Suisse : 91 % des cigarettes électroniques jetables et e-liquides analysés sont non-conformes

17 décembre 2025

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 11 décembre 2025

Temps de lecture : 6 minutes

Suisse : 91 % des cigarettes électroniques jetables et e-liquides analysés sont non-conformes

Une enquête menée en 2025 par le Laboratoire cantonal de Bâle-Ville révèle que la quasi-totalité des cigarettes électroniques jetables et des e-liquides vendus en Suisse présentent des non-conformités majeures. Sur 32 produits analysés, 29 (91 %) ont été signalés pour des infractions liées au dépassement des seuils réglementaires, à la présence de substances non déclarées ou interdites, à des défauts de sécurité ou encore à l’absence de conformité administrative. Deux produits dépassaient le plafond légal de nicotine de 20 mg/mL, et 44,8 % contenaient un volume de liquide supérieur au maximum autorisé[1].

Les analyses mettent également en évidence des erreurs fréquentes d’étiquetage, des substances non déclarées, ainsi que des dépassements des normes pour le plomb dans les composants électroniques. Ces résultats soulignent la nécessité d’un renforcement des contrôles et d’une meilleure surveillance de la chaîne d’importation et de commercialisation de ces produits.

L’étude a été réalisée à partir de 32 produits prélevés dans dix points de vente, parmi lesquels kiosques, stations-service, commerces en ligne et boutiques spécialisées. Les analyses ont porté sur le volume de liquide, la teneur réelle en nicotine, la présence éventuelle de substances interdites ou non déclarées, la conformité des composants électroniques, ainsi que l’exactitude des étiquetages et documents techniques obligatoires. Les laboratoires ont utilisé plusieurs techniques analytiques complémentaires, dont la chromatographie HPLC-PDA, le GC-MS, la mesure gravimétrique et l’analyse de fluorescence X pour les métaux lourds. Les contrôles intègrent également la vérification des taxes anticipées de recyclage et des déclarations de conformité des appareils électroniques.

Une non-conformité généralisée des produits analysés

L’enquête montre que seuls trois produits sur 32 ne présentent étaient conformes aux règles édictées. Les problèmes identifiés concernent principalement le volume de liquide contenu dans les dispositifs, souvent très supérieur au maximum légal, ainsi que la teneur en nicotine, parfois supérieure au plafond autorisé ou en décalage important avec les indications fournies par les fabricants. Dans certains cas, l’écart entre la valeur déclarée et la valeur mesurée dépasse  30 %. Les étiquetages s’avèrent eux aussi fréquemment incomplets ou inexacts : absence de mention du taux de nicotine, avertissements non conformes aux langues nationales, mentions manquantes sur la dangerosité ou la date de péremption. Ces résultats témoignent de contrôles insuffisantslors de l’importation ou de la mise sur le marché.

Des additifs non déclarés et des substances problématiques

Les analyses mettent en évidence la présence fréquente de substances non indiquées sur les emballages, notamment les additifs WS-23, WS-3 et WS-5[2], utilisés pour réduire le réflexe de toux et faciliter l’inhalation. Bien que couramment présents dans les produits jetables, ces additifs ne figurent que rarement dans la liste des ingrédients, ce qui limite l’information disponible pour les consommateurs. Dans 19 des produits contenant du WS-23, aucune mention n’apparaissait sur l’étiquette. Un produit contenait par ailleurs une substance classée reprotoxique (substance chimique qui peut altérer la fertilité, provoquer des malformations ou nuire au développement de l’embryon ou du fœtus). Si certains dangers tels que la vitamine E acétate n’ont pas été détectés, l’étude rappelle que la toxicité à long terme des additifs inhalés reste encore mal connue, faute de données suffisantes actuellement.

Des risques environnementaux et des obligations réglementaires non respectées

Les inspecteurs ont constaté plusieurs non-conformités liées aux composants électroniques et aux obligations environnementales. Cinq dispositifs présentaient des niveaux de plomb supérieurs aux limites réglementaires, tandis que pour près de la moitié des produits soumis à la taxe anticipée de recyclage des batteries, la redevance n’avait pas été acquittée. Par ailleurs, plus de la moitié des importateurs n’ont pas pu fournir de déclaration établissant leur conformité à l’égard des exigences requises pour les appareils électriques. Ces manquements renforcent le constat d’un déficit important de contrôle dans la chaîne d’approvisionnement et d’un risque sanitaire et environnemental réel lié à la dispersion de ces produits jetables.

Renforcement immédiat des contrôles et nécessité d’une surveillance durable

Face aux nombreuses non-conformités documentées, les autorités ont pris plusieurs mesures immédiates, notamment en interdisant la vente des produits dépassant les seuils de nicotine ou de volume autorisés, ceux contenant des substances reprotoxiques ou présentant des composants électroniques non conformes. Les importateurs ont été tenus de corriger les étiquetages et documents techniques, de fournir des déclarations de conformité complètes et de s’acquitter rétroactivement des taxes environnementales dues pour les appareils contenant des batteries.

Au-delà de ces mesures, l’ampleur des irrégularités observées souligne la nécessité d’un renforcement durable de la surveillance du marché. L’étude met en évidence des lacunes structurelles dans l’autocontrôle des importateurs, un manque de fiabilité des déclarations fournies, ainsi que des risques sanitaires liés à la présence d’additifs peu documentés sur le plan toxicologique. Elle rappelle également l’importance d’un encadrement plus strict des produits jetables, qui cumulent problématiques de sécurité, risques d’exposition à des substances non déclarées et impact environnemental élevé.

Les résultats invitent ainsi à renforcer les contrôles aux frontières, à harmoniser davantage la réglementation applicable aux cigarettes électroniques, à poursuivre les travaux toxicologiques sur les additifs inhalés et à améliorer l’information des consommateurs. La mise en œuvre de ces actions constitue un enjeu majeur pour limiter la mise sur le marché de produits non conformes et mieux protéger la santé des utilisateurs rappellent les auteurs de l’étude.

©Génération Sans Tabac

AE


[1] Communiqué, Sehr schlechte Konformität von Einweg-E-Zigaretten, Canton de Bâle-Ville publié le 8 décembre, consulté le 11 décembre 2025

[2] Les substances WS-23, WS-3 et WS-5 appartiennent à une même famille d’additifs dits “agents rafraîchissants” (cooling agents). Ils ne sont pas des arômes à proprement parler, mais des composés de synthèse ajoutés dans de nombreux e-liquides pour produire une sensation de fraîcheur lors de l’inhalation.

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