Sachets de nicotine : une nouvelle offensive de l’industrie du tabac en Argentine
13 janvier 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 12 janvier 2026
Temps de lecture : 5 minutes
En Argentine, les sachets de nicotine connaissent une diffusion croissante dans les circuits commerciaux. British American Tobacco Argentina a récemment introduit les sachets VELO, tandis que d’autres marques, telles que ZYN (Philip Morris International), sont également signalées dans les circuits de distribution, notamment via Internet. Présentés comme des produits « sans fumée », ces sachets ne font pas l’objet d’une réglementation sanitaire spécifique dans le pays et renvoient en revanche au cadre juridique interdisant les cigarettes électroniques et le tabac à chauffer dans le pays. Leur mise sur le marché suscite de vives préoccupations en matière de santé publique, en particulier en raison de leur fort potentiel addictif et de leur attractivité pour les jeunes[1].
Une mise sur le marché en dépit d’un cadre juridique strict sur les nouveaux produits
L’Argentine dispose d’une règlementation spécifique relative aux produits du tabac classiques. En revanche, les nouveaux produits du tabac comme le tabac chauffé ou plus globalement les produits du vapotage sont interdits à la commercialisation. Plus récemment sont apparus les sachets de nicotine. Ils sont commercialisés alors même qu’ils ne sont pas reconnus comme des dispositifs de sevrage tabagique et qu’au contraire leur caractère addictif et leur toxicité sont de plus en plus établis. En effet, bien qu’ils ne contiennent pas de tabac, ces produits délivrent de la nicotine, substance dont le caractère hautement addictif est établi. Ils sont proposés sans évaluation sanitaire préalable de leur innocuité, de leur impact sur les comportements de consommation ou de leur rôle potentiel dans l’initiation à la nicotine.
Selon le ministère de la Santé de la province de Buenos Aires, ces produits se rattachent aux restrictions existantes applicables aux produits dérivés du tabac. Àinsi , la loi provinciale n° 13.894 établit un cadre général de protection de la santé face à la promotion et à la consommation de produits à base de tabac et/ou de leurs dérivés, avec une attention particulière portée à la protection des enfants et des adolescents[2]. Cette interprétation souligne que l’absence de tabac dans ces sachets ne saurait, à elle seule, justifier leur exclusion des politiques de prévention des addictions et de protection des publics vulnérables. C’est au contraire ce fondement qui a légitimé l’interdiction du tabac chauffé et des produits du vapotage.
Dans cette perspective, se pose la question du rappel de cette disposition législative par les autorités sanitaires et l’application effective de cette interdiction.
Alertes sanitaires, marketing attractif et fragilisation des progrès en matière de lutte contre le tabagisme
A ce stade, les autorités sanitaires argentines, notamment au niveau provincial, ont émis des alertes concernant la diffusion des sachets de nicotine. Elles soulignent la teneur élevée en nicotine de ces produits, leur fort pouvoir addictif et les stratégies marketing déployées, fondées sur des arômes, des conditionnements attractifs et un discours de banalisation de la consommation de nicotine.
Ces alertes interviennent dans un contexte sanitaire déjà préoccupant au niveau de la consommation de tabac. Selon les données disponibles, la prévalence du tabagisme quotidien en Argentine stagne voire serait repartie à la hausse, passant de 16,8 % en 2018 à 17 % en 2023. Cette évolution traduit un ralentissement des progrès réalisés au cours des précédentes décennies en matière de réduction du tabagisme et met en évidence la vulnérabilité des acquis en santé publique.
Dans ce contexte, l’introduction de nouveaux produits nicotinés constitue un facteur de risque supplémentaire. Ces produits sont susceptibles de maintenir les consommateurs dans une dépendance à la nicotine, de favoriser des usages concomitants avec les cigarettes et d’initier de nouveaux publics, en particulier les adolescents et les jeunes adultes, à une consommation régulière de nicotine. Loin de contribuer à une réduction durable du tabagisme, ils risquent de compromettre les objectifs de prévention et de normaliser à nouveau l’usage de substances addictives.
Une stratégie industrielle mondiale déjà encadrée ou interdite dans plusieurs pays
La diffusion des sachets de nicotine en Argentine s’inscrit dans une stratégie globale des principaux industriels du tabac, notamment British American Tobacco et Philip Morris International, visant à repositionner leurs activités autour de produits dits « sans fumée ». Cette stratégie repose sur un déploiement rapide de nouveaux produits nicotinés, accompagné d’un marketing intensif et d’un discours axé sur l’innovation et la réduction des risques, sans validation scientifique indépendante suffisante.
Face à ces pratiques, plusieurs pays ont déjà adopté des mesures restrictives, allant de l’encadrement strict à l’interdiction des sachets de nicotine, afin de protéger les populations, en particulier les jeunes, et de préserver les acquis obtenus en matière de lutte contre le tabagisme. Ces décisions traduisent une reconnaissance croissante du fait que la multiplication de produits nicotinés constitue une menace structurelle pour les politiques de santé publique.
Dans ce contexte international, la situation argentine illustre la nécessité pour les autorités sanitaires de réagir rapidement face à des stratégies industrielles mondialisées pour prévenir des situations de fait rendant plus difficile l’application effective de l’interdiction de la commercialisation de ces produits.
AE
[1] BAT rolls out VELO nicotine pouches in Argentina as social media buzzes about ZYN distribution, 2 First, publié le 12 janvier 2026, consulté le jour-même
[2] Communiqué, Alerta sanitaria sobre el uso de bolsitas de nicotina en la Provincia, Gouvernement de la province de Buenos Aires, publié le 9 janvier 2026, consulté le 12 janvier 2026
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