L’OMS exhorte la Grèce à renforcer sa lutte contre le tabagisme et réglementer les nouveaux produits
20 mars 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 20 mars 2026
Temps de lecture : 4 minutes
Alors que le tabagisme recule progressivement chez les adultes en Grèce, la situation évolue dans le sens inverse chez les jeunes. Selon de nouvelles données, le pays fait désormais partie des rares en Europe où l’usage de cigarettes traditionnelles et de cigarettes électroniques augmente chez les adolescents[1]. Dans ce contexte inquiétant, l’OMS invite le pays à appliquer les dispositions de sa Convention-cadre pour la lutte antitabac, à réglementer les nouveaux produits et à rejeter l’influence de l’industrie du tabac et de la nicotine.
Une prévalence tabagique élevée associée à une hausse du vapotage et de l’usage des sachets de nicotine
Les résultats de l’Enquête européenne en milieu scolaire sur l'alcool et les autres drogues (ESPAD) montrent une progression marquée de la consommation de nicotine chez les jeunes de 16 ans. En 2019, 43 % d’entre eux déclaraient avoir déjà utilisé une cigarette classique ou électronique. En 2024, cette proportion atteint 54 %.
Parallèlement, la prévalence du tabagisme classique chez les adultes reste élevée, autour de 30 %, soit le deuxième pire score européen derrière la Bulgarie, mais suit une tendance à la baisse. Chez les adolescents, en revanche, la consommation progresse, notamment sous l’effet de la normalisation de nouveaux produits à base de nicotine.
Au total, une enquête nationale de Metron Analysis a révélé qu’environ 37 % des Grecs consomment un produit de la nicotine, que ce soient des cigarettes, cigarettes électroniques ou du tabac chauffé[2].
Selon la médecin-oncologue Zenia Saridaki, les adolescents qui vapotent ont environ trois fois plus de risques de commencer à fumer des cigarettes classiques plus tard. D’après la même enquête de Metron Analysis, 3 % des personnes interrogées étaient non-fumeuses avant de commencer la cigarette électronique.
Des politiques publiques insuffisantes
Selon João Breda, chef du Bureau de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour la qualité des soins et la sécurité des patients à Athènes, les politiques actuelles de lutte contre le tabac demeurent souvent trop faibles et inappliquées.
À cela s’ajoute l’absence de réglementation protectrice concernant les nouveaux produits mis sur le marché. Ces derniers ne seraient pas concernés par les politiques de taxation, d’interdiction de la publicité ou d’apposition d’avertissements sanitaires efficaces.
Or, souligne l’organisation, des stratégies marketing offensives sont déployées par les fabricants visant spécifiquement les adolescents : arômes sucrés ou fruités rappelant des confiseries, promotion sur les réseaux sociaux et les plateformes de jeux vidéo, ainsi que des appareils au design discret évoquant davantage des gadgets électroniques que des produits du tabac.
Pour Zenia Saridaki, la nicotine a ainsi été reconfigurée dans l’espace numérique comme un produit moderne et relativement inoffensif. La visibilité de ces pratiques sur les réseaux sociaux contribuerait à rendre le vapotage socialement acceptable auprès des jeunes.
L’OMS appelle la Grèce à renforcer sa réglementation et à se protéger de l’influence du lobby tabac
Pour réduire la consommation chez les jeunes, l’agence mondiale appelle à l’application forte des dispositions du traité que le pays a ratifié. En outre, l’organisation recommande d’adopter des dispositions équivalentes pour prévenir la consommation des cigarettes électroniques et autres produits à la nicotine qui auraient été autorisés sur le marché.
Les experts estiment toutefois que l’efficacité de ces mesures dépendra avant tout de leur mise en œuvre effective, ainsi que d’une sensibilisation et coordination accrue dans le cadre d’une stratégie d’ensemble, avec un objectif clair de réduction de la prévalence.
Enfin, comme pour les autres pays, l’OMS a appelé à pleinement mettre en œuvre l’article 5.3 de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT) afin de protéger les politiques de santé publique contre toute ingérence de l’industrie du tabac. Cette problématique concerne particulièrement la Grèce : le lobbyisme pro-tabac et nouveaux produits est très insistant dans ce pays et tente notamment d’affaiblir les politiques de santé de la Grèce et des autres pays – comme la politique de « génération sans tabac » du Royaume-Uni, la révision des directives européennes sur les produits du tabac ou même les négociations internationales entre Parties lors des COP.
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[1]Tasos Kokkinidis, Vaping and Smoking Surge Among Greek Youth, GreekReporter, publié le 16 mars 2026, consulté le même jour
[2]Giorgos Sakkas, Smoking in Greece: High Rates, Shifting Habits, Tovima.com, publié le 3 mars 2026, consulté le 16 mars 2026