Tabac, alcool, boissons sucrées : l’OMS exhorte les pays à renforcer la fiscalité au service de la santé

8 octobre 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 2 octobre 2026

Temps de lecture : 7 minutes

Tabac, alcool, boissons sucrées : l’OMS exhorte les pays à renforcer la fiscalité au service de la santé

Plusieurs pays aux économies émergentes ont engagé ces dernières années d’importantes réformes de leur fiscalité sur le tabac. Une nouvelle analyse indépendante portant sur 15 pays montre que tous ont amélioré leur système de taxation des cigarettes entre 2009 et 2025[1]. Les résultats les plus marqués sont observés dans les pays ayant fortement augmenté les taxes, simplifié leurs dispositifs fiscaux et veillé à ce que les cigarettes ne deviennent pas progressivement plus abordables avec la hausse des revenus.

Cette analyse intervient alors que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) encourage les États à utiliser la fiscalité sanitaire pour augmenter, d’ici 2035, les prix réels du tabac, de l’alcool et des boissons sucrées. Son initiative « 3 by 35 » vise à réduire la consommation de ces produits, associés à de nombreuses maladies non transmissibles, tout en générant des recettes pouvant être consacrées à la santé et au développement. Selon l’OMS, les ajustements fiscaux ponctuels et limités peuvent être absorbés par l’inflation ou contournés par les stratégies de l’industrie. L’organisation préconise donc des augmentations régulières et suffisamment importantes pour réduire progressivement l’accessibilité financière du tabac, de l’alcool et des boissons sucrées.

Des hausses de taxation du tabac particulièrement efficaces dans les économies émergentes

Dans les 15 pays étudiés de l’étude, la prévalence du tabagisme chez les adultes a diminué de manière importante dans plusieurs cas et cette baisse est notamment associée à une politique fiscale forte : 43 % en Inde, 37 % au Pakistan, 34 % au Brésil et 29 % au Bangladesh et aux Philippines.

L’exemple de la politique fiscale sur le tabac aux Philippines illustre l’efficacité des hausses de taxes pour la santé et pour les recettes fiscales. Après la réforme de 2013, le prix réel de la marque de cigarettes la plus vendue a fortement augmenté. Sur l’ensemble de la période 2008-2024, l’analyse estime cette hausse à 638 %. Parallèlement, la prévalence du tabagisme a diminué d’environ un tiers entre 2010 et 2025. Les Philippines ont affecté une partie des recettes supplémentaires issues de la fiscalité du tabac au financement de la couverture sanitaire universelle. Cette approche illustre la possibilité d’utiliser les taxes à la fois pour réduire la consommation de produits toxiques et financer des priorités publiques. En Ukraine, le prix réel de la marque de cigarettes la plus vendue aurait augmenté de 659 % entre 2008 et 2024 du fait de hausse de taxes. En Russie, le prix réel de la marque la plus vendue aurait augmenté de 200 % sur la même période du fait des hausses de taxes. La Russie, les Philippines et l’Ukraine ont tous enregistré une baisse significative du tabagisme après d’importantes augmentations des taxes et des prix. Ces politiques de hausse significative des taxes ont été couplées à d’autres mesures de lutte contre le tabagisme.

Pour que ces politiques fiscales soient efficaces, les auteurs rappellent que quatre caractéristiques essentielles sont à prendre en considération : des hausses substantielles et régulières, des structures fiscales simplifiées, un recours accru aux taxes spécifiques et une adaptation automatique à l’inflation et à l’évolution des revenus.

Boissons sucrées et alcool : une fiscalité encore limitée

Cette étude vient conforter les enseignements scientifiques notamment diffusés par l’OMS. Cette efficacité des politiques fiscales ne concerne pas seulement les produits du tabac mais également d’autres produits à risques majeurs pour la santé publique. L’OMS estime ainsi que les gouvernements disposent d’une marge de progression importante concernant la fiscalité des boissons sucrées et de l’alcool. Au moins 116 pays appliquent une taxe d’accise nationale sur une ou plusieurs catégories de boissons sucrées. Toutefois, la part médiane de cette taxe dans le prix de détail d’une boisson gazeuse sucrée comparable n’est que de 2,4 %. Entre 2022 et 2024, les boissons sucrées sont devenues moins abordables financièrement dans seulement 34 pays, tandis qu’elles sont devenues plus abordables dans 62 autres.

Environ un quart des pays disposant des systèmes fiscaux concernés calculent leurs taxes en fonction de la teneur en sucre. Or ce type de dispositif fiscal peut encourager les consommateurs à privilégier les produits moins sucrés et inciter les fabricants à modifier la composition de leurs produits. Seuls 14 % des pays procèdent automatiquement à une actualisation de leurs taxes spécifiques, ce qui expose le prix réel du bien à l’érosion liée à l’inflation. Certains pays consacrent une partie des recettes issues des boissons sucrées à la santé. L’Azerbaïdjan, la France, la Hongrie, les Philippines et la Tanzanie affectent ainsi une partie de ces recettes à l’extension de la couverture sanitaire. Le Panama, la Russie et le Zimbabwe les destinent notamment à des programmes consacrés à la lutte contre le cancer, au diabète ou à d’autres maladies non transmissibles. La Pologne et le Portugal utilisent quant à eux ces recettes à des fins sanitaires plus générales.

Concernant l’alcool, au moins 167 pays appliquent des taxes d’accise nationales. En tenant compte de la population, ces taxes représentent environ 21 % du prix de détail de la bière et 28 % de celui des spiritueux. Entre 2022 et 2024, la bière est devenue moins abordable dans seulement 31 % des pays et les spiritueux dans 22 %. Moins d’un quart des pays appliquant des taxes spécifiques sur l’alcool prévoient des augmentations automatiques régulières, tandis qu’au moins 25 pays continuent d’exonérer le vin de taxes d’accise.

L’OMS appelle les pays à poursuivre l'objectif « 3 by 35 »

Pour l’OMS, les réformes menées au cours des 15 dernières années montrent que des changements fiscaux sont possibles, y compris dans des contextes économiques et politiques complexes. L’organisation estime toutefois que des augmentations limitées ne suffisent pas à réduire l’accessibilité à ces produits.

L'initiative "3 by 35" lancée en juillet 2025 fixe ainsi un objectif d’augmentation de 50 % des prix réels d’ici 2035. À l’échelle mondiale, cela impliquerait, en moyenne, de faire passer le prix nominal d’un paquet de cigarettes de 4,70 à 9,60 dollars, celui d’une bière de 1,30 à 3,10 dollars pour 330 ml et celui d’une boisson sucrée de 0,90 à 1,90 dollar pour 330 ml. Dans les pays à faible revenu, les hausses nécessaires seraient supérieures, les prix devant plus que tripler.

L’OMS appelle les gouvernements à établir des trajectoires fiscales de long terme, à adapter automatiquement les taxes à l’inflation et à l’évolution des revenus, à réduire voire supprimer les exemptions et les écarts de taxation entre produits moins chers, et à couvrir de manière cohérente les différentes catégories de tabac, d’alcool et de boissons sucrées. Dans ce cadre, l’OMS a lancé une plateforme consacrée à l’initiative « 3 by 35 », destinée à accompagner sa mise en œuvre, favoriser le partage d’expériences entre pays, renforcer le plaidoyer national et mobiliser des partenariats internationaux autour d’une fiscalité conçue pour la santé. L’organisation prévoit également de publier des études de cas nationales présentant les réformes engagées, leurs résultats et les enseignements qui peuvent en être tirés avec des bénéfices pour la santé et pour les ressources des pays.

« Les preuves sont claires : lorsque les gouvernements augmentent sensiblement le prix des produits nocifs, la consommation diminue, des vies sont sauvées et les recettes publiques augmentent », a déclaré le Dr Etienne Krug, directeur du Département des déterminants de la santé, de la promotion et de la prévention à l’OMS. « Des ajustements fiscaux mineurs et irréguliers sont trop facilement absorbés par l’inflation ou manipulés par l’industrie. Les pays ont besoin d’augmentations prévisibles et ambitieuses qui rendent progressivement le tabac, l’alcool et les boissons sucrées moins abordables. »[2]

©Génération Sans Tabac

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[1]Rajeev Cherukupalli, Excise Taxes in Emerging Economies: Progress on Cigarette Taxation in the Bloomberg Initiative, 2009-2025, Tax Notes International, Volume 122, Numéro 10, publié le 8 juin 2026, consulté le 1 octobre 2026

[2]Fifteen years of tobacco tax reform show countries can make harmful products less affordable, World Health Organization, publié le 30 septembre 2026, consulté le 1 octobre 2026

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