Des experts de santé publique appellent l’Indonésie à réglementer strictement voire interdire les e-cigarettes
26 février 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 23 février 2026
Temps de lecture : 7 minutes
Plusieurs organisations de santé ont appelé le ministère indonésien de la Santé à adopter rapidement une réglementation imposant des avertissements sanitaires illustrés et un emballage standardisé pour les cigarettes électroniques, tout en interdisant leur publicité, promotion et parrainage en ligne. Cette demande intervient dans un contexte de hausse de l’utilisation de ces produits chez les jeunes[1].
Les experts de santé invitent à ne pas sous-estimer le caractère nocif et addictif du vapotage, qui attire spécialement les jeunes
L’appel a été lancé par la Chambre indonésienne des politiques de santé (RUKKI), le Centre de soutien à la lutte antitabac – Association indonésienne des experts en santé publique (TCSC–IAKMI) et le Centre pour les initiatives de développement stratégique en Indonésie (CISDI). Selon ces organisations, une réglementation plus stricte et cohérente est nécessaire afin de protéger les jeunes contre la dépendance à la nicotine sous toutes ses formes et les risques sanitaires à long terme.
Cette prise de position intervient après la publication d’un rapport de l'Agence nationale de la recherche et de l'innovation (BRIN), expliquant que les cigarettes électroniques sont des produits sans combustion, délivrant de la nicotine par le biais d'un aérosol produit par le chauffage d'un liquide contenant de la nicotine, des arômes et diverses autres substances chimiques, plus « sûrs » que le tabac classique.
Les experts en santé publique avertissent que ce discours peut induire en erreur s'il est simplifié à l'extrême. La lutte contre la consommation de produits du tabac stricto sensu est essentielle en Indonésie où la consommation et les dégâts sont particulièrement élevés. Cependant, les acteurs de santé soulignent qu’il importe de prendre en compte que le marketing de tous ces nouveaux produits cible avant tout les jeunes et qu’en tant que tels, ces produits ne sont pas anodins. Selon Kiki Soewarso, administratrice de TCSC–IAKMI, le public doit faire preuve d’esprit critique, rappelant qu’il n’existe pas de seuil d’exposition considéré comme sûr pour les substances addictives ou nocives présentes dans les produits du tabac et les cigarettes électroniques[2], qui émettent aussi des particules ultrafines et exposent à un risque élevé de dépendance à la nicotine.
Les experts soulignent que les tests réalisés en laboratoire diminuent parfois les concentrations de certaines substances et sont utilisés de manière sélective par l’industrie pour rassurer l’opinion publique. Ceux-ci ne reflètent pas toujours les effets réels sur la santé publique.
Les organisations de santé signalent par ailleurs des détournements d’usage, notamment des liquides mélangés à des substances addictives illégales ou à des narcotiques synthétiques, comme l’étomidate.
Selon les organisations signataires, les emballages colorés et inspirés de codes « lifestyle », qui ressemblent parfois à des produits de consommation courante ou à des en-cas, contribuent à attirer les jeunes et à banaliser les cigarettes électroniques, présentées comme des objets tendance plutôt que comme des produits addictifs et risqués. Ceux-ci craignent des conséquences sur la hausse du tabagisme traditionnel, ayant constaté un usage combiné de cigarettes classiques et électroniques et l’augmentation simultanée du tabagisme et du vapotage chez les adolescents.
Le rapport 2021 de l'Enquête mondiale sur le tabagisme chez les adultes (GATS) en Indonésie a constaté une multiplication par dix de la prévalence de l'utilisation de la cigarette électronique en une seule décennie, passant de 0,3 % en 2011 à 3 % en 2021. Au total, environ 6,6 millions de personnes âgées de 15 ans et plus utilisent des cigarettes électroniques[3].
La dégradation de la situation concernant l’évolution de la prévalence à la fois de cigarettes électroniques et de produits du tabac stricto sensu, notamment chez les jeunes, soulignent l’absence d’effet de report parfois mis en avant. Les données de l’enquête nationale de santé de 2023, publiée par le ministère de la Santé, soulignent en effet qu’environ 70 millions de personnes fument en Indonésie, dont 7,4 % âgés de 10 à 18 ans. Le Global Youth Tobacco Survey indique également une hausse du tabagisme chez les élèves de 13 à 15 ans, passant de 18,3 % en 2016 à 19,2 % en 2019. Les jeunes de 15 à 19 ans constituent aujourd’hui le groupe de fumeurs le plus important, suivis des enfants de 10 à 14 ans.
Une réglementation stricte du vapotage et de son marketing sont nécessaires
L’Indonésie n’a jamais ratifié la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT) de l’OMS et le pays compte parmi ceux où l’influence de l’industrie du tabac est la plus prégnante.
Les groupes de santé appellent les autorités à renforcer l’application de la réglementation, la surveillance et la transparence afin de combler les lacunes actuelles. RUKKI, TCSC–IAKMI et CISDI rappellent que l'État a l'obligation constitutionnelle de veiller à ce que les politiques mises en œuvre privilégient la santé publique, et non les intérêts de l'industrie.
Ils demandent notamment d’apposer des avertissements sanitaires illustrés et un emballage neutre pour l’ensemble des produits du tabac mais aussi pour les cigarettes électroniques. La réglementation en vigueur actuellement est loin de répondre aux bonnes pratiques : seuls les paquets de cigarettes présentent un avertissement sanitaire d’une taille limitée à 40 % de la surface du paquet qui demeure un conditionnement marqueté[4].
Ils appellent également à une interdiction de la publicité, de la promotion et du parrainage pour l’ensemble des produits du tabac et des cigarettes électroniques, notamment sur les réseaux sociaux.
De son côté, l’Agence nationale de lutte contre les stupéfiants de la République d’Indonésie (BNN RI) a officiellement recommandé l’interdiction de l’usage des cigarettes électroniques sur l’ensemble du territoire indonésien, à la suite d’analyses en laboratoire révélant que près d’un quart (23,97 %) des échantillons de liquides à vapoter analysés en laboratoire contenaient des stupéfiants de classe I et II. Au-delà de ces dérives, l’Agence a expliqué que le vapotage en lui-même s’avère dangereux pour la santé, plusieurs études ayant démontré ses effets néfastes sur les systèmes respiratoire et nerveux[5].
Pour l’instant, l’Indonésie s’avère moins restrictive que d’autres pays de la région asiatique du sud-est qui ont déjà interdit les cigarettes électroniques, comme Singapour, la Malaisie, la Thaïlande, le Vietnam, le Cambodge, le Laos, Brunéi, et possiblement les Philippines.
AD
[1]Endang Mulyani, Health Groups Urge Govt to Regulate E-Cigarette Packaging, Jakarta Globe, publié le 19 février 2026, consulté le 20 février 2026
[2]Bambang, Perlu Penguatan Regulasi dan Penegakan Hukum terhadap Rokok Elektronik demi Lindungi Generasi Muda, Palpos, publié le 20 février 2026, consulté le même jour
[3]Bareskrim Dorong BPOM Permudah Aturan Pengadaan Test Kit Deteksi Etomidate Pada Vape, Cakra News, publié le 19 février 2026, consulté le 20 février 2026
[4]Cigarette Package Health Warnings – International Status Report, Canadian Cancer Society, publié en octobre 2025, consulté le 20 février 2026
[5]Arman Praditya, BNN RI Rekomendasikan Larangan Vape Nasional Setelah Temuan Narkoba di 24% Sampel Liquid, Aceh Ground, publié le 20 février 2026, consulté le même jour