Sachets de nicotine et lobbying : l’industrie du tabac passe à l’offensive en France
8 juillet 2025
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 8 juillet 2025
Temps de lecture : 4 minutes
Les dépenses de lobbying des industriels du tabac ont explosé entre 2023 et 2024. Cette intensification des activités d’influence, notamment portée par le cigarettier British American Tobacco (BAT), pourrait en partie s’expliquer par la volonté des fabricants de tabac d’empêcher l’interdiction des sachets de nicotine en France.
Les dépenses de lobbying ont augmenté de 85% entre 2023 et 2024
Selon le média en ligne Contexte, l’industrie du tabac a fortement augmenté ses dépenses de lobbying entre 2023 et 2024[1]. Chaque année, les acteurs économiques du tabac ou leurs représentants doivent déclarer le montant de leurs dépenses allouées à leurs activités d’influence au ministère de la Santé. Ainsi, en 2023, sept organisations et industriels avaient déclaré avoir consacré 805 000 euros pour leurs activités. En 2024, ces dépenses ont atteint 1,5 million d’euros, soit une augmentation de 85%. Pour cette année, un acteur supplémentaire a déclaré des dépenses en influence : le distributeur Logista. Avec près de 720 000 euros déclarés, près de la moitié des dépenses en lobbying a été réalisée par le British American Tobacco. Dans l’ordre décroissant viennent ensuite l’Association des fournisseurs de tabac à fumer (273 600 euros), la Fédération des fabricants de cigares (224 540 euros), Philip Morris (89 796 euros), Imperial Brands Seita (70 006 euros) et Japan Tobacco (67 462 euros).
Le leader des sachets de nicotine a plus que triplé ses dépenses en influence
Entre 2023 et 2024, British American Tobacco a multiplié ses dépenses de lobbying par 3,6. Cette augmentation n’est sans doute pas sans rapport avec la place de leader que le fabricant occupe en France dans la commercialisation des sachets de nicotine. En 2024, l’ancienne ministre de la Santé Geneviève Darrieussecq avait annoncé son intention d’interdire les sachets de nicotine. Quelques mois plus tard, conformément au droit européen, le gouvernement français avait notifié à la Commission européenne sa proposition de décret visant à interdire les produits à usage oral contenant de la nicotine, pour une réponse attendue en août 2025.
Les industriels activent tous les leviers pour éviter une interdiction des sachets de nicotine
De son côté, l’industrie du tabac s’organise pour faire face à cette nouvelle menace réglementaire. D’abord à l’échelle nationale, en mobilisant des parlementaires pour déposer des propositions de loi et des amendements visant à préférer l’encadrement plutôt que l’interdiction de ces nouveaux produits. Ensuite, à l’échelle communautaire, en s’appuyant sur certains États membres, pour retarder la publication de l’avis de la Commission européenne. Toujours selon Contexte, les industriels travaillent par ailleurs depuis septembre 2024 à l’élaboration d’une norme Afnor, visant à fixer les exigences exigences relatives à la « sécurité » et à la « qualité » des sachets de nicotine[2]. Cette norme, publiée en mai 2025, précise notamment les informations devant figurer sur l’étiquetage des produits, ou encore des niveaux maximums de nicotine (16,6 mg, soit quatre fois ceux autorisés pour les substituts nicotiniques).
Une norme volontaire pour prendre les devants sur une potentielle interdiction
Par définition, une norme Afnor est volontaire, et ne fait peser sur les fabricants aucune contrainte. Si la publication d’un décret d’interdiction des sachets de nicotine rendrait de fait une telle norme caduque, une telle opération vise à « envoyer un signal fort » au gouvernement, et l’inciter à revenir sur sa décision d’interdire le produit en cherchant à faire valoir la capacité de l’industrie du tabac à s’autoréguler et adopter des normes responsables. L’instauration de normes par l’industrie du tabac tend également à induire le consommateur en erreur, en laissant entendre à une consommation sans risque.
Toutefois, comme le précise le Comité national contre le tabagisme (CNCT), la commercialisation des sachets de nicotine est de fait illégale en France. La stratégie publicitaire et commerciale mise en place par l’industrie du tabac apparaît ainsi incompatible avec le discours de responsabilité tenu par les fabricants. Par ailleurs, une étude conjointement menée par le CNCT et l’Institut national de la consommation/60 Millions de consommateurs avait alerté sur la présence de métaux lourds, et notamment d’arsenic, dans l’ensemble des sachets de nicotine analysés.
FT
[1] Contexte, L'industrie du tabac a presque doublé ses dépenses de lobbying en 2024 (briefing), 07/07/2025, (consulté le jour-même
[2] Contexte, L’industrie du tabac passe par la norme pour convaincre de l’intérêt des sachets de nicotine, 07/07/2025, (consulté le jour-même)
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