Panorama de la santé 2025 : entre avancées systémiques et menaces évitables

3 décembre 2025

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 3 décembre 2025

Temps de lecture : 10 minutes

Panorama de la santé 2025 : entre avancées systémiques et menaces évitables

L’édition 2025 du Panorama de la santé publiée par l’OCDE[1] dresse un état des lieux nuancé de la santé dans les pays membres. Si l’espérance de vie progresse de nouveau après la pandémie, les comportements à risque (tabagisme, alcool, obésité) demeurent des déterminants majeurs de mortalité prématurée. Le rapport souligne que près de 3 millions de décès auraient pu être évités en 2023 au sein de l’OCDE grâce à une prévention renforcée et à un meilleur accès aux soins. Malgré les améliorations observées dans la qualité des soins et l’efficacité des systèmes hospitaliers, la pression reste forte sur les systèmes de santé, notamment du fait de l’augmentation des maladies chroniques et du vieillissement de la population.

Les indicateurs présentés proviennent des Statistiques de l’OCDE sur la santé 2025. Ils reposent sur les données nationales les plus récentes disponibles (principalement 2023 pour les indicateurs de santé, 2022 pour certaines données comportementales). Les résultats permettent une comparaison homogène entre pays membres de l’OCDE, grâce à des méthodes de standardisation par âge ou de pondération démographique. Les analyses couvrent l’état de santé, les facteurs de risque, l’accès et la qualité des soins, ainsi que les ressources des systèmes de santé.

Tabac, alcool, obésité : des facteurs de risque qui pèsent fortement sur la santé des populations

Le Panorama de la santé 2025 montre que les comportements à risque restent un déterminant majeur de morbidité et de mortalité évitable dans l’ensemble de l’OCDE. Le tabac demeure le principal facteur de risque associé aux cancers, aux maladies cardiovasculaires et aux pathologies respiratoires. Certains pays conservent des niveaux particulièrement élevés de tabagisme quotidien : la Grèce, la Hongrie ou la Lettonie dépassent encore les 20 %, contrairement à des pays comme le Royaume-Uni, l’Australie ou la Suède où la prévalence est nettement plus basse. À l’échelle de l’OCDE, la moyenne s’établit à 14,8 % de fumeurs quotidiens, mais la montée du vapotage chez les jeunes, observée notamment au Canada, aux États-Unis et en Nouvelle-Zélande, modifie les comportements nicotiniques et appelle à une vigilance accrue.

L’alcool constitue un autre facteur de risque majeur. Les pays d’Europe centrale et occidentale affichent certains des niveaux les plus élevés, avec des consommations annuelles dépassant les 12 litres d’alcool pur par habitant en Autriche, en République tchèque ou en Allemagne, bien au-dessus de la moyenne OCDE de 8,5 litres. Ces consommations alimentent significativement la mortalité évitable : maladies cardiovasculaires, cancers, cirrhoses, accidents graves ou violences. À l’inverse, la Turquie, Israël ou le Mexique figurent parmi les pays où la consommation est la plus faible.

L’obésité, enfin, continue de progresser dans la quasi-totalité des États de l’OCDE. Les taux dépassent 30 % dans des pays comme les États-Unis, le Chili ou le Canada, tandis que d’autres pays d’Europe du Nord - le Danemark, la Norvège ou les Pays-Bas -conservent des niveaux plus bas. En moyenne, 19 % des adultes des pays membres présentent une obésité (IMC ≥ 30). L’activité physique insuffisante constitue un facteur aggravant : environ 30 % des adultes déclarent ne pas pratiquer de niveau d’activité suffisant, un phénomène particulièrement marqué dans la Corée du Sud ou le Portugal, tandis que des pays comme la Suisse ou l’Islande se situent parmi les plus actifs.

Dans l’ensemble, l’OCDE estime que la combinaison de ces facteurs (tabac, alcool, sédentarité, alimentation déséquilibrée) explique une part substantielle des mortalités prématurées évitables, justifiant l’importance d’intensifier les politiques de prévention et de réduction des risques.

Des systèmes de santé globalement performants mais encore inégaux

La majorité des pays de l’OCDE ont enregistré des progrès significatifs en matière de prise en charge médicale, en particulier pour les soins aigus. Les taux de survie à 30 jours après un infarctus du myocarde ou un accident vasculaire cérébral se sont améliorés dans des pays comme le Japon, la Norvège ou les Pays-Bas, où la coordination des soins d’urgence et la disponibilité d’unités spécialisées sont particulièrement efficaces. Ces avancées reflètent également l’impact positif des investissements technologiques, notamment dans l’imagerie médicale et les dispositifs de surveillance clinique, qui ont permis de renforcer la capacité des hôpitaux à intervenir rapidement.

Cette amélioration se retrouve également dans les niveaux de satisfaction exprimés par la population : les pays scandinaves, comme le Danemark et la Suède, affichent des taux proches de 90 % concernant la disponibilité de soins de qualité, contre une moyenne de 64 % au sein de l’OCDE. Dans ces États, la forte implantation de centres de soins primaires et le recours étendu au dossier médical électronique facilitent l’accès aux services et la continuité des soins.

Cependant, ces résultats positifs contrastent fortement avec les inégalités persistantes observées au sein même des pays. Les États où les restes à charge demeurent élevés voient apparaître un renoncement aux soins particulièrement marqué. C’est le cas de la Grèce ou du Portugal, où plus de 8 % de la population déclare avoir dû renoncer à des soins nécessaires, faute de moyens ou face à des délais trop longs. À titre de comparaison, ce taux descend sous la barre des 2 % dans des pays comme l’Allemagne ou les Pays-Bas, où la protection financière est plus solide.

Les disparités territoriales constituent un autre enjeu majeur. Dans plusieurs pays, dont le Canada, l’Australie et les États-Unis, l’accès aux soins est fortement limité dans les régions rurales ou éloignées, où les effectifs de médecins et d’infirmiers restent très inférieurs aux moyennes nationales. À l’inverse, des pays comme la Finlande ou la Corée du Sud ont mis en place des stratégies ciblées de déploiement de professionnels dans les zones sous-denses, réduisant progressivement ces écarts.

En parallèle, la disponibilité de soins de longue durée demeure très contrastée. Alors que les Pays-Bas et la Suède comptent plus de 10 travailleurs du secteur pour 100 personnes âgées de 65 ans et plus, des pays comme la France, l’Espagne ou l’Italie restent largement en dessous, ce qui complique la prise en charge du vieillissement démographique et augmente la pression sur les familles et les hôpitaux.

Enfin, malgré le consensus sur l’importance de la prévention, elle continue d’être sous-dotée dans la plupart des pays. Si la Nouvelle-Zélande et le Royaume-Uni consacrent des budgets plus importants aux programmes de dépistage, d’accompagnement nutritionnel et de lutte contre les addictions, la majorité des États de l’OCDE maintient un niveau d’investissement inférieur à 3 % des dépenses de santé, nourrissant un recours croissant aux soins curatifs. Cette faiblesse structurelle, combinée à des pénuries de personnel dans certains secteurs critiques, perpétue les inégalités et freine la réduction des maladies évitables.

France : un profil contrasté et des données nationales plus encourageantes sur le tabagisme

Le portrait de la France apparaît contrasté : le pays présente plusieurs indicateurs de santé globalement favorables, mais demeure exposé à des facteurs de risque élevés, en particulier en matière de tabac et d’alcool. Selon les données comparatives utilisées par l’OCDE, la prévalence du tabagisme quotidien en France atteint 23,1 % de la population adulte, un niveau nettement supérieur à la moyenne de l’OCDE (14,8 %) et qui place le pays parmi ceux où le poids du tabac reste structurellement élevé. Cette estimation, fondée sur des données antérieures, ne reflète toutefois pas les évolutions les plus récentes : selon le Baromètre de Santé publique France 2024, le tabagisme quotidien a reculé de manière historique, pour atteindre 17,4 %, soit son plus bas niveau depuis plus de deux décennies. Cette progression, imputée aux politiques publiques menées depuis 2016 - hausse régulière des taxes, paquet neutre, campagnes nationales, renforcement des espaces sans tabac, prise en charge des traitements de l’arrêt du tabac - constitue un signal particulièrement encourageant pour la santé publique française.

Le rapport relève également un niveau de consommation d’alcool supérieur à la moyenne internationale, avec 10,4 litres d’alcool pur par habitant, contre 8,5 litres en moyenne dans l’ensemble de l’OCDE. Cette donnée confirme que l’alcool représente, au même titre que le tabac, un déterminant majeur des maladies évitables en France, notamment des cancers et des maladies du foie. L’OCDE souligne toutefois que la France présente de meilleures performances que la moyenne sur d’autres indicateurs comportementaux : la prévalence de l’obésité autodéclarée n’y est que de 14 %, contre 19 % dans l’OCDE, et la part d’adultes déclarant un manque d’activité physique est plus faible (27 % contre 30 %). La qualité de l’air demeure également légèrement meilleure que la moyenne, avec une exposition aux particules fines (PM2.5) évaluée à 9,5 µg/m³, contre 11,2 µg/m³ dans la zone OCDE.

En matière d’état de santé, la France se distingue favorablement : l’espérance de vie atteint 83 ans, soit près de deux ans au-dessus de la moyenne de l’OCDE. La mortalité évitable y est plus faible (114 décès pour 100 000 habitants, contre 145 en moyenne), et la mortalité évitable par traitement est également mieux maîtrisée (48 pour 100 000, contre 77 dans l’OCDE). Ces performances reflètent l’efficacité du système de soins, largement accessible grâce à une couverture quasi universelle et à un niveau élevé de protection financière : 84 % des dépenses de santé sont prises en charge par des régimes obligatoires, contre 75 % dans l’OCDE.

Le rapport met toutefois en lumière certaines fragilités, notamment un renoncement aux soins légèrement supérieur à la moyenne et une satisfaction vis-à-vis de la disponibilité des services de qualité moins élevée que dans d’autres pays européens. Enfin, le nombre de professionnels du secteur des soins de longue durée reste insuffisant au regard du vieillissement de la population, ce qui constitue un enjeu croissant pour les années à venir.

Ainsi, si la France présente un profil actuellement globalement favorable lorsqu’il s’agit de santé et d’accès aux soins, ce système protecteur semble aujourd’hui pour partie remis en cause. En outre, le pays reste marqué par un niveau historiquement élevé de consommation de tabac et d’alcool. Les données nationales récentes montrent néanmoins une amélioration significative - en particulier sur le tabagisme - confirmant l’impact des politiques publiques de lutte contre le tabac et l’importance de poursuivre les efforts engagés pour réduire durablement les addictions et les maladies évitables.

©Génération Sans Tabac

AE


[1] OCDE (2025), Panorama de la santé 2025 : Les indicateurs de l'OCDE, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/2f564c6c-fr

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