Plan européen « Safe Hearts » : une nouvelle feuille de route pour la santé cardiovasculaire

4 janvier 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 31 décembre 2025

Temps de lecture : 7 minutes

Plan européen « Safe Hearts » : une nouvelle feuille de route pour la santé cardiovasculaire

Face au poids croissant des maladies cardiovasculaires en Europe, la Commission européenne a présenté le plan « Safe Hearts », une stratégie visant à renforcer la prévention, le dépistage précoce et la prise en charge tout au long de la vie. Ce plan s’inscrit dans une approche intégrée des maladies non transmissibles et entend réduire significativement la mortalité prématurée liée aux pathologies cardiovasculaires. Parmi les déterminants identifiés, le tabac occupe une place centrale, tant par sa contribution au fardeau sanitaire que par les enjeux réglementaires qu’il soulève au niveau européen[1].

Un plan structurant face à la première cause de mortalité en Europe

Les maladies cardiovasculaires constituent la première cause de mortalité dans l’Union européenne, avec environ 1,7 million de décès chaque année. Elles affectent près de 62 millions de personnes et représentent un fardeau sanitaire, marqué par des incapacités chroniques et une altération importante de la qualité de vie. Sur le plan économique, leur coût global est estimé à plus de 280 milliards d’euros par an, incluant les dépenses de soins, les pertes de productivité et les années de travail perdues liées à la morbidité et à la mortalité prématurée. À l’échelle européenne, les écarts de mortalité cardiovasculaire restent particulièrement marqués, avec des taux jusqu’à six fois plus élevés pour certains États membres.

Face à cette situation, la Commission européenne a présenté le plan « Safe Hearts » comme une réponse stratégique visant à structurer l’action européenne sur l’ensemble du continuum de la santé cardiovasculaire. Ce plan s’inscrit dans une perspective de long terme, alors que les projections indiquent une augmentation de près de 90 % de la prévalence des maladies cardiovasculaires entre 2025 et 2050, et une hausse de plus de 70 % du nombre de décès sur la même période en l’absence de mesures renforcées. En s’appuyant sur trois piliers, prévention, dépistage précoce et amélioration de la prise en charge, le plan ambitionne de réduire de 25 % la mortalité cardiovasculaire prématurée d’ici 2035, tout en renforçant l’équité et l’efficience des systèmes de santé européens.

La prévention comme levier prioritaire des politiques publiques

Le plan place la prévention au cœur de la stratégie européenne de lutte contre les maladies cardiovasculaires, en rappelant que près de 80 % de ces pathologies pourraient être évitées par une action efficace sur les facteurs de risque modifiables. Pourtant, la prévention demeure marginale dans les politiques de santé, ne représentant qu’environ 3 à 5 % des dépenses de santé dans la majorité des États membres, alors même qu’elle constitue l’un des investissements les plus coût-efficaces pour réduire durablement la mortalité et la morbidité cardiovasculaires. Dans un contexte de vieillissement de la population et de pression croissante sur les systèmes de santé, le plan souligne la nécessité d’un rééquilibrage structurel en faveur de la prévention.

À cette fin, la Commission européenne recommande le développement ou le renforcement de plans nationaux de santé cardiovasculaire intégrés, fondés sur une approche du parcours de vie et combinant interventions populationnelles et actions ciblées vers les groupes les plus exposés. Ces stratégies doivent s’appuyer sur une action intersectorielle, intégrant notamment les politiques alimentaires, l’activité physique, la réduction des expositions environnementales nocives et la lutte contre les comportements à risque. Le plan insiste également sur l’importance de réduire les inégalités sociales et territoriales de santé, les populations socio-économiquement défavorisées demeurant à la fois plus exposées aux facteurs de risque et moins susceptibles de bénéficier des actions de prévention et de dépistage.

Le renforcement du dépistage et de la détection précoce constitue un autre axe central des recommandations. Le plan souligne que des facteurs de risque majeurs tels que l’hypertension artérielle, l’hypercholestérolémie ou le diabète restent insuffisamment détectés dans une part significative de la population européenne, contribuant à la survenue d’événements cardiovasculaires évitables. Dans cette perspective, la Commission annonce la préparation d’une recommandation du Conseil visant à soutenir la mise en place de bilans de santé cardiovasculaire harmonisés, adaptés aux contextes nationaux, et accompagnés d’actions de sensibilisation destinées à renforcer l’adhésion des citoyens.

Enfin, le plan met en avant le rôle des outils numériques et des données de santé pour améliorer la prévention personnalisée et l’efficacité des politiques publiques. Le développement de systèmes de données interopérables et le recours à des solutions numériques validées devraient permettre une meilleure identification des risques, un suivi plus efficace des populations et une évaluation renforcée des stratégies de prévention. En agissant simultanément sur les déterminants individuels, sociaux et structurels de la santé cardiovasculaire, le plan vise à créer un cadre cohérent et durable permettant de réduire significativement le fardeau cardiovasculaire en Europe, tout en renforçant l’équité et la résilience des systèmes de santé.

Le tabac, un déterminant majeur explicitement identifié

Le tabac est identifié comme l’un des déterminants évitables les plus importants de la santé cardiovasculaire en Europe. Le document rappelle que le tabagisme actif et l’exposition au tabagisme passif sont responsables d’environ 20 % des cardiopathies coronariennes et contribuent de manière significative aux accidents vasculaires cérébraux et à la mortalité prématurée. Même les faibles consommations de tabac induisent des risques cardiovasculaires importants et potentiellement immédiats, une donnée encore largement méconnue. Malgré une baisse progressive de la prévalence du tabagisme au cours de la dernière décennie, plus d’un Européen sur cinq demeure fumeur, avec des taux nettement plus élevés dans les populations socialement défavorisées.

Les données récentes soulignent également des signaux préoccupants chez les jeunes. En 2022, plus d’un adolescent de 15 ans sur six déclarait avoir fumé des cigarettes au cours du mois précédant l’enquête. Parallèlement, l’usage des cigarettes électroniques a connu une augmentation marquée, avec une progression estimée à plus de 40 % au cours des dernières années, soulevant des inquiétudes quant à l’installation précoce d’une dépendance nicotinique. Le plan met en évidence que près d’un jeune consommateur de produits nicotiniques sur cinq a débuté par la cigarette électronique, confirmant le risque de trajectoires d’usage multiples et durables.

Dans ce contexte, le plan souligne l’efficacité démontrée des politiques de contrôle du tabac. Environ 40 % de la baisse du tabagisme observée dans l’Union européenne au cours de la dernière décennie est attribuée aux politiques de taxation. La Commission européenne rappelle ainsi le rôle central de la fiscalité et de la réglementation dans la réduction des risques cardiovasculaires liés au tabac, tout en soulignant la nécessité d’adapter le cadre législatif aux évolutions rapides du marché des produits du tabac et de la nicotine. En intégrant pleinement le tabac et les nouveaux produits nicotiniques dans sa stratégie cardiovasculaire, le plan confirme que la lutte contre le tabagisme demeure un levier essentiel pour réduire durablement la mortalité cardiovasculaire, les inégalités de santé en Europe et soulager les systèmes de santé à bout de souffle.

©Génération Sans Tabac

AE


[1] Communiqué, A Milestone for Cardiovascular Health in Europe: The EU Safe Hearts Plan, World Heart Federation, publié le 19 décembre 2025, consulté le 29 décembre 2025

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