Lutte antitabac : une priorité de la prochaine réunion de l’ONU sur les maladies non transmissibles
4 juin 2025
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 2 juin 2025
Temps de lecture : 5 minutes
Alors que se profile la 4e Réunion de haut niveau des Nations Unies sur les maladies non transmissibles (MNT), prévue en septembre 2025 à New York, les acteurs de la lutte antitabac appellent à renforcer les engagements internationaux. Le projet de déclaration politique (« Zero Draft »), en cours de négociation, constitue une opportunité décisive pour faire avancer la mise en œuvre de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT), vingt ans après son adoption.
Une cible mondiale ambitieuse : 150 millions de fumeurs en moins d’ici 2030
Le tabac est aujourd’hui responsable de plus de 8 millions de décès chaque année dans le monde, dont une large part pourrait être évitée. Il constitue l’un des principaux facteurs de risque des maladies chroniques telles que les cancers, les maladies cardiovasculaires, les accidents vasculaires cérébraux et les pathologies respiratoires. Le Zero Draft rappelle que 1,3 milliard de personnes consomment encore du tabac dans le monde et fixe un objectif mondial ambitieux : réduire de 150 millions le nombre de fumeurs d’ici 2030. Cette cible s’inscrit dans une stratégie plus large visant à réduire d’un tiers la mortalité prématurée liée aux MNT d’ici 2030, conformément à l’Objectif de développement durable 3.4, et à mettre en œuvre pleinement la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT), citée dans l’ODD 3.a.
Un appel à renforcer les mesures de santé publique
Pour atteindre ces objectifs, les États sont appelés à accélérer l’application des mesures les plus efficaces en matière de réduction de la demande. Le projet de déclaration appelle notamment à généraliser les avertissements sanitaires graphiques et le paquet neutre sur les produits du tabac, à interdire toute forme de publicité, de promotion ou de parrainage, y compris dans les environnements numériques, et à garantir la protection des citoyens contre l’exposition à la fumée dans tous les lieux publics fermés, les espaces professionnels et les transports. Une attention particulière est portée à la fiscalité : le texte recommande que d’ici 2030, au moins 80 % des pays appliquent une taxation du tabac conforme aux recommandations de l’OMS, soit une taxation représentant au minimum 75 % du prix de vente au détail. Le Zero Draft appelle également à une réglementation plus stricte des nouveaux produits de la nicotine, en particulier les dispositifs électroniques de vapotage souvent promus auprès des jeunes comme des produits inoffensifs ou de substitution.
Une approche intégrée de la santé, de la justice sociale et du développement
La lutte antitabac est également inscrite dans une perspective plus large de justice sociale et de développement durable. Le projet de déclaration souligne que les MNT et leurs facteurs de risque affectent de manière disproportionnée les populations les plus pauvres et les plus vulnérables. Il reconnaît l’impact du tabagisme sur les inégalités de santé, notamment en milieu urbain, dans les États insulaires, chez les jeunes, les femmes et les personnes vivant dans des contextes de crise ou d’instabilité économique. L’intégration des services de sevrage tabagique dans les soins de santé primaires est présentée comme une priorité, de même que le renforcement des programmes d’information et de prévention à destination du grand public, notamment des enfants et des adolescents, dans les établissements scolaires et communautaires.
Mieux encadrer les déterminants commerciaux de la santé
Le texte appelle également à mieux prendre en compte les déterminants commerciaux de la santé. Bien que cette notion ne soit pas explicitement formulée dans la version actuelle du Zero Draft, elle est largement évoquée à travers les recommandations relatives à la fiscalité, à la réglementation du marketing, à la lutte contre la désinformation et à la nécessité de créer des environnements favorables à la santé. Le rapport du Secrétaire général des Nations Unies publié en janvier 2025 (A/79/762) insiste pourtant sur ces déterminants. Celui-ci souligne combien les stratégies commerciales et les pratiques des grandes industries, notamment du tabac, constituent des freins majeurs aux progrès sanitaires. Dans cette perspective, la Global Alliance for Tobacco Control (GATC) appelle à inclure explicitement dans la version finale de la déclaration des engagements visant à encadrer les pratiques commerciales nocives et à protéger les politiques de santé publique des intérêts industriels.
Protéger les politiques publiques de l’influence de l’industrie
La question de l’ingérence de l’industrie du tabac fait également partie des préoccupations majeures. Bien que l’article 5.3 de la CCLAT ne soit pas explicitement nommé dans le texte actuel, la nécessité de garantir la transparence des politiques publiques et de prévenir les conflits d’intérêts est clairement affirmée. La GATC plaide pour que la version finale du texte inclue un engagement précis à mettre en œuvre cet article, afin de protéger les processus décisionnels contre l’influence directe ou indirecte des fabricants de produits du tabac et de nicotine.
Enfin, le projet pointe la nécessité d’un financement durable pour atteindre les cibles fixées. Il encourage les États à augmenter les ressources budgétaires allouées à la lutte contre les MNT, à travers une meilleure gouvernance financière et des taxes ciblées sur les produits nocifs comme le tabac. Il invite également les bailleurs internationaux, notamment le Fonds mondial, à soutenir les politiques de prévention, dont celles axées sur la lutte antitabac. L’objectif est clair : faire en sorte qu’au moins 80 % des pays disposent d’un système de santé couvrant les soins, les diagnostics et les médicaments liés aux MNT d’ici 2030.
AE
Comité national contre le tabagisme |