Des ONG réclament un renforcement des lois antitabac au Nigeria et le rejet de toute influence industrielle
1 avril 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 1 avril 2026
Temps de lecture : 4 minutes
L’organisation Corporate Accountability and Public Participation Africa (CAPPA) a exhorté le gouvernement fédéral nigérian à augmenter significativement les fonds alloués à la lutte contre le tabac[1]. Dans un communiqué publié dimanche à Abuja, le directeur général Akinbode Oluwafemi juge les crédits actuels largement insuffisants face à la menace croissante du tabac et des nouveaux produits nicotiniques. Il appelle également les pouvoirs publics à protéger les politiques publiques de l’influence du secteur tabac.
La menace sanitaire et financière du tabac et des nouveaux produits nicotiniques
Le tabac cause déjà près de 30 000 décès par an au Nigeria, avec des dépenses de santé liées aux maladies non transmissibles dépassant 211 milliards de nairas (133 millions d’euros)[2] et 5,6 % des adultes de 15 ans et plus qui fument, avec une prévalence bien plus élevée chez les hommes (10 %) que chez les femmes (1,1 %).
Oluwafemi pointe par ailleurs l’invasion de cigarettes électroniques et autres dispositifs sans fumée, ciblant particulièrement les moins de 35 ans via le marketing digital, des influenceurs et des allégations trompeuses. Il dénonce la stratégie des industriels du tabac qui utilise un narratif autour de la notion de réduction des risques pour promouvoir l’ensemble de leurs nouveaux produits et qui entretient l’épidémie nicotinique. Le rapport « New Smoke Trap: New and Emerging Nicotine and Tobacco Products, Youth Exposure and Policy Gaps in Nigeria » rend tout particulièrement compte de la progression de ces nouveaux produits.
Selon M. Oluwafemi, le Fonds de contrôle du tabac (TCF), créé par l’Alliance nigériane pour le contrôle du tabac (NTCA) de 2015, reste sous-doté et inopérant. « Cela limite des activités essentielles telles que les campagnes de sensibilisation du public, l’application des réglementations antitabac, la surveillance des pratiques de l’industrie, le respect des réglementations existantes et la recherche sur les tendances émergentes », déplore-t-il.
Le directeur de la CAPPA a également souligné la nécessité d'un investissement soutenu dans des moyens de subsistance alternatifs pour les cultivateurs de tabac, notant que la transition vers des cultures plus sûres et plus durables nécessitait un soutien technique, une formation et un soutien financier.
CAPPA plaide aussi pour une hausse des taxes à 100 % sur le tabac, avec une partie des recettes réinvestie dans la santé publique. Sans action rapide, alerte-t-elle, le Nigeria risque une nouvelle vague d’addiction et une pression accrue sur son système de santé.
« Investir dans la lutte antitabac permettra de sauver des vies, de réduire les coûts des soins de santé et de protéger la prochaine génération contre la dépendance », a ajouté Oluwafemi.
L’industrie du tabac, particulièrement influente dans le pays
Lors d’un événement organisé par la NTCA, CAPPA et le Global Center for Good Governance in Tobacco Control, les résultats de l’étude sur l’interférence de l’industrie du tabac dans le pays ont été rendus publics. Les résultats montrent que le pays est très largement soumis à l’influence des industriels et la situation ne progresse pas au fil des années. Sur le plan mondial, le Nigeria se classe 54e sur 100 pays étudiés et 13e sur 18 parmi les pays d’Afrique qui ont réalisé cette étude. Akinbode Oluwafemi (CAPPA) a pointé les conflits d’intérêts des pouvoirs publics et le recours à la responsabilité sociale des entreprises (RSE) par les cigarettiers pour redorer leur image.
Ces derniers mettent en avant des activités telles que des forages de puits ou de la pisciculture, promues via une communication soutenue, à laquelle sont associées les autorités locales. Ces pratiques vont à l’encontre des obligations de l’article 5.3 de la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT) de l’OMS que le pays a ratifiée.
Les acteurs de santé publique ont notamment appelé à interdire ces activités de RSE de l'industrie du tabac et à veiller à ne jamais associer de représentants des pouvoirs publics à des activités du secteur tabac. De telles dispositions existent dans de nombreux pays parmi lesquels la Finlande, la France, mais aussi l'Éthiopie, le Gabon et le Brésil. De même, les acteurs de santé publique appellent à renforcer la transparence, à prévenir les conflits d'intérêts et enfin à créer un répertoire public des informations divulguées par l'industrie du tabac.
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[1]Deji Abdulwahab, CAPPA urges govt to increase tobacco control budget, Environews Nigeria, publié le 30 mars 2026, consulté le même jour
[2]Drope J, Hamill S, Country profile: Nigeria, The Tobacco Atlas, New York: Vital Strategies and Economics for Health, mis à jour en 2025, consulté le 31 mars 2026