Près de 40 % des cancers pourraient être évités dans le monde
7 février 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 4 février 2026
Temps de lecture : 6 minutes
À l’occasion de la Journée mondiale contre le cancer (4 février), une nouvelle analyse[1] coordonnée par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) estime que près de quatre cancers sur dix pourraient être évités à l’échelle mondiale. L’étude, fondée sur des données internationales et une revue systématique de facteurs de risques modifiables, met en évidence le poids central de l’exposition au tabac, des infections oncogènes, de la consommation d’alcool, ainsi que d’autres déterminants comme le surpoids, l’inactivité physique, la pollution de l’air ou les rayonnements UV. Elle souligne également d’importantes disparités entre les sexes et les régions, et réaffirme le rôle déterminant des politiques publiques de prévention pour réduire durablement l’incidence des cancers et les coûts associés.
L’OMS et le CIRC ont publié une analyse mondiale visant à quantifier la part des cancers attribuable à des facteurs de risque modifiables, afin d’éclairer les priorités en matière de prévention. L’étude s’appuie sur des données couvrant 185 pays et 36 types de cancers, et examine 30 causes évitables, incluant notamment le tabac, l’alcool, un indice de masse corporelle élevé, l’inactivité physique, la pollution de l’air, les rayonnements ultraviolets et, pour la première fois dans ce type d’exercice, neuf infections cancérogènes[2].
7,1 millions de cancers liés à des facteurs de risques évitables, principalement dus au tabac, à des infections et à l’alcool
Selon les estimations, environ 7,1 millions des 18,7 millions cas de nouveaux cancers, diagnostiqués dans le monde en 2022, sont attribuables à des facteurs de risque modifiables, soit près de 37 % de l’incidence mondiale. Ces données confirment qu’une part substantielle du fardeau des cancers résulte d’expositions évitables sur lesquelles des politiques de prévention peuvent agir directement.
Le tabac apparaît comme le premier facteur contributif, responsable à lui seul d’environ 15,1 % de l’ensemble des nouveaux cas, soit près de trois millions de cancers. Il demeure le principal déterminant des cancers du poumon, mais contribue également à de nombreuses autres localisations (en particulier cavité buccale, larynx, œsophage, vessie ou pancréas). Les infections oncogènes constituent le deuxième facteur majeur, à l’origine d’environ 10,2 % des cas, notamment via le papillomavirus humain (cancer du col de l’utérus), l’hépatite B et C (cancer du foie) ou Helicobacter pylori (cancer de l’estomac). La consommation d’alcool représente pour sa part environ 3,2 % des diagnostics, avec un rôle établi dans les cancers du foie, du sein, du côlon-rectum et des voies aérodigestives supérieures.
Ces trois facteurs cumulés concentrent ainsi près de la moitié des cancers évitables identifiés. À ceux-ci s’ajoutent le surpoids et l’obésité, la sédentarité, la pollution de l’air, certaines expositions professionnelles et les rayonnements ultraviolets, qui contribuent également de manière significative à la charge globale.
Des disparités marquées selon le sexe et les régions qui soulignent l’importance d’une prévention structurelle
L’analyse met en évidence des écarts significatifs dans la part de cancers attribuables à des facteurs de risques évitables selon le sexe, reflétant des profils d’exposition différenciés et des inégalités de prévention persistantes. En 2022, environ 45,4 % des nouveaux cas diagnostiqués chez les hommes, soit près de 4,3 millions de cancers, étaient liés à des facteurs modifiables, contre 29,7 % chez les femmes, soit environ 2,7 millions de cas. Cette différence s’explique principalement par une exposition plus importante des hommes au tabac et à l’alcool, mais également par certaines expositions professionnelles.
Chez les hommes, le tabagisme constitue, à lui seul, le principal déterminant, représentant environ 23 % des nouveaux cas, suivi des infections (9 %) et de la consommation d’alcool (4 %). Chez les femmes, les infections oncogènes arrivent en tête (environ 11 %), notamment via le papillomavirus humain impliqué dans les cancers du col de l’utérus, devant le tabac (6 %) et le surpoids ou l’obésité (3 %). Ces différences traduisent à la fois des habitudes de consommation, des contextes sociaux et des niveaux d’accès variables aux outils de prévention, tels que la vaccination, le dépistage ou les programmes d’aide à l’arrêt du tabac.
Les disparités régionales sont tout aussi marquées. Chez les femmes, la part de cancers évitables varie d’environ 24 % en Afrique du Nord et en Asie de l’Ouest à 38 % en Afrique subsaharienne. Chez les hommes, elle atteint 57 % en Asie de l’Est, où le poids du tabagisme et de la consommation d’alcool demeure élevé, contre 28 % en Amérique latine et dans les Caraïbes. Ces écarts traduisent des différences d’exposition aux facteurs de risque, mais aussi des inégalités d’accès à la prévention, au dépistage, à la vaccination et aux politiques de santé publique.
Pour les agences sanitaires, ces constats renforcent la nécessité de politiques publiques dites « structurelles », capables d’agir à l’échelle populationnelle plutôt que de reposer uniquement sur des changements individuels de comportement. Il s’agit notamment de renforcer la fiscalité et la réglementation des produits du tabac et de l’alcool, d’étendre la vaccination contre les infections oncogènes, d’améliorer l’accès au dépistage organisé, de réduire les expositions environnementales et professionnelles, et de promouvoir des environnements favorables à l’activité physique et à une alimentation équilibrée. Une telle approche intégrée permettrait non seulement de réduire l’incidence globale des cancers, mais aussi de diminuer les inégalités sociales et de genre face au risque de maladie, tout en préservant les systèmes de santé mis en danger par le poids de ces maladies non transmissibles.
AE
[1] Fink, H., Langselius, O., Vignat, J. et al. Global and regional cancer burden attributable to modifiable risk factors to inform prevention. Nat Med (2026). https://doi.org/10.1038/s41591-026-04219-7
[2] Communiqué de presse, Quatre cas de cancer sur dix pourraient être évités à l’échelle mondiale, OMS, publié le 3 février 2026, consulté le jour-même
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