Tabac et pays en développement

Le tabac dans les pays en développement

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime qu’environ 1,1 milliard de personnes âgées de 15 ans et plus consomment des produits du tabac, dont 80% vivent dans les pays à revenu faible et intermédiaire. La culture et la consommation de tabac se sont concentrées dans les pays en développement où le fardeau sanitaire, économique et environnemental est le plus lourd et devrait encore augmenter dans les années à venir.

  • En résumé

  • Les données montrent que le nombre de fumeurs dans les pays à revenu faible et intermédiaire a augmenté et continuera probablement d’augmenter sans l’application de mesures rigoureuses de lutte contre le tabagisme.
  • Le fardeau sanitaire du tabagisme est disproportionnellement élevé dans les pays en voie de développement. D’ici 2030, on estime que des dizaines de millions de personnes dans les pays en développement seront mortes de la consommation de tabac. La majorité des décès d’enfants dus à la fumée secondaire se produit par ailleurs en Afrique et en Asie du Sud-Est.
  • Il a été démontré que le tabagisme dans les pays en développement renforce la pauvreté, car les fumeurs déjà démunis dépensent moins pour les soins de santé, l’éducation des enfants, la nourriture et les vêtements.
  • Presque toute la culture du tabac se déroule désormais dans les pays à revenu faible et intermédiaire. Cela cause des dommages environnementaux majeurs tels que la déforestation massive et la pollution atmosphérique. Les mauvaises pratiques de sécurité de l’industrie laissent les producteurs de tabac – dont beaucoup sont des enfants – enclins à développer de graves maladies professionnelles (Voir maladie du tabac vert + exposition aux pesticides…).
  • Il a été démontré que les sociétés transnationales de tabac ciblent les femmes et les enfants dans les pays en développement. Ils sapent également les efforts visant à limiter les méfaits du tabac en particulier par le biais de procédures engagées contre tous les gouvernements dans le monde cherchant à protéger leurs populations.
  • Bien que certains progrès aient été accomplis en matière de lutte antitabac dans les pays en développement, les pays à revenu faible et intermédiaire accusent toujours un retard considérable par rapport aux pays à revenu élevé.

Il n’existe pas de définition standard de «pays en développement» et la classification varie d’une organisation à l’autre. Par exemple, l’Organisation mondiale du commerce demande que ses membres se déclarent eux-mêmes «développés» ou «en développement», le système des Nations Unies n’a pas de convention établie pour désigner les pays développés et en développement, mais dans la pratique courante, Amérique du Nord, Europe, Australie, Nouvelle-Zélande et Japon sont généralement considérés comme «développés». En 2016, la Banque mondiale a cessé de faire la distinction entre les pays «développés» et les «pays en développement», mais continue de classer les pays par niveau de revenu : faible, moyen inférieur, moyen et supérieur. Cette dernière classification est largement utilisée dans la littérature sur la santé publique et les pays à revenu faible ou intermédiaire sont souvent appelés «en développement». En général, ces pays ont tendance à avoir des économies plus pauvres, des taux de pauvreté et de mortalité plus élevés et des niveaux de vie généralement inférieurs à ceux des pays à revenu élevé.

pays-en-developpement-tabac
Économies avancéesÉconomies émergentes et en développement (pas les moins avancées)Économies émergentes et en développement (les moins avancés) Classifications du FMI et de l’ONU

Le tabagisme est la principale cause de décès prématurés évitables dans le monde. L’épidémie de tabagisme est la plus grande menace mondiale pour la santé publique à laquelle le monde ait jamais été confronté, tuant plus de 8 millions de personnes chaque année, dont plus de 7 millions meurent des suites directes de l’usage du tabac. Alors que la demande de tabac a diminué au fil du temps dans les pays développés, la culture et la consommation de tabac se concentrent de plus en plus dans le monde en développement. L’épidémie de tabagisme entraîne des coûts environnementaux, sanitaires et économiques sans précédent dans le monde en développement -. En raison de la croissance démographique, de l’augmentation des revenus et de la lutte contre le tabagisme insuffisante, le fardeau du tabagisme devrait encore augmenter. C’est un prix que les pays en développement ne peuvent pas se permettre de payer.

  • Consommation de tabac par sexe

Les taux de tabagisme chez les hommes demeurent plus importants que ceux des femmes dans les pays en développement et développés. Cependant, une analyse des données de l’OMS montre que pour les hommes, des baisses sont prévues pour la plupart des pays dans presque toutes les régions à l’exception de l’Afrique. La prévalence du tabagisme chez les femmes est significativement plus faible actuellement dans les pays en développement que dans les pays développés, autour de 3% contre 17% selon une étude. Cette plus faible prévalence représente un enjeu pour les fabricants de tabac qui déploient des stratégies marketing agressives à leur attention. En conséquence, l’épidémie croissante de tabac est de plus en plus reconnue comme une menace particulière pour la santé des filles et des femmes dans les pays à revenu faible et intermédiaire, et des augmentations du tabagisme chez les femmes dans certains pays en développement a été signalées.

  • Les effets sur la santé

Le tabagisme nuit à presque tous les organes du corps et est la principale cause de décès évitable. En 2016, plus de 8 millions de décès étaient imputables au tabagisme dans le monde. Des millions de personnes sont atteintes d’un cancer du poumon, de tuberculose, d’asthme ou d’une affection respiratoire chronique à cause du tabac. La consommation de tabac aggrave également certaines pathologies comme par exemple la tuberculose. On estime que le tabac aura tué environ 40 millions de personnes dans les pays développés entre 2005 et 2030. Dans les pays en développement, ce nombre est plus de 3 fois plus élevé, estimé à environ 135 millions. Bien que la prévalence du tabagisme diminue dans certains pays à revenu faible et intermédiaire, la croissance démographique relativement élevée dans le monde en développement signifie que le nombre de fumeurs, et donc le nombre de décès et de maladies imputables au tabagisme, continuera d’augmenter. Cette épidémie de santé publique pèsera lourdement sur les systèmes de santé et les économies des pays en développement lorsque les fumeurs commenceront à souffrir de maladies causées par le tabac. En raison d’un décalage entre le début du tabagisme et le moment où les gens commencent à ressentir l’essentiel des effets du tabagisme sur la santé, l’ampleur du fardeau sanitaire et économique n’est pas encore pleinement perceptible pour ces pays..

Le tabagisme contribue également à une mauvaise santé car les fumeurs, dans certains des pays les plus pauvres, dépensent leurs revenus pour l’achat de tabac au détriment des budgets de nourritures et de soins.. Dans de nombreux cas, les dépenses en tabac sont la cause directe d’une malnutrition. Au Bangladesh, par exemple, il  a été constaté que les fumeurs pauvres auraient pu en moyenne ajouter plus de 500 calories à l’alimentation de l’un de leurs enfants s’ils avaient conservé à l’alimentation la part du budget quotidien dépensée pour le tabac. Cela sauverait 350 vies d’enfants chaque jour. En Indonésie, le tabagisme paternel était associé, dans l’étude, à un risque accru d’insuffisance pondérale sévère et de retard de croissance sévère chez les enfants des zones rurales[1].

  • Le tabac, cercle vicieux de la pauvreté

Il a été démontré que le tabagisme renforce les inégalités de richesses et la pauvreté. Une étude a révélé que les ménages les plus pauvres du Bangladesh étaient deux fois plus susceptibles de fumer que les ménages les plus riches, et les fumeurs de sexe masculin en moyenne dépensaient deux fois plus en cigarettes que l’ensemble des dépenses par habitant en vêtements, logement, santé et éducation. En Inde, environ 15 millions de personnes sont plongées dans la pauvreté à cause de la consommation de tabac. Les ménages, dont les principaux pourvoyeurs de revenus sont des consommateurs quotidiens de tabac, dépensent également moins pour l’éducation des enfants. Ceci réduit le pouvoir d’achat des ménages, contribue à la pauvreté intergénérationnelle. Sur un plan macroéconomique cela altère également  la production économique au niveau national. Une étude a révélé que le tabagisme renforçait un cycle de privation au Cambodge: les dépenses en tabac évincent les dépenses en éducation, et une éducation plus faible est associée à des niveaux de tabagisme plus élevés, augmentant à leur tour les dépenses en tabagisme. Contrairement aux affirmations de l’industrie du tabac selon lesquelles la culture du tabac apporte des avantages économiques positifs aux pays en développement, la plupart des bénéfices vont à de grandes sociétés multinationales, tandis que de nombreux producteurs de tabac restent pauvres et endettés. De plus, les gains économiques de l’industrie du tabac sont plus que compensés par les coûts considérables pour l’environnement et la santé publique. Contrairement à l’argument souvent mis en avant par l’industrie du tabac, l’OMS estime que dans presque tous les pays dépendants de la culture du tabac, il n’y aurait pas de perte nette d’emplois si la consommation de tabac diminuait. Le tabac représente environ 1% de l’emploi agricole dans le monde : en Chine, le plus grand producteur de tabac au monde, seulement 1% de la production agricole est pour la culture du tabac ; au Brésil, autre grand producteur, moins de 2% de la main-d’œuvre agricole totale produit du tabac.

Old man are smoking tobacco in the countryside.

  • L’industrie du tabac

L’industrie du tabac s’est considérablement développée dans les pays à revenu faible et intermédiaire au cours des dernières décennies, en raison des diverses opportunités qui s’y présentent. L’industrie mondiale est dominée par quatre sociétés transnationales de tabac privées – Philip Morris International (PMI), British American Tobacco (BAT), Japan Tobacco International et Imperial Tobacco. Parce que la consommation de tabac diminue dans la plupart des pays à revenu élevé, les industriels du tabac ont exploité les opportunités en Asie, en Afrique et au Moyen-Orient, où la consommation a augmenté et oùles législations et politiques de lutte contre le tabagisme étaient peu développées. Bien que l’industrie du tabac affirme qu’elle fait de la publicité uniquement pour orienter le choix des marques des fumeurs, les preuves montrent qu’elle poursuit des tactiques de marketing pour inciter les gens à commencer à fumer, en particulier dans les pays en développement. Étant donné que les taux de tabagisme étaient historiquement bas parmi les femmes dans les pays à revenu faible et intermédiaire (voir ci-dessus), les industriels ont mené une commercialisation ciblée auprès des femmes en créant des produits plus «féminisés», y compris des paquets de cigarettes ressemblant à des rouges à lèvres ou à du parfum, ainsi que des cigarettes ultra-fines «légères». Ils ont également présenté les cigarettes comme un outil pour l’autonomisation des femmes afin de normaliser le tabagisme chez les femmes dans les pays en développement. En Inde, où le  tabagisme chez les femmes est souvent tabou, les entreprises ont même proposé de les livrer à domicile.

Il a également été démontré que l’industrie du tabac cible les enfants. La population jeune en pleine expansion de l’Afrique subsaharienne constitue une cible de choix pour l’industrie du tabac. Dans de nombreux pays africains, un nombre élevé d’enfants se voient offrir des cigarettes gratuites par les représentants des compagnies de tabac – par exemple, près d’un quart des enfants en Guinée et en Gambie ont déclaré que cela leur était arrivé. L’OMS alerte sur le fait que l’industrie du tabac sape activement les efforts de mise en œuvre des politiques de lutte antitabac en exagérant, par exemple, l’importance économique de l’industrie. En outre, elle procède à une manipulation de l’opinion publique[2] ; discrédite la recherche scientifique ; et intimide les gouvernements par des recours en justice. Les fabricants ont également recours à des accords avec les gouvernements pour empêcher l’adoption de mesures qui leur soient défavorables. Ainsi Philip Morris et BAT, les deux plus grandes sociétés de tabac au monde, ont conclu un accord avec le ministère de la Santé du Mexique : en échange d’un financement des services médicaux aux personnes non assurées, le gouvernement a renoncé à des augmentations de taxes et à l’instauration  d’avertissement sanitaires graphiques sur les paquets de cigarettes. Les compagnies de tabac ont également intenté des poursuites judiciaires contre les efforts de nombreux pays à revenu faible et intermédiaire pour réduire la consommation de tabac et les dommages associés. A titre d’illustrations, au Sri Lanka à propos de l’augmentation de la taille des avertissements sanitaires ; au Kenya et en Ouganda mais aussi en Afrique du Sud et dans un certain nombre de pays d’Amérique du Sud. Un récent rapport du Tax Justice Network a révélé une série de mécanismes utilisés par British American Tobacco (BAT) pour réduire les impôts payés dans les pays à faible revenu. Alors que les sociétés de tabac sont parmi les sociétés les plus rentables au monde et ont longtemps souligné qu’elles apportent une contribution économique aux pays par le biais des taxes perçues sur le tabac, les bénéfices et l’impôt sur les sociétés qu’elles paient sont faibles par rapport aux dommages économiques causés par le tabagisme.

Les activités déployées par les entreprises dans le cadre de leur « responsabilité sociale (RSE)» visent normalement à atteindre des objectifs sociaux et / ou éthiques tels que l’amélioration du niveau de vie ou de l’environnement. Cependant, l’OMS souligne que les initiatives de RSE des compagnies de tabac renvoient à une politique d’image et visent à promouvoir leurs entreprises tout en accroissant leur pouvoir vis-à-vis des dirigeants[3].

Contrôle du tabac et la CCLAT

La Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT) est le premier traité international de santé publique négocié par le biais de l’OMS. Ce traité a été élaboré en réponse à l’épidémie mondiale de tabagisme. Le traité fournit un cadre complet d’obligations et des lignes directrices d’application fondées sur des preuves pour que les pays adoptent une législation complète de lutte antitabac. Le traité vise également à aider les pays à  résister aux pressions de l’industrie du tabac. La CCLAT compte actuellement 181 Parties, couvrant 90% de la population mondiale. L’intégration de la CCLAT dans les objectifs de développement durable (ODD) de 2015 a réaffirmé l’importance de la lutte antitabac pour atteindre ces objectifs de développement durable. Des progrès importants ont été accomplis dans les politiques de lutte antitabac des pays à revenu faible et intermédiaire. Depuis 2014, les pays à revenu faible et intermédiaire qui n’avaient auparavant aucune politique globale de lutte antitabac ont introduit une ou plusieurs mesures renvoyant aux bonnes pratiques ayant des effets particulièrement importants

cclat-convention-cadre-lutte-anti-tabac

Cependant, il reste encore beaucoup à faire en matière de lutte antitabac dans les pays en développement, en particulier dans les pays à faible revenu. Par exemple, alors que plus de 70% des pays développés surveillent de manière adéquate la consommation de tabac, un seul pays à faible revenu (Ouganda) dispose d’un système de surveillance efficace. De plus, environ 30% des pays en développement ne disposent d’aucun traitement contre la dépendance au tabac, tandis que tous les pays à revenu élevé ont au moins une thérapie par substitution nicotinique et / ou des services de sevrage. Dans plus de 40% des pays à faible revenu, il n’y a pas d’interdiction des activités de publicité, de promotion et de parrainage du tabac, contre environ 10% des pays à revenu élevé. Des politiques de lutte contre le tabagisme plus strictes et complètes sont donc indispensables pour garantir que les pays en développement ne soient pas laissés pour compte dans la lutte globale de réduction de la consommation de tabac.

 

Fiche traduite et adaptée d’Action for Smoking and Health UK

Le site d’ASH UK : https://ash.org.uk/home/

logo-ash-uk

©Génération Sans Tabac


[1] Best CM, Sun K, De Pee S, Sari M, Bloem MW, Semba RD. Paternal smoking and increased risk of child malnutrition among families in rural Indonesia. Tobacco control. 2008 Feb 1;17(1):38-45

[2] WHO. Tobacco industry interference: A global brief. 2012

[3] WHO. Tobacco industry and corporate responsibility… an inherent contradiction. 2004

 

environnement-et-tabac-cnct-gst-reférence

©Comité National Contre le Tabagisme |

Publié le 14 janvier 2020