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Les biopics et les séries, nouveaux vecteurs du tabagisme au cinéma

Alors qu’aux Etats-Unis, les scènes de tabagisme sont globalement en régression au cinéma, certaines productions, notamment les biopics, les surreprésentent. Les stratégies de placements comportementaux se sont aujourd’hui diversifiées et privilégient davantage les séries télévisées.

Les films de cinéma ont longtemps constitué des outils de promotion du tabac dont l’incidence sur la consommation, notamment des jeunes, a été amplement documentée[1]. Ceux-ci font l’objet d’un suivi par Smokefree Media, une structure de la société civile soutenue financièrement par l’organisation Truth Initiative.

Smokefree Media relève plus particulièrement, les apparitions de produits du tabac dans les films ayant rapporté plus d’un million de dollars aux Etats-Unis. Sans avoir pour autant disparu, les scènes tabagiques et avec placement de produits ont globalement diminué dans les films étatsuniens depuis 2007. Ces scènes figurent encore aujourd’hui dans 37,8 % des films étatsuniens, contre 70 % en 2007[2]. Smokefree Media a cependant repéré une légère augmentation (+2 %) de ce phénomène en 2023. Selon ses données, le placement comportemental serait douze à vingt fois plus fréquent que le placement de produit oral ou par image. Parmi les films phares de l’année 2023, certains comptaient un grand nombre de scènes tabagiques, en particulier les biopics (films biographiques).

Une présence importante du tabac dans les biopics

Les relevés réalisés par Smokefree Media placent les biopics en tête des placements comportementaux : Asteroid City, de Wes Anderson (179 scènes de tabagisme 63 scènes avec une cigarettes, 58 avec un cigare, 58 avec une pipe), Oppenheimer, de Christopher Nolan (137 scènes, dont 104 avec une cigarette et 33 avec une pipe), Saltburn, d’Emerald Fenell (124 scènes avec une cigarette), Priscilla, de Sofia Coppola, ou Maestro, de Bradley Cooper.

Observée depuis 2016, cette concentration de tabagisme dans les biopics vise, selon le journaliste Hugh Linehan, à conférer aux scènes un caractère à la fois réaliste et désuet, notamment quand elles surviennent dans des lieux publics[3]. La représentation de bars et de lieux de travail enfumés, que n’ont pas connus la plupart des personnes de moins de 30 ans, contribuerait à créer une atmosphère transgressive, inquiétante et étrange. Les acteurs partagent moins cette conviction ; Cillian Murphy, qui incarne le rôle de J. Robert Oppenheimer, a ainsi dû fumer 3000 fausses cigarettes durant le tournage du film, et a annoncé que son prochain rôle serait celui d’un non-fumeur.

Certains cinéastes privilégient encore le comportement tabagique pour exprimer les émotions de leurs personnages ou encore pour créer une atmosphère, alors que d’autres procédés artistiques sont possibles. Emerald Fenell a par exemple admis qu’elle avait situé son film en 2006 et 2007, soit juste avant l’interdiction de fumer dans les lieux publics au Royaume-Uni, afin de pouvoir montrer des personnages fumant dans des lieux clos.

Les séries télévisées, terrain privilégié du placement comportemental

La série télévisée Mad Men, diffusée entre 2007 et 2015, a souvent été pointée comme un moment-pivot dans la présence à l’écran des produits du tabac. Les cigarettes y occupaient une place si centrale que cette série a été décrite comme le prototype du retour de placements comportementaux.

En Europe comme aux Etats-Unis, les séries télévisées semblent depuis avoir été un vecteur privilégié des placements comportementaux, leur public pouvant être plus large que celui des films. En réponse aux demandes de la société civile, Netflix a annoncé en 2019 vouloir éliminer la présence du tabac dans les films et les séries destinés au public de 14 ans ou moins. Cette plateforme de streaming accueille néanmoins, en principe pour son public adulte, une série indonésienne intitulée Cigarette Girl qui glamourise le tabac. En France, Netflix fait également l’objet de poursuites judiciaires de la part du Comité national contre le tabagisme (CNCT), notamment pour sa série documentaire sur la Formule 1 et le parrainage massif en faveur de marques de tabac.

Mots-clés : cinéma, séries télévisées, placement comportemental

©Génération Sans Tabac

MF


[1] Charlesworth A, Glantz SA. Smoking in the movies increases adolescent smoking: a review. Pediatrics. 2005 Dec;116(6):1516-28. doi: 10.1542/peds.2005-0141. PMID: 16322180.

[2] Malvern J, Willoughby G, Smoking on film back in fashion as on-screen cigarette use soars, The Times, publié le 26 janvier 2024, consulté le 30 janvier 2024.

[3] Linehan H, Smoking hot: The strange story behind the return of cigarettes to the movies, Irish Times, publié le 27 janvier 2024, consulté le 30 janvier 2024.

Comité national contre le tabagisme |

Publié le 6 février 2024