Vapotage : le CNCT répond à l’offensive médiatique de la Fivape
24 décembre 2025
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 23 décembre 2025
Temps de lecture : 5 minutes
À la suite de la publication, dans le quotidien Libération, d’encarts publicitaires portés par la Fédération interprofessionnelle de la vape (Fivape), le Comité national contre le tabagisme (CNCT) a souhaité apporter une réponse publique afin de rétablir les faits et d’alerter sur une stratégie de communication assimilable à une opération de lobbying. Dans une tribune publiée le 23 décembre 2025, le CNCT rappelle les enjeux sanitaires liés au vapotage, dénonce la diffusion d’informations partielles ou trompeuses et souligne la nécessité d’un débat public fondé sur des données scientifiques indépendantes et une approche de santé publique.
Une campagne médiatique pour contester la réglementation du vapotage
Depuis l’automne 2025, la Fédération interprofessionnelle de la vape (Fivape) a engagé une campagne médiatique d’ampleur afin de s’opposer à l’intégration des produits du vapotage dans le champ de l’article 23 du projet de loi de finances (PLF). À travers des encarts publiés dans Libération et une mobilisation importante sur les réseaux sociaux, la fédération présente le vapotage comme un outil central de réduction des risques et d’aide à l’arrêt du tabac, tout en dénonçant une prétendue volonté des pouvoirs publics d’aligner la réglementation de la cigarette électronique sur celle de la cigarette classique.
Le CNCT rappelle toutefois que le PLF ne vise ni une assimilation réglementaire complète ni un alignement fiscal du vapotage sur le tabac. Même dans l’hypothèse où l’ensemble des mesures envisagées serait adopté, la fiscalité applicable aux produits du vapotage resterait très largement inférieure à celle des produits du tabac. Présenter ces évolutions comme une mise sous tutelle équivalente ou comme une interdiction déguisée relève, selon le CNCT, d’une interprétation excessivement alarmiste du texte.
Dans sa communication, la Fivape s’appuie sur plusieurs arguments scientifiques que le CNCT juge soit incomplets, soit inexacts. La fédération affirme notamment que la réduction de 95 % des risques liés au vapotage par rapport au tabac n’aurait jamais été remise en cause. Or, ce chiffre provient d’une estimation ancienne, fondée sur une méthodologie aujourd’hui largement critiquée et disqualifiée dans la littérature scientifique, et ne saurait constituer une base solide pour des messages de santé publique. De même, la Fivape passe sous silence la réalité du vapofumage, c’est-à-dire l’usage concomitant de cigarettes électroniques et de cigarettes classiques, pourtant documenté et largement répandu, limitant considérablement les bénéfices sanitaires avancés.
Le CNCT souligne par ailleurs le caractère particulièrement agressif et anxiogène de la campagne menée par la Fivape, marquée par un discours catastrophiste évoquant une prétendue « extermination » de la filière du vapotage et la disparition programmée de milliers d’emplois. Cette rhétorique s’accompagne d’une mise en scène de la Fivape comme acteur central, voire principal, de la lutte contre le tabagisme, une posture que le CNCT conteste fermement. L’association rappelle que la politique de lutte contre le tabac repose sur des stratégies globales, fondées sur la prévention, l’accompagnement au sevrage et la régulation des produits nicotiniques, et ne saurait être confondue avec les intérêts économiques d’un secteur industriel.
Pour le CNCT, cette campagne relève d’une stratégie de communication visant à peser sur le débat législatif par la dramatisation et la simplification excessive des enjeux, au détriment d’une information complète, nuancée et conforme à l’état des connaissances scientifiques.
Recentrer le débat sur les enjeux de santé publique et l’intérêt général
Au-delà de la controverse médiatique, le CNCT appelle à recentrer le débat sur les enjeux de santé publique. Il alerte sur la banalisation croissante du vapotage, notamment auprès des jeunes et des jeunes adultes, dans un contexte marqué par l’attractivité des produits, liée aux arômes, au marketing et à la normalisation des gestes de consommation. Les données disponibles montrent une augmentation de l’expérimentation et de l’usage régulier en dehors de toute perspective d’arrêt du tabac, contribuant à l’installation ou au maintien d’une dépendance à la nicotine.
Dans ce contexte, le CNCT conteste l’assimilation du vapotage aux traitements nicotiniques validés. Contrairement à ces derniers, les produits du vapotage ne s’inscrivent pas dans un parcours thérapeutique encadré et ne bénéficient pas du même niveau d’évaluation, de prescription et de suivi. Présenter ces produits comme des outils de prévention sans en rappeler les limites contribue, selon l’association, à brouiller les repères du public et à fragiliser les politiques de lutte contre les addictions.
Le CNCT appelle enfin à un débat public fondé sur l’intérêt général, reposant sur une analyse complète des usages réels du vapotage et sur des données scientifiques indépendantes. Il rappelle que les choix réglementaires doivent prioritairement viser la protection des populations, en particulier des plus jeunes, et s’inscrire dans une stratégie globale de réduction du tabagisme et de la dépendance à la nicotine, sans céder aux logiques de communication promotionnelle ou aux intérêts économiques sectoriels.
AE
Comité national contre le tabagisme |