Pays-Bas : Snapchat mis en cause pour ventes illégales de vapes aux mineurs
28 août 2025
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 29 août 2025
Temps de lecture : 6 minutes
Aux Pays-Bas, plusieurs organisations de santé et des médecins spécialistes alertent sur la persistance d’un marché parallèle de cigarettes électroniques et de sachets de nicotine via Snapchat, particulièrement accessible aux adolescents[1]. La plateforme s’est engagée début août à renforcer ses dispositifs : meilleure détection de l’argot et des emojis déguisant les produits, blocage de comptes, filtres pour adolescents et contrôles parentaux. Cependant, une enquête de terrain a révélé qu’aucune amélioration concrète n’était visible : le nombre de comptes revendeurs identifiés est resté stable — voire légèrement supérieur après l’annonce des promesses de Snapchat.
Dès le mois de juin 2025, des médecins du Leiden University Medical Center (LUMC) et de l’hôpital Antoni van Leeuwenhoek, soutenus par la fondation Youth Smoking Prevention (Stichting Rookpreventie Jeugd) ainsi que plusieurs associations de santé, ont adressé une lettre de mise en demeure à Snapchat, exigeant une action concrète contre la vente illégale de vapes aromatisées — désormais interdites aux Pays-Bas — vers les mineurs.
Un constat alarmant : les jeunes exposés à un marché illégal actif
L’enquête conduite à l'aide d'un panel de quinze adolescents de 13 à 18 ans met en évidence la facilité avec laquelle les mineurs peuvent accéder à des revendeurs de produits nicotiniques via Snapchat. Les jeunes participants ont été invités à rechercher différents termes liés aux cigarettes électroniques et aux sachets de nicotine, y compris les mots de substitution et les emojis utilisés par les revendeurs pour contourner les filtres.
Les résultats sont sans appel : avant comme après la mise en place des mesures annoncées par Snapchat en août, chaque adolescent a pu identifier en moyenne plus de cinquante comptes proposant des ventes illégales. Les dispositifs de blocage de certains mots-clés (« vape », « cigarette ») se révèlent insuffisants face à l’inventivité des vendeurs, qui recourent à des codes linguistiques ou visuels évolutifs. Des termes d’argot comme snabba ou gerroes, ou encore de simples icônes comme un nuage ou une cigarette, permettent toujours de trouver rapidement des profils de revendeurs[2].
Les échanges réalisés par le panel confirment qu’il ne s’agit pas de profils fictifs : dans la majorité des cas testés, les vendeurs ont répondu et proposé des produits concrets. Certains mettent en avant des cigarettes électroniques jetables à très forte capacité — jusqu’à 60 000 bouffées — représentant une dose massive de nicotine. D’autres proposent des sachets aromatisés ou même des produits associés au cannabis. Snapchat reste ainsi un canal actif de diffusion de produits hautement addictifs et illégaux auprès des mineurs, alimentant un marché parallèle échappant au contrôle des autorités sanitaires.
Des risques sanitaires majeurs pour les mineurs
L’accessibilité de produits nicotiniques via Snapchat soulève de graves préoccupations sanitaires. L’adolescence constitue une période de vulnérabilité particulière face aux substances addictives : le cerveau en développement est plus sensible aux effets de la nicotine, ce qui entraîne une dépendance rapide et durable. Dès les premières consommations, le risque d’addiction est élevé, avec des conséquences qui s’installent souvent à long terme.
Au-delà de la dépendance, la nicotine exerce des effets délétères sur le système cardiovasculaire et pulmonaire, accroissant la probabilité de maladies chroniques ultérieures. Les dispositifs saisis dans l’enquête — vapes à 50 000 ou 60 000 bouffées — illustrent l’ampleur de l’exposition, équivalente pour ce qui concerne la nicotine à des dizaines de paquets de cigarettes traditionnelles, concentrés en un seul produit.
Les conséquences touchent également la sphère cognitive et psychologique : diminution des capacités de concentration, troubles de la mémoire, augmentation de l’anxiété et des symptômes dépressifs. L’usage de nicotine à l’adolescence peut aussi agir comme porte d’entrée vers d’autres substances, accentuant le risque d’une spirale de consommation. Enfin, l’attractivité des produits aromatisés ou sucrés contribue à masquer la dangerosité de la nicotine, renforçant l’attrait auprès des plus jeunes et banalisant leur expérimentation.
Entre défense de Snapchat et nécessité d’une réponse réglementaire
Face aux critiques, Snapchat affirme avoir investi dans des technologies de détection, avoir interdit la publicité pour les produits de vapotage et avoir mis en place des filtres pour limiter l’accès des mineurs. L’entreprise insiste sur le fait que les trafiquants adaptent sans cesse leurs méthodes, et rappelle qu’elle ne peut pas surveiller les communications privées sans enfreindre le droit européen.
Ces arguments n’ont toutefois pas convaincu les organisations de santé. Pour elles, les résultats du panel montrent que les engagements de Snapchat ne produisent aucun effet concret et que la plateforme contrevient à ses obligations prévues par le règlement européen sur les services numériques (Digital Services Act). Ce texte impose en effet aux plateformes de prendre des mesures efficaces et proportionnées pour limiter la diffusion de contenus et d’activités illicites, en particulier lorsqu’ils concernent la protection des mineurs.
C’est sur cette base que la fondation Youth Smoking Prevention et ses partenaires ont saisi l’Autorité néerlandaise de la consommation et des marchés (ACM). Ils demandent que l’organisme fasse appliquer la loi et impose des mesures contraignantes à Snapchat dans ce domaine. Pour les professionnels de santé, il en va de la crédibilité du cadre réglementaire européen et, surtout, de la protection des enfants et adolescents face aux stratégies de l’industrie du tabac et de la nicotine.
AE
[1] Doctors issue enforcement request against Snapchat for vape dealers, Tabaknee, publié le 27 août 2025, consulté le jour-même
[2] Snapchat still failing to stop illegal vape sales to Dutch teens, Dutch News, publié le 27 août 2025, consulté le jour-même
Comité national contre le tabagisme |