Prix du tabac : les buralistes mènent l’offensive dans les médias
5 février 2025
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 4 février 2025
Temps de lecture : 4 minutes
En France, les buralistes se mobilisent pour protester contre la hausse des prix du tabac, arguant l’inefficacité des politiques fiscales en santé publique, leur rôle dans l’augmentation des marchés parallèles, et la dégradation des conditions économiques du réseau des buralistes. De telles affirmations ne résistent toutefois pas à l’examen des faits et des données scientifiques.
Les augmentations de taxes n’ont pas entraîné d’explosion des marchés parallèles
Lundi 3 février, une quarantaine de fédérations de buralistes ont appelé à la mobilisation pour protester contre la hausse des prix du tabac, présentée comme étant un facteur d’augmentation du commerce illicite. Ainsi, dans ses déclarations publiques, le président la Confédération des buralistes reprend à son compte les études financées par les cigarettiers, estimant les marchés parallèles entre 30% et 40% de la consommation nationale. Pourtant, les études indépendantes consacrées à l’évaluation des achats hors-réseau estiment que ces derniers sont bien en deçà des estimations de l’industrie. Ainsi, l’enquête menée par Santé publique France indique que les achats de tabac réalisés dans le réseau des buralistes représentent environ 80% de la consommation nationale française, depuis au moins 2014, en dépit des politiques fiscales menées depuis lors. Par ailleurs, à rebours du discours de l’industrie du tabac et des buralistes, les données de Santé publique France montrent que les achats hors-réseaux sont essentiellement légaux (achats transfrontaliers, duty free, achats à l’étranger), tandis que le commerce illégal représente une fraction marginale de l’ensemble des achats (moins de 1%).
Le prix, un des leviers les plus efficaces pour réduire la consommation de tabac
La surestimation délibérée des achats hors-réseau, et particulièrement du commerce illicite, est une stratégie de lobbying mobilisée depuis plus de deux décennies par l’industrie du tabac, en France comme ailleurs, pour dissuader les pouvoirs publics de mettre en place des politiques fiscales dissuasives. Un tel discours permet au secteur économique de contester l’efficacité des politiques de santé publique, en arguant que ces dernières, loin de permettre une baisse de la consommation, incitent simplement les fumeurs à se tourner vers le marché illicite. Toutefois, l’efficacité des hausses de taxes sur l’ensemble des produits du tabac, lorsque ces dernières sont régulières et significatives, font l’objet d’un consensus scientifique bien établi. S’appuyant sur une large couverture médiatique, certains buralistes réclament ainsi un moratoire fiscal pour l’ensemble des produits du tabac, voire une diminution des taxes. Frédéric Pailhé, président de la fédération des buralistes d’Occitanie, invite par ailleurs les gouvernements à revoir les politiques de santé publique : « faire de la prévention, de la sensibilisation sur la nocivité du produit, oui. Mais il faut arrêter d'augmenter les prix ». En réalité, circonscrire les politiques de santé publique à des mesures de prévention et de sensibilisation est une demande régulière de l’industrie du tabac, précisément en raison de l’incapacité de cette seule stratégie à faire reculer la consommation.
Les buralistes, une profession en très bonne santé
Dans de nombreux médias, notamment locaux, les buralistes déplorent la dégradation de la santé économique des débitants de tabac. Ainsi, sur France 3, Thierry Moreno, président de la confédération des buralistes du Bas-Rhin, estime que « chaque hausse des prix du tabac est un coup de poignard », insistant sur l’absence de considération des pouvoirs publics à l’égard de cette profession : « si nous étions une entreprise type PME, tout le monde prêterait attention à nous, mais nous sommes des indépendants : tout le monde s’en fout ». De telles déclarations sont toutefois sans rapport avec la réalité. Ainsi, selon les propres données de l’INSEE, le chiffre d’affaires des buralistes sur la vente de produits du tabac a augmenté de 100%, précisément en raison de l’augmentation de leurs prix de vente. En effet, la rémunération des buralistes étant proportionnelle au prix de vente au détail du tabac, plus celui-ci augmente, plus les buralistes sont rémunérés. En parallèle, les buralistes font l’objet d’un soutien financier massif de la part des pouvoirs publics, estimé à 4,4 milliards d’euros depuis vingt ans.
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