L’industrie du tabac et de la nicotine cible les professionnels de santé, notamment les dentistes

13 juillet 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 9 juillet 2026

Temps de lecture : 5 minutes

L’industrie du tabac et de la nicotine cible les professionnels de santé, notamment les dentistes

Un article publié par le Groupe de recherche sur la lutte antitabac (TCRG), qui fait partie du Centre pour la santé publique du XXIe siècle de l'Université de Bath, met en évidence la manière dont l'industrie du tabac et de la nicotine cherche à collaborer avec les professionnels dentaires dans le cadre d’une stratégie plus large visant à promouvoir ses nouveaux produits et influencer la perception du public[1].

Pourquoi la dentisterie est visée par les industriels

Face à la baisse mondiale du tabagisme classique, les cigarettiers ne se contentent plus de vendre des cigarettes mais développent aussi des produits comme le tabac chauffé, les cigarettes électroniques et les sachets de nicotine, en les présentant comme des options de « réduction des risques ». Cette stratégie s’accompagne d’actions de communication de plus en plus tournées vers les professionnels de santé, à travers des webinaires, des événements de formation, des publications spécialisées ou des partenariats de recherche.

Philip Morris aurait par exemple organisé ou sponsorisé des webinaires, en plus d’articles de magazines et de podcasts, destinés à des professionnels dentaires en Allemagne, avec une mise en avant de produits alternatifs comme solutions possibles pour les fumeurs. Au Japon, des stratégies similaires ont été menées auprès des professionnels de santé dans le cadre d'efforts plus larges visant à renforcer la crédibilité des produits du tabac chauffé IQOS de Philip Morris. Cette proximité soulève des enjeux d’indépendance des soignants face à des acteurs dont l’intérêt commercial est directement lié à la consommation de nicotine.

Les dentistes occupent une position stratégique, puisque ces derniers voient régulièrement les patients et délivrent souvent des conseils de prévention très écoutés. Pour l’industrie, ce public professionnel est donc particulièrement utile pour donner de la crédibilité à des messages sur les produits nicotiniques dits « nouvelle génération ».

La prévention bucco-dentaire et la promotion du sevrage tabagique s’inscrivent naturellement dans le champ d’action des équipes dentaires, ce qui rend la frontière entre conseil médical et message commercial plus facile à brouiller. C’est précisément ce glissement que dénoncent les auteurs, en rappelant que la rhétorique de la « réduction des risques » peut servir des intérêts industriels avant de servir la santé publique.

Plus globalement, cette proximité des fabricants de tabac avec des dentistes pointe une stratégie récurrente visant à diviser les acteurs de santé et à mettre en avant des professionnels de la santé, qui reprendraient leurs arguments et constitueraient ainsi une caution scientifique en appui de leurs actions de lobby et de réglementation favorable.

Une instrumentalisation de la notion de « réduction des risques » à des fins commerciales

Les auteurs citent la position de la FDI World Dental Federation, selon laquelle les professionnels bucco-dentaires ne devraient pas recommander les cigarettes électroniques ou le tabac chauffé comme substituts au tabac classique ni comme outils de sevrage, faute de preuve suffisante de sécurité. En revanche, des traitements validés existent et nécessiteraient d’être prescrits par ces professionnels de santé dans le cadre de la prise en charge de leurs patients ou à des fins de prévention. Autrement dit, l’enjeu n’est pas seulement scientifique mais aussi éthique, car il concerne la confiance accordée aux messages de prévention.

Une question de fiabilité, d’indépendance et de transparence

L’étude rappelle que selon l’OMS, il existe un conflit fondamental et irréconciliable entre les intérêts de l’industrie du tabac et les objectifs de santé publique. Les auteurs estiment donc qu’il faut maintenir une séparation nette entre les activités professionnelles de santé et les initiatives soutenues par les cigarettiers. Les chercheurs signalent que les organismes professionnels ont ainsi un rôle important à jouer pour fixer des règles claires sur les financements, les formations continues et les partenariats éventuels avec un rejet pur et simple de tout lien direct ou indirect avec le secteur tabac. Par exemple, l'Association internationale pour la recherche dentaire, buccale et crâniofaciale (IADR) et l'Association américaine pour la recherche dentaire, buccale et crâniofaciale (AADOCR) ont déjà adopté une politique visant à protéger la recherche et les activités professionnelles de l'influence de l'industrie du tabac.

En outre, les auteurs appellent à une sensibilisation de ces professionnels concernant les pratiques et objectifs de l’industrie du tabac et du vapotage. Larissa Al-Uar, co-auteure de l'article et dentiste, note que « la formation des professionnels dentaires se concentre souvent sur les effets du tabac sur la santé. L'élargir à la compréhension des nouveaux produits nicotiniques, des méthodes de sevrage tabagique et des stratégies de l'industrie permettrait aux praticiens d'aborder ce sujet avec plus d'assurance. Sensibiliser davantage les professionnels est une première étape essentielle pour garantir que les équipes dentaires puissent continuer à prodiguer des conseils fiables et indépendants à leurs patients. ».

La lutte antitabac ne se limite ainsi pas à la réglementation des produits ou à la hausse des taxes. Elle passe aussi par la protection des espaces de formation, des conférences et des réseaux professionnels contre l’influence des fabricants de tabac, qui est grandissante dans le monde entier.

©Génération Sans Tabac

AD


[1]Dance S., Silver K., Al-Uar L., Matthes B.K., Big tobacco and the dental team: what you need to know, BDJ Team, publié le 15 mai 2026, consulté le 9 juillet 2026

Comité national contre le tabagisme |

Ces actualités peuvent aussi vous intéresser