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Nicotine sans tabac, un nouveau défi pour la santé publique

Les offres de nouveaux produits de nicotine proposant une « nicotine sans tabac » se multiplient aux Etats-Unis et contournent la réglementation mise en place en 2020 par la Food and Drug Administration (FDA). Deux chercheuses ont analysé les types de produits vendus en ligne.

En interdisant, le 2 janvier 2020, l’utilisation d’arômes fruités et sucrés dans les recharges de certains produits de vapotage, la Food and Drug Administration (FDA) américaine avait porté un premier coup d’arrêt aux cigarettes électroniques Juul et Puff Bar. Les fabricants ripostent depuis le début de 2021 en proposant à présent des dispositifs et des e-liquides à base de « nicotine sans tabac ». C’est par exemple le cas de Puff Bar, dont Puff Labs avait durant quelques mois suspendu les ventes. L’autorité de la FDA se limitant aux produits directement dérivés du tabac, ces fabricants profitent ainsi d’un relatif flou juridique.

Deux types de « nicotine sans tabac »

L’appellation « nicotine sans tabac » renvoie pourtant à deux types de substances différentes. Dans certains cas, il s’agit d’une nicotine de synthèse qui ne provient pas du tabac et qui correspond à ce flou juridique ; on retrouve notamment ce type de nicotine dans les sachets à sucer (« pouches ») des marques NIIN et 2ONE. Dans d’autres cas, il s’agit d’une nicotine extraite du tabac avant d’être « purifiée » pour être ensuite présentée comme une « nicotine sans tabac » ; les sachets de nicotine à sucer des marques Zyn ou Velo utilisent ce type de substance et d’arguments.

En explorant douze sites de vente en ligne proposant des produits de vapotage, deux chercheuses de l’Ecole de médecine de Yale ont découvert que dix de ces sites proposaient divers produits à base de nicotine sans tabac[1]. Ces produits étaient généralement soit des e-liquides, soit des cigarettes électroniques jetables à capsules ; quelques sites proposaient plusieurs types de produits (e-liquide, e-cigarettes jetables, capsules pré-remplies). La nicotine sans tabac est aussi proposée sous forme de sels ou de nicotine « freebase », avec des concentrations variables (de 0 à 50 mg/l) et un large panel d’arômes (fruit, friandises, dessert, café, vanille, menthe, « ice » ou tabac).

L’enjeu des arômes fruités et sucrés

Dans leurs discours publicitaires, les fabricants présentent la nicotine sans fumée comme étant plus propre, plus pure, de meilleure qualité, de meilleur goût, sans odeur, et qui offrirait une « expérience de vapotage sophistiquée ». Pour la nicotine extraite du tabac, la technique utilisée pour l’épuration consiste à ôter les dérivés résiduels de tabac à l’aide de phosphate diammonique, une solution ammoniaquée, afin d’obtenir une nicotine « plus pure »[2]; elle rappelle néanmoins celle du « basage » employée pour produire du crack à partir de la cocaïne, où la substance obtenue est effectivement plus pure, mais aussi plus addictive.

L’un des enjeux de ces nouveaux produits à base de nicotine est avant tout de conserver le droit d’utiliser une grande variété d’arômes fruités et sucrés, qui constitue l’un des arguments de vente majeurs pour attirer les jeunes publics. Les produits de tabac ou de nicotine aromatisés sont en effet non seulement considérés comme plus attrayants par les jeunes, mais aussi perçus comme étant moins nocifs[3]. Ils sont plus particulièrement conçus par l’industrie du tabac comme des produits d’initiation au tabagisme et à la dépendance nicotinique. Dans un contexte de restriction légale sur le plan des arômes, la piste de la nicotine sans tabac apparaît comme une opportunité pour contourner les restrictions à la fois de vente et d’usage, ces produits étant aussi vendus pour absorber de la nicotine dans les lieux où fumer et vapoter n’est plus autorisé[4].

Les deux chercheuses de Yale appellent la FDA à statuer rapidement sur les produits à base de nicotine et à étendre son autorité au-delà des seuls produits à base de tabac ; ceci afin d’éviter une recrudescence d’usage de produits de nicotine chez les adolescents et les jeunes, comme ce fut le cas ces dernières années avec les cigarettes électronique de la marque Juul.

Mots-clés : nicotine de synthèse, nicotine sans tabac, FDA, jeunes, arômes, pouches, sachets de nicotine

Crédit photo : Truth Initiative

©Génération Sans Tabac


[1] Kong G, Krishnan-Sarin S, Tobacco Free Nicotine (TFN): A New Public Health Challenge. Tobacco Control, Blog. Publié le 3 juillet 2021, consulté le 7 juillet 2021.

[1] Huang L-L, Baker HM, Meernik C, Ranney LM, Richardson A, Goldstein AO. Impact of non-menthol flavours in tobacco products on perceptions and use among youth, young adults and adults: a systematic review. Tobacco control. 2016.

[2] Sourcewatch, Freebase nicotine. Publié le 25 décembre 2019, consulté le 7 juillet 2021.

[3] Génération Sans Tabac, Le succès des produits de la nicotine aromatisés chez les jeunes. Publié le 1er juillet 2021, consulté le 7 juillet 2021.

[4] Génération Sans Tabac, États-Unis : nouveau contournement de l’interdiction de vente des produits aromatisés de vapotage. Publié le 5 mars 2021, consulté le 7 juillet 2021.

Comité National Contre le Tabagisme |

Publié le 8 juillet 2021