiction. La Malaisie, pour sa part, prévoit de l'interdire courant 2026.
À l’échelle mondiale, les pays sont de plus en plus nombreux à instaurer des restrictions majeures sur le vapotage en raison de la hausse de leur consommation, en particulier chez les jeunes, et en lien avec une meilleure connaissance de leurs effets sur la santé. D’après les dernières estimations disponibles, au moins 46 pays dans le monde ont totalement interdit la vente et la distribution des cigarettes électroniques, et 20 ont interdit ou réglementé strictement les arômes attrayants sauf tabac[4], la Belgique étant le dernier pays en date.
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[1]Ram Superable, DOH pushes total ban on vapes, Manila Standard, publié le 6 mai 2026, consulté le 7 mai 2026
[2]Hannah L. Torregoza, Senators back DOH's call for total ban on vape products, Manila Bulletin, publié le 7 mai 2026, consulté le même jour
[3]Victoria Tulad, Hontiveros says safeguards in vape use 'not enough' as DOH proposes total ban, ABS-CBN News, publié le 6 mai 2026, consulté le 7 mai 2026
[4]Global Center for Good Governance in Tobacco Control, E-CIGARETTE BAN & REGULATION: Global Status as of May 2025, publié le 4 juin 2025, consulté le 7 mai 2026