Evolution de la consommation tabagique dans le monde (2000-2030)

Selon un rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) publié le 16 janvier 2024, la consommation de tabac est en baisse constante dans le monde depuis le début des années 2000. Si cette réduction observée à l’échelle internationale devrait continuer d’ici 2030, l’OMS appelle les pouvoirs publics à accélérer la mise en place de politiques de lutte contre le tabagisme, et notamment à renforcer la lutte contre l’influence de l’industrie du tabac, qui, malgré ses déclarations d’engagement en faveur d’un « monde sans fumée », s’oppose vigoureusement aux politiques de santé publique.

Le rapport de l’OMS examine l’évolution des prévalences tabagiques depuis au moins une trentaine d’années, dans plus de 180 pays, et rassemblant plus de 97% de la population mondiale. Si les résultats montrent une diminution générale de la prévalence tabagique, de fortes disparités existent, notamment selon le genre ou la région[1].

Un recul de la prévalence tabagique de plus de dix points en vingt ans

En 2000, près d’un tiers de la population mondiale âgée de 15 ans était constitué de fumeurs quotidiens ou occasionnels (32,7%). En vingt ans, cette proportion a baissé de plus de dix points pour atteindre 21,7% en 2020. Les projections de l’OMS considèrent que la prévalence tabagique mondiale devrait atteindre 18,1% à l’horizon 2030. Ces chiffres sont toutefois très différents entre les hommes et les femmes. En effet, le tabagisme mondial chez les hommes, malgré une forte diminution, demeure à des niveaux particulièrement hauts. Ainsi, en 2000, 49,1% de la population masculine était fumeuse, contre 35,5% en 2020. L’OMS estime qu’elle devrait atteindre 30,6% d’ici 2030.

Chez les femmes, en plus d’être à des niveaux nettement inférieurs, la prévalence tabagique diminue à un rythme plus rapide. Ainsi, 16,3% de la population féminine était fumeuse en 2000 contre seulement 7,9% en 2020, et 5,7% d’ici 2030, selon les prévisions de l’OMS.

La consommation de tabac des plus jeunes en diminution constante selon l’OMS

Le tabagisme étant considéré comme une épidémie industrielle, mais également pédiatrique, la consommation des jeunes générations est également un bon indicateur pour évaluer les dynamiques de consommation. Sur ce point, l’Organisation mondiale de la santé montre aussi un recul marqué du tabagisme auprès des 15-24 ans, qui comptaient 20,5% de fumeurs en 2000, contre 13,3 en 2022. En 2030, la prévalence tabagique des plus jeunes devrait encore reculer à 11,8%. En 2022, les 15-24 ans étaient par ailleurs la tranche d’âge avec la prévalence tabagique la plus basse, à l’exception des personnes âgées de 85 ans ou plus, légèrement en dessous (12,9%).

Toutefois, cette donnée est à considérer avec précaution : en effet, le modèle de consommation tabagique (pattern) a peu évolué depuis les années 2000, avec une prévalence tabagique qui augmente avec l’âge, pour atteindre un maximum autour des pour les hommes et 55-64 pour les femmes, avant de décroître progressivement.

Là encore, les prévalences tabagiques sont très inégales entre les populations féminines et masculines. Entre 2000 et 2020, seulement 4,3% des femmes de 15 à 24 ans étaient fumeuses, contre 3,5% en 2020. Chez les jeunes hommes, cette proportion est quant à elle passée de 21,8% à 19,6%.

De fortes disparités régionales dans la consommation tabagique

Les dynamiques de consommation sont également très différentes dans les six régions de l’OMS.  En 2000, l’Asie du Sud-Est était de loin la région avec la plus forte prévalence tabagique, avec 51,2% de fumeurs, suivi de la région Europe (34,4%), de la région Pacifique occidental (28%), de la région Méditerranée orientale (26,9%), puis des régions Amériques (26,8%) et Afrique (17,9%). Vingt-deux ans plus tard, on retrouve le même classement régional, avec toutefois des niveaux de réduction très inégaux. Ainsi, l’Asie du Sud-Est enregistre une diminution de près de 25 points, avec une prévalence tabagique de 26,5%, tandis que l’Europe enregistre un recul d’environ 9 points, avec une prévalence estimée à 25,3% en 2022. A cette date, l’Afrique est la seule région Europe ayant une prévalence tabagique sous la barre des 10% (9,5%).

Le nombre de fumeurs en baisse dans la plupart des régions de l’OMS

Au total, le nombre de fumeurs dans le monde a diminué de près de 9% entre 2000 et 2022, passant de 1,362 à 1,245 milliard de consommateurs. D’ici 2030, l’OMS estime que ce nombre devrait continuer à baisser, pour atteindre 1,197 milliard de fumeurs, équivalent à une baisse de 3,8% par rapport aux chiffres de 2022. Sur les six régions de l’OMS, deux ont vu leur nombre de fumeurs augmenter jusqu’à aujourd’hui. D’abord, la région Afrique, qui comptait 59 millions de fumeurs en 2000, contre 60 en 2022. Cette hausse devrait se poursuivre d’ici 2030, avec 64 millions de fumeurs attendus sur le continent. La région Méditerranée orientale est également passée de 74 à 92 millions de fumeurs entre 2000 et 2022, contre 103 millions pour 2030.

La hausse du nombre de fumeurs dans deux régions se comprend pour deux raisons principales. D’une part, la forte croissance démographique de ces régions explique pourquoi le nombre de fumeurs augmente malgré la baisse constante de la prévalence tabagique. D’autre part, ces deux régions font aujourd’hui l’objet d’un ciblage spécifique de la part de l’industrie du tabac, confrontée à une contraction du marché dans les autres régions, due à la mise de politiques efficaces de lutte contre le tabagisme. De fait, le nombre de fumeurs dans la région Europe a considérablement reculé entre 2000 et 2022, passant de 229 à 179 millions.

De la même manière, la diminution chez les femmes est nettement plus accentuée que chez les hommes. En effet, le nombre de fumeuses dans le monde était estimé en 2022 à 224 millions, contre 338 millions en 2000, correspondant à une diminution de près de 34%. En 2030, l’OMS estime que ce nombre devrait passer sous la barre des 200 millions (193). Chez les hommes, cette diminution est extrêmement limitée (0,002%), avec 1,024 milliard de fumeurs en 2000 contre 1,022 en 2022. En 2030, ce chiffre sera toujours au-delà du milliard de fumeurs (1,004).

Un appel à un renforcement de la réglementation

Comme l’OMS le souligne, le principal déterminant de l’évolution de la consommation demeure les moyens alloués par les pouvoirs publics à la lutte contre le tabagisme. Sur ce point en particulier, l’OMS appelle les pouvoirs publics à accentuer la réglementation et l’effectivité de cette dernière, et notamment en matière de lutte contre l’influence de l’industrie du tabac dans l’élaboration des politiques publiques. Par ailleurs, l’Organisation mondiale de la santé rappelle l’efficacité des politiques de lutte contre le tabagisme pour réduire la prévalence, et l’importance du traité de l’OMS (CCLAT) pour offrir un cadre de la lutte contre le tabagisme.

©Génération Sans Tabac

FT


[1] Organisation mondiale de la santé (OMS), WHO global report on trends in prevalence of tobacco use 2000–2030, 16/01/2024

Comité national contre le tabagisme |

Publié le 25 janvier 2024