Vapotage en Irlande : des usages en forte hausse chez les jeunes adultes

20 juillet 2025

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 17 juillet 2025

Temps de lecture : 6 minutes

Vapotage en Irlande : des usages en forte hausse chez les jeunes adultes

Selon les données publiées par le Central Statistics Office (CSO) dans le cadre de l’Irish Health Survey 2024, l’usage de produits du vapotage demeure élevé en Irlande, notamment parmi les jeunes adultes. Parallèlement, le Health Service Executive (HSE) a confirmé ne pas disposer à ce jour de financement dédié pour prendre en charge les usagers de cigarettes électroniques ou de sachets de nicotine dans ses programmes de soutien à l’arrêt du tabac.

Une prévalence marquée chez les jeunes adultes

Les données publiées en juillet 2025 dans le cadre de l’Irish Health Survey 2024 par le Central Statistics Office (CSO) mettent en évidence un usage particulièrement répandu des cigarettes électroniques chez les jeunes adultes. Parmi les personnes âgées de 18 à 34 ans, 23,6 % déclarent utiliser des produits de vapotage : 13,6 % en font un usage quotidien et 10 % un usage occasionnel. Cette proportion est significativement plus élevée que celle observée dans les autres groupes d’âge, illustrant de manière indirecte l’efficacité des stratégies de marketing de l’industrie ciblant les jeunes.

Cette prévalence du vapotage chez les jeunes s’inscrit dans un contexte où l’accessibilité des produits, leur marketing ciblé, la diversité des arômes et la présentation attractive des dispositifs sont régulièrement mis en cause par les acteurs de santé publique.

Le CSO souligne par ailleurs que 10 % des personnes âgées de 18 ans et plus fumaient quotidiennement des produits du tabac, tandis que 7,1 % vapotaient quotidiennement. Ces données traduisent une coexistence entre produits du tabac et dispositifs de vapotage, avec des profils d’usage potentiellement différenciés selon les générations.

Des dispositifs publics inadaptés aux nouveaux usages

Alors que les usages de produits nicotinés se diversifient, notamment avec la progression du vapotage et des sachets de nicotine chez des publics jeunes et souvent non-fumeurs, les dispositifs publics de prévention et de soutien à l’arrêt peinent à s’adapter à ces évolutions.

Le Health Service Executive (HSE) – l’organisme public chargé des services de santé en Irlande – a confirmé que les programmes de sevrage actuellement en place ne disposent d’aucune ligne budgétaire spécifique pour prendre en charge les usagers de cigarettes électroniques ou de sachets de nicotine désireux d’arrêter la consommation de ces produits[1]. Les dispositifs ont historiquement été conçus pour accompagner les personnes souhaitant arrêter de fumer du tabac, ou pour encadrer un usage temporaire de la nicotine dans une logique de substitution.

Cependant, le HSE fait désormais face à une demande croissante émanant de personnes n’ayant jamais fumé, mais qui souhaitent arrêter leur consommation de cigarettes électroniques ou de sachets nicotinés. Martina Blake, responsable du programme Tobacco Free Ireland, précise que ces nouveaux profils d’usagers ne sont pas éligibles aux aides disponibles, en l’absence de tabagisme avéré ou d’une transition encadrée vers un sevrage nicotinique.

Pour répondre à cette évolution des usages, le HSE a transmis au ministère de la Santé une demande de financement complémentaire. Cette situation met en lumière un décalage croissant entre les pratiques observées sur le terrain – notamment chez les jeunes adultes – et les outils d’accompagnement existants. Cette situation met également particulièrement en exergue le fait que les produits promus par les fabricants ne sont pas fondamentalement destinés aux fumeurs mais à un public jeune.

Parallèlement, le député Conor Sheehan (Parti travailliste) a interpellé les autorités sur la nécessité d’élargir la législation existante afin de mieux encadrer la vente et l’usage des sachets de nicotine et des cigarettes électroniques jetables. Le ministère de la Santé a indiqué travailler à une révision du cadre réglementaire, incluant l’interdiction annoncée des dispositifs à usage unique, la restriction des arômes attractifs, et une réglementation accrue des présentoirs dans les lieux de vente. Ces évolutions visent à limiter l’attractivité et l’accessibilité de ces produits, en particulier pour les jeunes.

Perception de la santé, consommation d’alcool et usage de cannabis

Les résultats de l’Irish Health Survey 2024 permettent de dresser un état des lieux général de la perception de la santé par la population adulte en Irlande, ainsi qu’un tableau des comportements en matière de consommation de substances psychoactives.

Au niveau national, 77,1 % des adultes de 18 ans et plus estiment leur santé générale « bonne » ou « très bonne ». Ce ressenti varie selon les tranches d’âge, avec un pic observé chez les 35–44 ans (81,6 %) et une baisse progressive chez les plus âgés, atteignant 61,9 % parmi les personnes de 75 ans et plus. Concernant la santé mentale, 69,2 % des adultes la jugent bonne ou très bonne, mais ce taux descend à 50,8 % chez les 18–24 ans, signalant une fragilité spécifique au sein de cette catégorie de la population.

En ce qui concerne la consommation d’alcool, 69,7 % des adultes déclarent en avoir consommé au cours des 12 mois précédant l’enquêt. Cette proportion est plus élevée chez les hommes (74,2 %) que chez les femmes (65,4 %). Près d’une personne sur deux (48 %) déclare boire au moins une fois par semaine, tandis que 10,7 % indiquent n’avoir jamais consommé d’alcool. Parmi les personnes ayant bu dans l’année, 27,1 % rapportent avoir consommé cinq verres ou plus, au moins une fois par mois à l’occasion d’un événement, ce qui correspond à des épisodes de consommation excessive régulière.

Enfin, l’usage de cannabis concerne 8,1 % des adultes sur les douze mois précédant l’enquête. La prévalence est nettement plus élevée chez les 18–24 ans (20,4 %) et les 25–34 ans (13,6 %), avant de décroître fortement avec l’âge. Au total, 2,6 % des personnes interrogées déclarent un usage hebdomadaire ou plus fréquent.

Ces données confirment que les comportements liés à la consommation de substances psychoactives, qu’il s’agisse de nicotine, d’alcool ou de cannabis, sont particulièrement présents chez les jeunes adultes. Selon les experts de santé publique, elles soulignent la nécessité d’adapter les politiques de prévention à l’évolution des usages et des consommateurs, en tenant compte de la diversité des produits consommés mais également de leurs particularités notamment au regard des stratégies déployées par les fabricants.

©Génération Sans Tabac

AE


[1] Niamh Griffin, HSE cannot support vaping and nicotine pouch addiction through quit smoking programmes, Irish Examiner, publié le 11 juillet 2025, consulté le 16 juillet 2025

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