Prévention cardiovasculaire : plus de dix ans de vie gagnées sans facteurs de risque

21 juillet 2025

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 17 juillet 2025

Temps de lecture : 7 minutes

Prévention cardiovasculaire : plus de dix ans de vie gagnées sans facteurs de risque

Une étude internationale d’envergure, publiée dans le New England Journal of Medicine[1] montre que l’absence de cinq facteurs de risque cardiovasculaires à 50 ans est associée à un gain d’espérance de vie de plus de dix ans, tant en termes de survie globale que de vie sans maladie cardiovasculaire. Ces résultats, issus d’une analyse harmonisée à l’échelle mondiale, soulignent le rôle déterminant de la prévention en santé cardiovasculaire. Ils confirment également qu’il n’est jamais trop tard pour intervenir : des modifications ciblées, même après 55 ans, peuvent significativement améliorer le pronostic.

L’étude repose sur l’analyse de données individuelles provenant de 2 078 948 personnes âgées de 18 ans et plus, issues de 133 cohortes réparties dans 39 pays et 6 continents. Menée par le Global Cardiovascular Risk Consortium, elle visait à estimer les risques à long terme de survenue de maladies cardiovasculaires et de décès, en fonction de la présence ou non de cinq facteurs de risque modifiables, à l’âge de 50 ans : l’hypertension artérielle, l’hyperlipidémie, le diabète, le tabagisme et une anomalie de l’indice de masse corporelle (inférieur à 20 ou supérieur ou égal à 25).

Les données ont été harmonisées selon les définitions des cohortes MONICA (Multinational Monitoring of Trends and Determinants in Cardiovascular Disease). Les risques ont été modélisés jusqu’à l’âge de 90 ans à l’aide de modèles de survie de Weibull ajustés par sexe, permettant d’estimer les différences d’espérance de vie avec ou sans maladie cardiovasculaire, ainsi que la survie globale. Ces modèles ont également pris en compte les modifications de certains facteurs au cours du temps, en particulier entre 55 et 60 ans, afin d’évaluer les bénéfices potentiels d’un changement de comportement en cours de vie.

L’absence de facteurs de risque à 50 ans : un gain de plus de dix années de vie

Les résultats de l’étude montrent que l’absence des cinq facteurs de risque classiques — hypertension artérielle, hyperlipidémie, excès ou insuffisance de poids, diabète, et tabagisme — à l’âge de 50 ans est associée à un allongement significatif de l’espérance de vie, à la fois en termes de survie globale et de vie sans maladie cardiovasculaire.

Chez les femmes âgées de 50 ans ne présentant aucun de ces facteurs, l’espérance de vie sans événement cardiovasculaire est prolongée de 13,3 années en moyenne par rapport à celles cumulant les cinq facteurs. Cette différence est également marquée chez les hommes, pour lesquels l’absence de facteurs de risque est associée à 10,6 années de vie supplémentaires sans maladie cardiovasculaire.

Les écarts sont encore plus importants lorsqu’il s’agit de la survie globale, toutes causes de décès confondues. Les femmes sans facteurs de risque à 50 ans vivent en moyenne 14,5 années de plus que celles les présentant tous ; chez les hommes, ce gain atteint 11,8 années. Ces chiffres sont issus de modélisations statistiques fondées sur des données de suivi jusqu’à 90 ans, et intègrent les probabilités cumulées de survenue d’un événement cardiovasculaire ou de décès.

Au-delà de ces estimations globales, l’étude met également en évidence une forte corrélation entre le nombre de facteurs présents et la réduction de l’espérance de vie. Chaque facteur de risque supplémentaire contribue à une diminution progressive du nombre d’années de vie sans pathologie cardiovasculaire, illustrant un effet cumulatif particulièrement défavorable lorsque plusieurs facteurs sont associés.

Enfin, même en l’absence totale de facteurs à cet âge, le risque de développer une maladie cardiovasculaire au cours de la vie reste non nul : 13 % chez les femmes et 21 % chez les hommes, ce qui rappelle que d’autres déterminants (génétiques, environnementaux ou sociaux) interviennent également. Néanmoins, les différences observées entre les groupes soulignent l’importance déterminante du contrôle des facteurs de risque modifiables dans une perspective de santé publique.

Agir après 55 ans : des bénéfices encore significatifs

L’un des apports majeurs de l’étude réside dans l’analyse de l’effet de la modification des facteurs de risque après l’âge de 55 ans. Contrairement à une idée répandue selon laquelle les interventions de prévention seraient peu efficaces passé un certain âge, les résultats démontrent qu’il est encore possible de réduire significativement les risques cardiovasculaires et de prolonger la durée de vie en agissant à partir de la deuxième moitié de la cinquantaine.

Chez les participants qui présentaient les cinq facteurs de risque entre 50 et 55 ans, ceux ayant réussi à normaliser leur tension artérielle entre 55 et 60 ans bénéficient du gain le plus important en matière de durée de vie sans événement cardiovasculaire. Cette amélioration du contrôle de l’hypertension est associée à un gain de 2,4 années de vie sans maladie cardiovasculaire chez les femmes et de 1,2 année chez les hommes. Ces chiffres sont issus de modèles tenant compte de l’évolution individuelle des profils de risque, ce qui confère à ces estimations une forte valeur prédictive.

En ce qui concerne la survie globale, c’est la cessation du tabac qui est associée au bénéfice le plus marqué. L’arrêt du tabac entre 55 et 60 ans permettrait de vivre 2,1 années de plus en moyenne chez les femmes et 2,4 années de plus chez les hommes, toutes causes de décès confondues. Ce résultat souligne que le sevrage tabagique, même tardif, reste une mesure hautement prioritaire en santé publique.

Par ailleurs, l’étude montre que les effets bénéfiques s’accumulent lorsque plusieurs facteurs sont modifiés simultanément. Par exemple, les participants ayant agi à la fois sur l’hypertension, l’hyperlipidémie et le diabète entre 55 et 60 ans présentent un gain combiné allant jusqu’à 3,3 années de vie sans maladie cardiovasculaire chez les femmes, et 1,5 année chez les hommes, par rapport à ceux n’ayant pas modifié leur profil de risque. Lorsque la cessation du tabac est également intégrée, le gain peut dépasser 5 années supplémentaires de survie.

Ces résultats rappellent qu’une stratégie de prévention cardiovasculaire efficace ne se limite pas aux jeunes adultes ou aux populations à haut risque identifié précocement. Elle doit également s’adresser aux personnes en milieu de vie, avec des interventions ciblées sur les facteurs modifiables, pour lesquelles les effets bénéfiques restent significatifs, mesurables, et pertinents en matière de santé publique.

Une contribution majeure à la prévention cardiovasculaire mondiale

Les conclusions de l’étude renforcent les arguments en faveur d’une politique de prévention structurée, à double entrée : d’une part, en ciblant les personnes jeunes et en bonne santé pour éviter l’apparition de facteurs de risque ; d’autre part, en accompagnant les personnes en milieu de vie dans des changements concrets, notamment en matière de tabagisme, de contrôle de la tension artérielle ou de gestion du poids.

Cette étude vient également souligner la nécessité de ne pas cloisonner les politiques de santé publique en fonction de l’âge, et de promouvoir une prévention cardiovasculaire continue, adaptable aux différentes étapes de la vie. Elle offre des données chiffrées robustes qui peuvent être mobilisées à l’échelle des gouvernements, des institutions de santé et des campagnes de sensibilisation, pour illustrer de manière claire et mesurable l’impact de la réduction des facteurs de risque.

Enfin, en fournissant une base de référence harmonisée à l’échelle mondiale, le consortium ouvre la voie à de futures recherches visant à intégrer d’autres déterminants de santé (sociaux, environnementaux, comportementaux) dans les trajectoires de risque cardiovasculaire. Ces travaux constituent donc un socle solide pour construire des recommandations cliniques et des interventions de santé publique fondées sur les données probantes.

©Génération Sans Tabac

AE


[1] Global Cardiovascular Risk Consortium;  Global Effect of Modifiable Risk Factors on Cardiovascular Disease and Mortality. N Engl J Med. 2023 Oct 5;389(14):1273-1285. doi: 10.1056/NEJMoa2206916. Epub 2023 Aug 26. PMID: 37632466; PMCID: PMC10589462.

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