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Philip Morris et Ferrari cherchent à verdir leur image

Une nouvelle collaboration entre Philip Morris International et Ferrari a été conclue en matière d’énergie et de batteries électriques, et vise la neutralité carbone pour deux de leurs usines italiennes. Ces investissements dans le secteur des énergies « vertes » dissimulent mal les dommages environnementaux que ces deux entreprises occasionnent.

C’est officiellement en vue de réduire leur empreinte carbone que Philip Morris International (PMI) et Ferrari ont entériné, le 13 décembre 2023, un nouvel accord de collaboration dans le champ de l’énergie électrique industrielle[1].

Le projet porte plus précisément sur deux usines italiennes de ces entreprises situées à 30 km de distance, dans les villes de Maranello pour Ferrari et de Crespellano pour PMI. Une première étape, d’ici septembre 2024, consistera à étudier le stockage à long terme d’énergie électrique. Les champs de la production et de la transformation d’énergies renouvelables devraient ensuite être examinés. Ferrari espère mettre au point sa première automobile électrique d’ici 2025, et atteindre la neutralité carbone de son usine en 2030. L’usine de montage de Maranello s’est ainsi vue dotée d’une pile à combustible produisant actuellement 5 % de son énergie. PMI s’est dit intéressée par le procédé pour en équiper ses usines.

Un demi-siècle de collaboration entre cigarettiers et sports mécaniques

Le partenariat stratégique qui unit PMI à Ferrari remonte à 1973. Il consistait principalement en des actions de parrainage de l’équipe de Formule 1 de Ferrari, en échange d’une large exposition publicitaire de la marque-phare de Philip Morris, Marlboro. Les deux entreprises ont au fil du temps noué des liens étroits, l’ancien PDG de Ferrari ayant également été président exécutif de PMI jusqu’en décembre 2020. A différentes reprises, PMI a par ailleurs utilisé l’image du luxe associée à Ferrari pour valoriser ses marques de cigarettes et les situer dans un segment haut de gamme.

Ces actions de parrainage sont interdites en Europe depuis 2003[2] et ont en principe pris fin, mais avait été remplacées par un partenariat avec la Mission Winnow de PMI, censée promouvoir ses produits non fumés tout en reprenant les visuels de Marlboro. Ce type de partenariat a lui aussi été interdit en Europe, notamment après une condamnation de Philip Morris en France en 2019. Bien que sa fin ait été annoncée en 2021, le partenariat avec Mission Winnow a ensuite perduré dans d’autres pays et était, par exemple, visible au Grand prix d’Australie en mai 2022[3].

En parallèle, British American Tobacco (BAT) a entretenu un partenariat similaire avec McLaren pour son programme « A Better Tomorrow », la promotion de ses cigarettes électroniques Vuse et celle de ses sachets de nicotine VELO. Une étude publiée en 2021 par STOP, un organisme de surveillance de l’industrie du tabac, a montré que la Formule 1 demeure encore très dépendante des financements de l’industrie du tabac, à hauteur de 100 à 115 millions de dollars par an (92 à 105 millions d’euros). La Formule 1 s’est par ailleurs imposée comme le sport le plus suivi dans le monde par les moins de 25 ans, une cible qui intéresse tout particulièrement les cigarettiers.

Un partenariat ressemblant à une opération d’éco-blanchiment

Cet historique des relations entre industrie du tabac et sports mécaniques permet d’éclairer sous un autre angle la nouvelle collaboration entre PMI et Ferrari. Ces deux industriels, connus pour être des contributeurs majeurs de gaz à effet de serre, se sont tous deux déclarés très préoccupés par les questions environnementales ces dernières années. Il semble pourtant que, tant pour les constructeurs automobiles que pour les cigarettiers, ces déclarations ne correspondent qu’à des intentions de façade. Les modèles de Formule 1 et les automobiles de luxe comptent ainsi parmi les véhicules les plus consommateurs en carburant. Les dommages environnementaux causés par l’industrie du tabac sont, quant à eux, considérables en termes de déforestation, d’épuisement des terres et des ressources en eau, d’usage d’entrants chimiques et de rejet de déchets toxiques.

Les activités de responsabilité sociale des entreprises (RSE) conduites par PMI pour redorer son image ont été importantes en Italie. Il s’agit notamment d’actions de collecte de mégots, menées de concert avec les détaillants de tabac[4]. PMI a par ailleurs fait de l’Italie l’une de ses principales bases industrielles en Europe, en particulier pour la production des appareils IQOS, son dispositif de tabac chauffé. La nouvelle collaboration avec Ferrari ressemble donc davantage à une mise en avant de la gamme de produits électroniques de PMI (tabac chauffé, cigarettes électroniques), alors que ce cigarettier tire encore la grande majorité de ses revenus des cigarettes fumées. A défaut de pouvoir rendre ses produits électroniques plus écologiques, PMI fait valoir ses efforts de verdissage énergétique sur ses sites de production.

Pour en savoir davantage sur les liens entre l’industrie du tabac et les sports mécaniques, consultez notre décryptage.

©Génération Sans Tabac

MF


[1] Ferrari and Philip Morris to collaborate to cut carbon footprint of Italian plants, Reuters, publié le 13 décembre 2023, consulté le 20 décembre 2023.

[2] Ban on cross-border tobacco advertising and sponsorship, European Commission, Public Health, consulté le 21 décembre 2023.

[3] Smith L, Ferrari: Important to continue Mission Winnow F1 sponsorship deal, Motosport.com, publié le 5 mai 2022, consulté le 21 décembre 2023.

[4] The importance of preventing littering in Italy, Philip Morris International, publié le 4 avril 2023, consulté le 20 décembre 2023.

Comité national contre le tabagisme |

Publié le 27 décembre 2023