Lutte antitabac : le Royaume-Uni s’apprête à franchir un cap historique
12 mars 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 11 mars 2026
Temps de lecture : 5 minutes
Au Royaume-Uni, les deux chambres du Parlement ont approuvé ces derniers jours le projet de loi visant à interdire la vente de produits du tabac à toute personne née à partir de 2009. S’il reste d’autres étapes avant l’adoption définitive de la loi, le Royaume-Uni devrait être l’un des premiers pays du monde à mettre cette mesure en place.
La vente de tabac interdite pour toute personne née à partir de 2009
Le projet de loi vise à interdire la vente de produits contenant du tabac ou à base d’herbe à fumer, ainsi que la vente de papier à cigarettes à toute personne née à partir du 1er janvier 2009[1]. A travers une interdiction générationnelle, cette mesure permettrait de facto au Royaume-Uni de sortir progressivement du tabagisme. Les produits de la nicotine, comme les cigarettes électroniques, ne sont toutefois pas compris dans la mesure. Approuvé en troisième lecture par la Chambre des Lords et la Chambre des communes, le texte doit désormais faire l’objet d’un accord final entre les deux chambres pour recevoir la « sanction royale » (Royal assent), et ainsi être définitivement adopté comme loi. Après les Maldives, le Royaume-Uni serait l’un des premiers pays au monde à mettre en œuvre cette mesure de santé publique. En Nouvelle-Zélande, l’interdiction générationnelle avait été adoptée en 2022, avant d’être abrogée en 2024, à la suite d’un changement de majorité plus perméable à l’influence de l’industrie du tabac.
Une proposition de loi française inscrite dans le même objectif
En France, une proposition de loi similaire est portée par le député Nicolas Thierry (Écologiste et social) et l’alliance Contre-Feu, réunissant les acteurs de la société civile impliqués dans la lutte contre le tabagisme[2]. Déposé en novembre 2025, le texte souhaite interdire la vente de tout produit du tabac aux personnes nées à partir de 2014, visant un objectif de génération sans tabac pour 2032. Pour l’heure, la proposition de loi a recueilli la signature de 35 parlementaires français.
Le tabagisme en forte diminution au Royaume-Uni
La proposition de loi du Royaume-Uni s’inscrit dans un contexte général de forte diminution du tabagisme depuis plusieurs années. Selon les données publiques disponibles, la prévalence tabagique chez les 16 ans et plus s’établissait en 2025 à 16,6 %, contre 24,8 % en 2007[3]. Sur la même période, la prévalence de la consommation quotidienne de cigarettes a été divisée par deux, passant de 21,5 % à 10,6 %. Il est également intéressant de noter que plus d’un tiers des fumeurs du Royaume-Uni ont cherché en 2025 à stopper leur consommation de tabac, parmi lesquels 28,6 % ont indiqué avoir réussi, soit près d’un million de personnes. Les données montrent par ailleurs que les jeunes adultes sont davantage susceptibles de s’engager dans un processus de sevrage tabagique, puisque plus de 44 % des 18-24 ans fumeurs indiquent avoir cherché à cesser leur consommation au cours de l’année 2025.
Un cadre réglementaire renforcé pour les produits de la nicotine
Si la proposition de loi ne prévoit pas d’interdiction générationnelle pour les autres produits de la nicotine, les deux chambres ont approuvé la nécessité de renforcer la réglementation concernant ces nouveaux produits.
En particulier, la loi prévoit d’interdire la publicité pour l’ensemble des produits de la nicotine, à l’instar des cigarettes électroniques et des sachets de nicotine. Dans un objectif de réduction de l’attractivité, notamment auprès des jeunes, la proposition de loi donne au gouvernement la possibilité de limiter les arômes autorisés pour les cigarettes électroniques, de fixer des plafonds pour la concentration nicotinique, ou encore d’imposer des règles concernant la présentation et l’emballage des produits. L’adoption de la loi se traduirait en outre par l’interdiction de distribution gratuite de cigarettes électroniques ou leur vente dans des distributeurs automatiques, ainsi que par l’interdiction pour les adultes d’effectuer des achats pour des mineurs. Le texte vise également à adopter un système de licence pour la vente des produits du tabac et de la nicotine, et à renforcer les contrôles auprès des débitants. Enfin, le texte souhaite l’extension des lieux où la consommation de ces produits est interdite, prévoyant toutefois une distinction entre les produits du tabac classiques, le tabac à chauffer et les cigarettes électroniques.
Une taxe sur le vapotage à partir de l’automne 2026
À partir du 1er octobre 2026, le Royaume-Uni introduira une taxe sur les produits du vapotage, appliquée aux liquides contenant de la nicotine[4]. La taxe est fixée à 2,20 livres par millilitre de liquide, quelle que soit la teneur nicotinique de ce dernier (2,55 euros). La mise en place de cette mesure, décidée par le gouvernement britannique dans le cadre du projet de loi de finances, devrait rapporter 135 millions de livres de recettes supplémentaires en 2026-2027, et plus de 400 millions à partir des années suivantes. Selon le gouvernement, l’introduction de cette taxe vise à encourager les gros consommateurs à réduire leur consommation, tout en maintenant le vapotage plus accessible que les produits du tabac.
FT
[1] UK Parliament, Tobacco and Vapes Bill, 10/03/2026, (consulté le 11/03/2026)
[2] Assemblée nationale, Proposition de loi n°2101 pour une génération sans tabac, 18/11/2025, (consulté le 11/03/2026)
[3] Smoking in England, Top-line findings on smoking in England from the Smoking Toolkit Study, 11/03/2026, (consulté le jour-même)
[4] London loves business, UK to introduce £2.20 flat-rate Vaping Products Duty from October 2026, 10/03/2026, (consulté le 11/03/2026)
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