L’Inde maintient l’interdiction des e-cigarettes et du tabac chauffé
16 février 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 12 février 2026
Temps de lecture : 4 minutes
Le gouvernement indien a confirmé qu’il n’affaiblira pas sa réglementation interdisant les cigarettes électroniques et les produits du tabac chauffé, rejetant les sollicitations pressantes de l’entreprise Philip Morris International pour autoriser ses dispositifs dits « sans fumée »[1] sur le marché. Cette décision constitue un revers pour le cigarettier, tout en illustrant une orientation cohérente avec les principes de santé publique, fondée sur la prévention de l’épidémie tabagique avec un contrôle de l’offre excluant la multiplication et diversification de nouveaux produits à la nicotine.
Un cadre juridique strict confirmé face aux pressions industrielles
Depuis 2019, l’Inde a adopté une législation ; Prohibition of Electronic Cigarettes Act interdisant complète les cigarettes électroniques et les dispositifs de tabac chauffé dans le pays. Ce texte prohibe ainsi la production, l’importation, la distribution, la vente et la promotion de ces produits sur l’ensemble du territoire. Il prévoit également des sanctions pénales et financières en cas de non-respect, traduisant une volonté politique forte de prévenir l’émerge d’un nouveau marché nicotinique, en particulier auprès des jeunes.
Interrogé récemment sur une éventuelle révision de ce dispositif, le gouvernement a indiqué de manière explicite qu’aucun assouplissement n’était envisagé. Les autorités sanitaires ont réaffirmé que la priorité demeure la réduction globale de la consommation de tabac et la protection des populations vulnérables, plutôt que l’introduction de produits présentés comme « alternatifs » dont les effets à long terme restent incertains. Cette position s’appuie sur le constat que la diversification de l’offre nicotinique complique les stratégies de prévention, favorise l’initiation des non-fumeurs à ces produits avec de possibles co-consommation et effets passerelles et retarde l’arrêt pure et simple du tabac.
Ce maintien du statu quo intervient dans un contexte épidémiologique préoccupant. Le pays compte plusieurs dizaines de millions d’usagers du tabac et enregistre plus d’un million de décès annuels prématurés évitables, attribuables au tabagisme. Pour les pouvoirs publics, l’ouverture du marché à de nouveaux dispositifs risquerait d’accroître la dépendance nicotinique à l’échelle de la population et de fragiliser les gains attendus des politiques de santé publique.
Pressions continues du cigarettier Philip Morris International face à l’interdiction
Au cours des dernières années, PMI a intensifié ses démarches auprès des autorités indiennes dans le but d’obtenir une révision du texte interdisant les cigarettes électroniques et les produits de tabac chauffé. L’entreprise a multiplié les initiatives de communication, scientifiques et institutionnelles en vue de pouvoir vendre ses produits de tabac chauffé et du vapotage sur le marché.
Les actions de PMI ont inclus des contacts réguliers avec des représentants gouvernementaux, responsables de la santé publique et décideurs politiques en Inde. Selon des documents internes révélés dans la presse, la société a proposé des sessions d’information détaillées sur ses produits, des débats avec des experts internationaux financés par l’industrie, ainsi que des analyses comparatives visant à positionner ses dispositifs, notamment son produit phare IQOS, comme des solutions capables de « réduire les risques » par rapport aux cigarettes combustibles. Ces propositions ont été soumises à différents ministères et comités consultatifs dans l’espoir de susciter une réévaluation de la politique en vigueur.
Parallèlement, PMI a cherché à influencer le dialogue public et scientifique en finançant ou en appuyant des initiatives de recherche sur les produits de tabac chauffé, tout en mettant en avant des résultats jugés favorables à ses arguments commerciaux. L’entreprise a également sollicité des réunions bilatérales lors d’événements internationaux et des visites de hauts responsables pour faciliter des échanges directs avec des décideurs indiens. Ces efforts s’inscrivent dans une stratégie globale de l’industrie du tabac visant à promouvoir ses alternatives à l’échelle internationale tout en adaptant ses pratiques de lobby aux contextes locaux plus ou moins restrictifs.
Malgré l’intensité et la diversité de ces démarches de lobbying, les autorités indiennes n’ont pas modifié leur position. Le gouvernement a rejeté purement et simplement les demandes de dérogation. Ce rejet gouvernemental constitue un revers significatif pour PMI, dont l’accès au marché indien représente un enjeux économique majeur compte tenu de la taille de la population de fumeurs et de la dynamique du marché du tabac dans le pays.
AE
[1] Aditya Kalra, Emma Rumney, Exclusive: India sticks to e-cigarette ban in snub for Philip Morris, Reuters, publié le 11 février 2026, consulté le jour-même
Comité national contre le tabagisme |