Pourquoi le prix de certaines cigarettes baisse-t-il en mars ?
19 février 2025
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 17 mars 2025
Temps de lecture : 3 minutes
A compter du 1er mars, certaines marques de cigarettes vont voir leur prix baisser, comme l’indique l’arrêté du 7 février portant sur l’homologation des prix de vente au détail. Cette baisse traduit une politique tarifaire des fabricants, cherchant à maximiser la consommation des produits du tabac, à rebours de leurs nombreuses déclarations publiques[1].
Bien que les pouvoirs publics soient à l’initiative des politiques fiscales, la fixation des prix des produits du tabac est déterminée par les fabricants. L’arrêté du 7 février portant sur l’homologation des prix de vente au détail indique dans cette perspective qu’une quinzaine de marques de cigarettes verront leur prix baisser à compter du 1er mars. Ces diminutions, comprises entre 20 et 25 centimes d’euros, concernent notamment les marques Camel et Winston (Japan Tobacco International) ou King (British American Tobacco).
Maintenir des produits d’appel pour diffuser l’épidémie tabagique
Cette diminution des prix de vente au détail de certaines marques de cigarettes, indépendante d’une décision des pouvoirs publics, renvoie ainsi aux politiques tarifaires de l’industrie du tabac. Cette stratégie vise en particulier à faire de certaines marques des produits d’appel, financièrement plus accessibles, dans l’objectif de demeurer accessibles et attractives pour les consommateurs, à commencer par les plus jeunes et les plus précaires, les principales cibles de l’industrie du tabac. Autrement dit, cette politique tarifaire s’inscrit dans une stratégie de maintien et de diffusion de l’épidémie tabagique, mais également de maximisation du chiffre d’affaires des fabricants. De nombreuses études scientifiques ont à ce jour documenté les pratiques tarifaires de l’industrie, notamment en vue de neutraliser les effets des politiques de santé publique, à commencer par les politiques fiscales[2].
Des pratiques en contradiction avec le discours de l’industrie du tabac
Surtout, la volonté des fabricants de maintenir l’accessibilité des produits du tabac est en contradiction directe avec leur discours public, focalisé depuis plusieurs années sur l’engagement de l’industrie en faveur d’une stratégie globale de « réduction des risques », et sur le rôle des fabricants dans la construction d’un « monde sans fumée ». Ce discours public est notamment bruyamment relayé par le cigarettier British American Tobacco (BAT), comme en atteste sa récente campagne d’affichage illégale sur la façade de l’église de Notre Dame de Lorette, à Paris, titrant « Une France sans tabac, ça vous intéresse ? », alors même que le fabricant cherche par ses pratiques tarifaires à doper la consommation de sa marque King. En réalité, le discours de l’industrie visant à promouvoir les nouveaux produits du tabac et de la nicotine comme des alternatives à risque réduit, qu’il s’agisse des sachets de nicotine ou du tabac à chauffer, vise à deux objectifs principaux. D’une part, renormaliser la consommation du tabac et de la nicotine, et rassurer un consommateur de plus en plus averti sur les risques associés à ces produits, et, d’autre part, obtenir un cadre réglementaire favorable et une fiscalité avantageuse sur l’ensemble de ces produits, et restaurer ses marges bénéficiaires, mises à mal par les politiques de santé publique.
©Génération Sans TabacFT
[1] Journal Officiel, Arrêté du 7 février 2025, (consulté le 17/02/2025)
[2] Sheikh ZD, Branston JR, Gilmore AB, Tobacco industry pricing strategies in response to excise tax policies: a systematic review, Tobacco Control 2023;32:239-250.
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